Sciences humaines & sociales

  • Articuler pour notre temps une philosophie qui, quant à la pensé de l'être, ouvre une autre voie que celle de Heidegger (soit celle de mathème plutôt que celle du poème) et, quant à la doctrine du sujet, se tienne au-delà de Lacan : tel est l'enjeu.Pour ce qui est de l'être, la thèse radicale est que, depuis son origine grecque, c'est la mathématique et elle seule qui en déploie le processus de pensée ; et que, de la mathématique aujourd'hui, le référent est la théorie cantorienne des ensembles. D'où se déduit une ontologie du pur multiple.Reste qu'existe un site de « ce qui n'est pas l'être » : c'est celui de l'événement, terme surnuméraire pour un franchissement indécidable au savoir et dont la vérité est toujours par avance indiscernable.Le sujet, dès lors, loin d'être le garant ou le support de la vérité, en est bien plutôt une instance locale, improbable, qui tire du devenir aléatoire d'une vérité dans l'événement son peu d'être. Il n'en tisse pas moins une fidélité qui s'inscrit dans l'art, la science, la politique et l'amour.Alain BadiouPhilosophe, dramaturge et romancier, enseigne la philosophie à l'université de Paris-VIII Vincennes et au Collège international de philosophie.

  • Trump

    Alain Badiou

    • Polity
    • 25 Avril 2019

    The election of Donald Trump as president of the United States sent shockwaves across the globe. How was such an outcome even possible? In two lectures given at American universities in the immediate aftermath of the election, the leading French philosopher Alain Badiou helps us to make sense of this extraordinary occurrence. He argues that Trump's victory was the symptom of a global crisis made up of four characteristics: the triumph of a brutal form of global capitalism, the decomposition of the established political elite, the growing frustration and disorientation that many people feel today, and the absence of a compelling alternative vision. It was in this context that Trump could emerge as a new kind of political figure that was both inside and outside the political order, a member of the Republican Party who, at the same time, represents something outside the system. The progressive political challenge now is to create something new that offers people a real choice, a radical alternative based on principles of universality and equality.    This concise account of the meaning of Trump should be read by everyone who wants to understand what is happening in our world today.

  • « Il faut en finir avec les visions stéréotypées de Mai 68, qui vont à coup sûr nourrir les célébrations comme les vitupérations, les nostalgies comme les procès de ce mois symbolique à l'occasion de son cinquantenaire.
    Au fond, en Mai 68, ce qui nous animait, ce qui nous enthousiasmait, était la conviction qu'il fallait en finir avec les places sociales, que le renversement de l'impitoyable, de la sordide hiérarchie des fortunes, des libertés et des pouvoirs était politiquement possible, à travers un type inédit de prise de parole et la recherche tâtonnante de formes d'organisation adéquates à la nouveauté de l'événement.
    Si nous portons toutes les leçons de Mai 68 au coeur du monde vivant, nous pourrons, oui, mais seulement sous ces conditions, redire et suivre l'appel de Mao : "On a raison de se révolter." »A. B.Alain Badiou est philosophe, dramaturge et romancier
     

  • La république de Platon

    Alain Badiou

    • Fayard
    • 4 Janvier 2012

    « Cela a duré six ans.  Pourquoi ce travail presque maniaque à partir de Platon ? C´est que c´est de  lui que nous avons prioritairement besoin aujourd´hui : il a donné l´envoi  à la conviction que nous gouverner dans le monde suppose qu´un accès à  l´absolu nous soit ouvert.  Je me suis donc tourné vers La République, oeuvre centrale du Maître  consacrée au problème de la justice, pour en faire briller la puissance  contemporaine. Je suis parti du texte grec sur lequel je travaillais déjà avec  ardeur il y a cinquante-quatre ans.  J´ai commencé par tenter de le comprendre, totalement, dans sa langue. Je  me suis acharné, je n´ai rien laissé passer ; c´était un face-à-face entre le  texte et moi. Ensuite, j´ai écrit ce que délivrait en moi de pensées et de  phrases la compréhension acquise du morceau de texte grec dont j´estimais  être venu à bout. Peu à peu, des procédures plus générales sont apparues :  complète liberté des références ; modernisation scientifique ; modernisation  des images ; survol de l´Histoire ; tenue constante d´un vrai dialogue,  fortement théâtralisé. Évidemment, ma propre pensée et plus généralement  le contexte philosophique contemporain se sont infiltrés dans le traitement  du texte de Platon, et sans doute d´autant plus quand je n´en étais  pas conscient.  Le résultat, bien qu´il ne soit jamais un oubli du texte original, pas même  de ses détails, n´est cependant presque jamais une "traduction" au sens  usuel. Platon est omniprésent, sans que peut-être une seule de ses phrases  soit exactement restituée. J´espère être ainsi parvenu à combiner  la proximité constante avec le texte original et un éloignement radical, mais  auquel le texte, tel qu´il peut fonctionner aujourd´hui, confère généreuse- ment sa légitimité.  C´est cela, après tout, l´éternité d´un texte. »                                                                                                    Alain Badiou

  • « Ce séminaire est vraiment exceptionnel, aussi bien quantitativement que par sa structure et sa visée. On pourrait le considérer comme un commentaire de ma traduction de La République de Platon proposé en public. J'y tente aussi de donner à mon idée du communisme nouveau, tout comme à la conception que je me fais de la philosophie elle-même, des appuis extrêmement détaillés et, je le crois, souvent originaux. En ce sens, il est une sorte d'introduction simultanée à Platon et à mon oeuvre propre.
    Tout cela lui donne une étrange allure à la fois joyeuse et cependant chargée d'un contenu essentiel, presque unique dans mes écrits. Comme si ce dialogue, qui fait une voix de deux ou trois voix, parvenait à orchestrer mes thèmes essentiels au lieu de les laisser à leur austère nudité. »
    A. B.
     
