En attendant maman,  susurre Aure Atika 

L’actrice a connu une enfance atypique, qu’elle raconte avec sa propre musique 

Entretien : 
Elle arrive par un grand froid, avec une chapka qui lui cache le visage, dans un café branché de Montparnasse où elle venait déjà enfant avec sa mère. « J’aimais tellement observer les adultes. La curiosité est mon secret de jeunesse. Il me semble important de rester constamment en éveil. » Aure Atika le fait devant ou derrière la caméra. « Ma mère m’a initiée à l’art, qui transcende la vie. »

Cette personnalité haute en couleur figure au cœur de son premier roman. Celui-ci retrace ce lien originel avec une mère célibataire, fantasque et instable. Odette cultive le sens du voyage, du mirage, de la fête, des amants et des paradis artificiels, en Inde ou à Paris. Sa fille retrouve sa voix d’enfant pour raconter ce mélange de complicité et de frustration, de présence et d’absences. « Malgré ses faiblesses, ma mère garde l’image d’une femme forte. Sa vie s’est avérée alambiquée, mais cela m’a peut-être permis de grandir plus vite. » Touchante, Aure Atika « ne prétend pas être Romain Gary, d’autant que je n’ai que 250 mots de vocabulaire ». Son style lui ressemble : cash, plein d’émotions et de pudeur.

Votre mère, dites-vous, a toujours aimé les belles histoires : pourquoi raconter la vôtre ?
En tant qu’actrice, je m’approprie plutôt les mots des autres, alors j’ai opté pour la réalisation de courts-métrages ou la scénarisation. Quand j’interprète un personnage, je dois trouver ma musique intérieure. Ici, il me fallait faire un pas de côté, sinon c’était trop douloureux. Le roman s’ouvre sur la voix d’une gamine de quatre ans. Ma mère était une formidable conteuse, mais où se situaient le vrai et le faux ?
Quand avez-vous réalisé que ce n’était pas une maman comme les autres ?
Lorsqu’on devient parent, on pose forcément un regard sur son enfance. Qu’est-ce que ma mère m’a apporté ou pas ? Ce livre a fait resurgir beaucoup de choses. Je n’ai jamais renié mes racines, mais chez mes amis, j’ai compris que ma famille n’était pas « classique ». Nous vivions dans un cocon, que les autres trouvaient « bizarre ». Pour moi, c’était juste ma maman, je n’en connaissais pas d’autres. Mon père disait que c’était moi l’adulte et elle, l’enfant. Je ne l’ai pas vécu comme un poids puisque j’étais son égale ! Dans cette enfance heureuse, chacun avait sa place. Notre fusion baignait dans la complicité.


Et dans sa liberté ?
Ce roman se veut une ode à ma mère. Elle était coincée ou ancrée dans sa liberté. J’aimais sa philosophie de vie qui consistait à n’avoir peur de rien, mais cette rêveuse était si contradictoire. Parfois, je la revois dans la fumée de ses pétards. La drogue l’a beaucoup abîmée, c’était sa fuite. Ainsi, elle a gardé sa part nébuleuse, son mystère. Mon livre ne la juge pas. Peut-être que je resterai éternellement sa petite fille protectrice.

Ce livre se veut-il une ultime déclaration d’amour ?
Bien sûr ! Ce texte est le livre de l’absence, de l’attente, de l’espérance, de la frustration et de l’amour. Cette femme rock’n’roll passait son temps à disparaître et à apparaître. Alors qu’elle évoluait dans des volutes de fumée, je suis très terre à terre. J’ai hérité de sa force, sa volonté de suivre son instinct, son goût de l’aventure, de l’indépendance, de la beauté. Avec ma mère, tout était possible, parce qu’on pouvait s’inventer la vie qu’on voulait.

Le Soir, samedi 25 et dimanche 26 février 2017
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