Vie de César

À propos

Extrait Sylla, devenu le maître dans Rome, ne put venir à bout, ni par les promesses, ni par les menaces, de déterminer Cornélie, fille de Cinna, celui qui avait exercé la souveraine puissance, à se séparer de César ; et il confisqua sa dot. La parenté de César avec Marius fut la cause de son inimitié pour Sylla. En effet, Marius l'ancien avait épousé Julie, soeur du père de César, et c'est de Julie qu'était né Marius le jeune, cousin germain, par conséquent, de César. Dans les premiers temps des proscriptions, Sylla, distrait par d'autres soins, et par le grand nombre des victimes qu'il immolait chaque jour, ne songea pas à César ; mais César, au lieu de se laisser oublier, se mit sur les rangs pour le sacerdoce, et se présenta aux suffrages du peuple, quoiqu'il fût à peine entré dans l'âge de l'adolescence. Sylla, par son opposition, fit échouer sa demande : il voulut même le faire mourir. Et, comme ses amis lui représentaient qu'il n'y aurait pas de raison à tuer un si jeune enfant : « Vous êtes, dit-il, bien peu avisés, de ne pas voir dans cet enfant plusieurs Marius. » Cette parole, rapportée à César, le décida à se cacher ; et il erra longtemps dans le pays des Sabins. Puis, comme il se faisait porter pour changer de maison, parce qu'il était malade, il tomba la nuit entre les mains de soldats de Sylla, qui faisaient des recherches dans ce canton, et ramassaient ceux qu'ils y trouvaient cachés. Il obtint sa liberté au prix de deux talents, qu'il donna à Cornélius, leur capitaine ; il gagna aussitôt les bords de la mer, et, s'étant embarqué, il se retira en Bithynie, auprès du roi Nicomède. Après y avoir séjourné peu de temps, il se remit en mer, et fut pris auprès de l'île de Pharmacuse par des pirates, qui, dès cette époque, infestaient déjà la mer avec des flottes considérables et un nombre infini d'embarcations légères. Les pirates lui demandèrent vingt talents pour sa rançon : il se moqua d'eux, de ne pas savoir quel était leur prisonnier, et il leur en promit cinquante. Il envoya ensuite ceux qui l'accompagnaient dans différentes villes pour y ramasser la somme, et demeura avec un seul de ses amis et deux domestiques, au milieu de ces Ciliciens, les plus sanguinaires des hommes. Il les traitait avec tant de mépris que, lorsqu'il voulait dormir, il leur envoyait commander de faire silence. Il passa trente-huit jours avec eux, moins comme un prisonnier que comme un prince entouré de ses gardes. Plein d'une sécurité profonde, il jouait et faisait avec eux ses exercices, composait des poèmes et des harangues, qu'il leur lisait ; et ceux qui n'en étaient pas touchés, il les traitait en face d'ignorants et de barbares. Souvent il les menaça, en riant, de les faire pendre. Us aimaient cette franchise, qu'ils prenaient pour une simplicité et une gaieté naturelles. Dès qu'il eut reçu de Milet sa rançon, et qu'il la leur eut payée, le premier usage qu'il fit de sa liberté, ce fut d'équiper des vaisseaux du port de Milet, pour tomber sur les brigands : il les surprit à l'ancre dans la rade même de l'île ; il les fit presque tous prisonniers, et s'empara de tout leur butin. Il les remit en dépôt dans la prison de Pergame, et alla trouver Junius, à qui il appartenait, comme préteur d'Asie, de les punir. Junius jeta un oeil de cupidité sur l'argent, qui était considérable, et dit qu'il examinerait à loisir ce qu'il ferait des prisonniers. César, laissant là le préteur, retourna à Pergame, et fit mettre en croix tous les pirates, comme il le leur avait souvent annoncé dans l'île avec un air de plaisanterie. A quelque temps de là, lorsque la puissance de Sylla commençait à s'affaiblir, ses amis de Rome rengagèrent à revenir en Italie. Il se rendit à Rhodes, pour y prendre des leçons d'Apollonius, fils de Molon, dont Cicéron avait été le disciple : Apollonius enseignait la rhétorique avec un grand succès, et avait d'ailleurs la réputation d'un homme vertueux. César, né avec les dispositions les plus heureuses pour l'éloquence politique, avait cultivé, dit-on, avec un soin extrême, ce talent naturel ; il tenait, sans contredit, le second rang parmi les orateurs de Rome ; quant au premier, il y avait renoncé, préférant à cette gloire la supériorité que donnent le pouvoir et les armes. Détourné par d'autres soins, il ne s'éleva point, dans l'éloquence, à la perfection où l'appelait la nature ; il se livra uniquement aux travaux militaires et au maniement des affaires politiques, qui le conduisirent à la suprême puissance. Aussi, dans la réponse qu'il fit longtemps après au Caton de Cicéron6, il prie les lecteurs de ne pas comparer le style d'un homme de guerre avec celui d'un orateur habile, et qui s'occupait à loisir de ces sortes d'études.

  • EAN

    9782366681901

  • Disponibilité

    Disponible

  • Nombre de pages

    80 Pages

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  • Poids

    199 Ko

  • Distributeur

    Numilog

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