Mots de mon silence (les)

À propos

Extrait

« Je commence à m’agiter. J’ai soif. J’ai mal. La plaie est douloureuse et j’essaie d’arracher le pansement qui me brûle la peau. On m’en empêche. Aurore me tient toujours la main. Je l’appelle. Elle se penche sur moi. Ses longs cheveux noirs me chatouillent.
Je lui demande de l’eau. Elle se penche un peu plus. Elle ne m’entend pas.
Je fais un effort pour hausser la voix. Je veux boire !
Aucune réponse. Ça m’énerve. On ne me comprend pas. D’un geste lent et indécis, je pointe le doigt vers le verre posé sur la table de chevet. Enfin, je réussis à avoir ce que je veux. Ma mère me verse quelques gouttes dans la bouche en disant : « ça suffit pour le moment, rendors-toi ma chérie ! ».
Je referme les yeux, seulement, la douleur m’empêche de dormir. Je me retourne péniblement dans mon lit. J’ai la tête lourde. Mes membres sont engourdis. Je n’arrive pas à chasser complètement les brumes qui m’envahissent l’esprit.
La lumière me gêne. Qu’on éteigne la lampe du plafond. Je ne sais pas combien de minutes s’écoulent avant qu’enfin Rima ne comprenne ce que je dis.
Ça devient alarmant pour moi… Mais, parait-il, c’est normal que je sois toujours un peu dans les vapes et l’on doit attendre le réveil total et que l’effet de l’anesthésie disparaisse avant de flipper.
Quelques heures plus tard on me réveille.
Le médecin est là. Il veut me voir et surtout m’entendre parler. Moi pas. Je veux me reposer et oublier ma douleur. Néanmoins, je fais la docile, et résistant à mon envie de sombrer dans un sommeil soulageant, je réponds à toutes ses questions insipides, dans le genre quel jour on est et comment je me sens et si je sais compter jusqu’à dix en ordre… Voyons, tout ça je le sais et c’est évident, non ?! Je réponds correctement... Du moins c’est ce que je crois !
Bizarrement il s’entête à répéter les mêmes questions.
Je suis longue à réaliser qu’on ne m’entend point. Je fais un effort monstrueux pour rendre ma voix audible. Peine perdue !
De partout dans la chambre fusent des : « Parle ! ». Et je parle. Je crie même. Toujours rien.
Autour de moi les mines se décomposent, les sourires s’effacent, les regards s’assombrissent. Et moi je parle. Sans succès.
Le médecin s’impatiente. Il donne quelques ordres à l’infirmière qui l’accompagne. Cette dernière quitte la chambre pour réapparaître quelques minutes plus tard, poussant un chariot bourré de tubes multicolores.
Le chirurgien s’empare d’une paire de ciseaux, déchire un paquet de compresses stériles, change mon pansement, remue le drain, me fait mal et m’ordonne encore une fois de parler. J’exécute l’ordre malgré la douleur qui se fait de plus en plus aigüe.
Oui, je veux parler, crier, hurler, rugir, pourvu qu’ils m’entendent et qu’ils me laissent dormir. Et je continue à essayer. Au bout d’une éternité, je crois entendre un grognement sourd, un cri étouffé, le cri imperceptible d’un animal blessé. Un son extrêmement faible. C’est moi...
Je vois une lueur de satisfaction dans le regard du médecin. Les visages se décrispent. Ils sont contents d’avoir entendu un son sortir de ma bouche. Peu importe quel genre de son. Je suis sidérée. Je n’en crois pas mes oreilles. Une idée commence à germer dans ma tête, un pressentiment. J’aurais tellement voulu me tromper. Mais, plus les minutes passent et plus ce pressentiment prend la forme d’une certitude.
Non, ce râlement ne peut pas être le mien. Ça ne ressemble en aucun point à ma voix claironnante, tantôt frémissante, souvent enjouée. Ce cri d’animal blessé ne peut être le mien en aucun cas.
J’ai perdu la voix… ma voix ! »

Rayons : Littérature générale > Romans & Nouvelles

  • EAN

    9789953032474

  • Disponibilité

    Disponible

  • Nombre de pages

    192 Pages

  • Action copier/coller

    Non

  • Action imprimer

    Non

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    Dans le cadre de la copie privée

  • Nb Partage

    6 appareils

  • Poids

    960 Ko

  • Distributeur

    Numilog

  • Diffuseur

    Numilog

  • Entrepôt

    Numilog

  • Support principal

    ebook (ePub)

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