Contes merveilleux

À propos

Extrait
L’univers du conte
D’emblée, ce qui frappe à la lecture des contes – ou à leur audition –, c’est le cadre dans lequel évoluent les personnages. Par maints aspects, malgré l’intemporel « il était une fois » qui amorce fréquemment le récit, on s’aperçoit que le monde décrit est celui des villageois. Et cet univers est rarement réjouissant car bien souvent l’indigence en est le décor.
C’est d’ailleurs l’une des raisons qui poussent les principaux protagonistes à en sortir, à tenter fortune dans des contrées plus souriantes, comme par exemple « Jean sans Peur » ou le pauvre Laouik.
Généralement, cette quête les mène dans des pays lointains, au-delà de « montagnes difficiles à gravir », comme dans « Les trois rameaux d’Impinad », de l’autre côté de mers bleues ou noires, comme « Le chevalier Bayard » qui se retrouva ainsi en Turquie, et parfois même en enfer pour y chercher quelqu’un (généralement une princesse emprisonnée, comme dans « La reine des trois montagnes d’or ») ou quelque chose, par exemple un renseignement susceptible de faire revenir l’eau dans une ville, ainsi qu’on peut le voir dans « Fleur d’Épine ».
Que ces endroits soient proches ou se situent au diable vauvert, qu’ils soient réels ou véritablement imaginaires, ce qui les caractérise c’est leur féerie. Tout y porte la marque de la magnificence.
Étrange ou insolite, posé comme un obstacle à franchir après avoir surmonté de redoutables épreuves ou s’être délecté aux joies de la luxuriance, se dresse un château somptueux où, comme dans « L’homme à la marmite », l’héroïne voit partout « de belles choses qui la ravissaient d’admiration ». Dans les jardins poussent bien sûr « de belles fleurs et des fruits délicieux ».
Dans ces merveilleuses demeures, l’éternel féerique, représenté par le bruissement des jets d’eau et l’éclat du cristal, de l’or ou des pierres précieuses, côtoie le luxe moderne. Ainsi, c’est « dans une belle chambre à coucher où se trouvait un lit de plume bien accoutré et tout ce qu’il fallait pour sa toilette de nuit et de jour » que se coucha Lévénès dans l’attente de rencontrer « L’homme à la marmite ».
Bien entendu, les habitants de ces véritables espaces de bonheur sont assortis au faste et au raffinement qui se présentent au regard et qui caractérisent ce qu’il est convenu d’appeler la « culture mondaine de palais ». Rois, reines, princes, princesses, tous plus ravissants les uns que les autres, caracolent « dans un beau carrosse doré, attelé de quatre chevaux superbes », comme dans « La princesse de l’Étoile brillante ».
Si, d’aventure, la laideur ou la difformité affligent le maître des lieux, tel le pauvre « homme à la marmite », sa bonté d’esprit et sa générosité compensent le handicap. Et, celui-ci résultant généralement d’une malédiction, ainsi que l’exigent les règles de l’écriture féerique, il va être réparé et surgira alors un être de toute beauté.
Qu’ils soient « d’admirables proportions », en se rapprochant du modèle de la poupée lorsqu’il s’agit de décrire la beauté féminine, ou contrefaits, les habitants de ces lieux sont parés de riches et magnifiques vêtements. Partout, le luxe éclate et brille des mille feux du merveilleux. Imaginez le ravissement du chevalier Bayard lorsqu’il voit « en une superbe salle de palais étincelante d’objets précieux, (…) assise sur un trône, une dame d’une beauté éblouissante et autour d’elle neuf jeunes filles aussi belles qui lui tressaient les cheveux. Sous les coups de peigne, une cascade de louis d’or jaillissait des cheveux, au point que le parquet en était couvert ».
L’environnement sonore valorise également les personnages, leur octroyant ce surplus de distinction que confèrent l’éducation et l’instruction. Un plus parfois décisif puisque c’est par ce biais que la fille d’un roi « devint amoureuse folle de Fanchic ». Il faut cependant dire que le jeune homme « qui était du reste un fort beau garçon » et son frère (les protagonistes de « L’Oiseau du Monde ») ne ménageaient pas leur peine pour attirer l’attention de la charmante princesse puisque « tous les soirs, il y avait des rassemblements devant l’hôtel pour écouter leurs concerts ».
La musique ne s’insinue pas seulement dans les cœurs et les âmes. Elle fait également bouger les jambes, comme « au château de cristal » où « il y eut de grandes réjouissances (…) et un bal où chacun se divertit et dansa de son mieux ».
Si ce genre d’événement achève de nombreux contes, comme ici « Les petites Coudées », il accompagne bien souvent de formidables repas.
Car le luxe se voit aussi dans le domaine de la nourriture. Outre que les mets sont succulents, raffinés, dégageant les odeurs les plus suaves que l’on puisse imaginer, ils « tiennent aussi au corps », comme on dit à la campagne et, surtout, ils sont en abondance, ce qui n’est pas rien dans le monde paysan du milieu du xixe siècle.
Ainsi, de la serviette magique maniée devant la pauvre Jeanne dans « Le manteau, la serviette et la bourse » surgissent « trois plats tout fumants de lard, de saucisses et de tripes, puis du rôti, une bouteille de bon vin et un pot de cidre ». « Et que chacun morde où il voudra et tant qu’il voudra ! » s’exclame le mari prodigue, dont l’injonction sera suivie par tous puisqu’ « ils mangèrent et burent jusqu’à n’en pouvoir plus ».
L’univers décrit dans ces récits, qui, souvenons-nous-en, sont des créations des gens du peuple, n’est pas anodin. S’il doit susciter le rêve, en provoquant le dépaysement, celui-ci doit néanmoins avoir une assise solide, des repères stables, concrets, appréhendables par tout un chacun.



Rayons : Littérature générale > Contes / Légendes

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    9782843467547

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Dominique Camus

Dominique Camus est un spécialiste “ès magique” qu'on ne présente plus : ses très nombreuses parutions sur la sorcellerie, les mystères, les croyances populaires font autorité et connaissent un réel succès aux éd. Flammarion, Dervy, Ouest-France, etc.

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