    Depuis 1966, une part importante de l'enseignement du philosophe Alain Badiou a pris la forme d'un séminaire, lieu de libre parole et laboratoire de pensée. Les éditions Fayard publient l'ensemble de ces Séminaires de 1983 à aujourd'hui, période où la documentation est abondante et continue. Ce volume est le quatorzième de la série.

  • La vraie vie

    Alain Badiou

    • Fayard
    • 24 Août 2016

    Alain Badiou La vraie vie « La toute première réception officielle de la philosophie, avec Socrate, prend la forme d'une très grave accusation : le philosophe corrompt la jeunesse. Alors, si j'adopte ce point de vue, je dirai assez simplement : je viens corrompre la jeunesse en parlant de ce que la vie peut offrir, des raisons pour lesquelles il faut absolument changer le monde et qui, pour cela même, imposent de prendre des risques. Aujourd'hui, parce qu'elle en a la liberté, la possibilité, la jeunesse n'est plus ligotée par la tradition. Mais que faire de cette liberté, de cette nouvelle errance ? Filles et garçons doivent découvrir leur propre capacité quant à une vraie vie, une pensée intense qui affirme le monde nouveau qu'ils entendent créer. Que vivent nos filles et nos fils ! » A. B. Alain Badiou est philosophe, dramaturge et romancier.

  • Dans ce court essai, Alain Badiou revient sur les tueries perpétrées le 13 novembre à Paris et propose d'élucider ce qui est arrivé.Qui sont les agents de ce crime de masse ? Et comment qualifier leur action ?Où en est notre monde, du point de vue de ce qui a été ainsi mis en place insidieusement, puis avec acharnement depuis un peu plus de trente ans ?Ce dont nous souffrons, c'est de l'absence à échelle mondiale d'une politique disjointe du capitalisme hégémonique. Tant qu'une proposition stratégique autre ne sera pas faite, le monde restera dans une désorientation essentielle. C'est un travail pour tous que d'essayer de faire que l'histoire de l'humanité change de direction et s'arrache au malheur opaque où en ce moment elle s'enfonce.

  • Il y a vingt ans, mon premier Manifeste pour la philosophie s'élevait contre l'annonce, partout répandue, de la " fin " de la philosophie. A cette problématique de la fin, je proposais de substituer le mot d'ordre : " un pas de plus ". La situation a bien changé. Si la philosophie était à l'époque menacée dans son existence, on pourrait soutenir aujourd'hui qu'elle est tout aussi menacée, mais pour une raison inverse : elle est dotée d'une existence artificielle excessive.Singulièrement en France, la " philosophie " est partout. Elle sert de raison sociale à différents paladins médiatiques. Elle anime des cafés et des officines de remise en forme. Elle a ses magazines et ses gourous. Elle est universellement convoquée, des banques aux grandes commissions d'Etat, pour dire l'éthique, le droit et le devoir. Tout le point est que par " philosophie " on entend désormais ce qui en est le plus antique ennemi : la morale conservatrice. Mon second manifeste tente donc de démoraliser la philosophie, d'inverser le verdict qui la livre à la vacuité de " philosophies " aussi omniprésentes que serves. Il renoue avec ce qui, de quelques vérités éternelles, peut illuminer l'action. Illumination qui porte la philosophie bien au-delà de la figure de l'homme et de ses " droits ", bien au- delà de tout moralisme, là où, dans l'éclaircie de l'Idée, la vie devient tout autre chose que la survie.
    A. B.

  • "Le noir symbolise, indistinctement, et le manque et l'excès." Qui n'a pas fait l'expérience effrayante d'avancer à tâtons dans la nuit noire ? Cette terreur primitive, Alain Badiou la traverse en inventant, avec ses camarades, le jeu de « Minuit sonnant ». La découverte furtive du continent noir dans des magazines interdits, la beauté de l'encre sur le papier, mais aussi les mystères du cosmos et la douleur du deuil : le philosophe nous promène dans son théâtre intime, au gré des souvenirs. Musique, peinture, politique, sexualité, métaphysique : le noir n'aura jamais été aussi lumineux.

  • « Ce séminaire part d'un lieu commun : l'expression "changer le monde", qui a largement enchanté les deux siècles précédents. Dans nos contrées dites "occidentales", riches mais en crise, "démocratiques" mais rongées par le virus identitaire, l'expression "changer le monde" a un double statut. D'un côté, pour autant qu'elle a désigné un vouloir révolutionnaire, elle est tenue pour le nom périmé d'une utopie criminelle. D'un autre côté cependant, on nous enseigne qu'à tout instant le monde change à une vitesse extraordinaire, que nous sommes toujours en retard sur ce changement, et que d'incessantes "réformes" doivent plier les sujets à y consentir. On ne peut qu'en conclure que, dans cette affaire, "changer" est un verbe équivoque. Si tout change, y compris les acteurs, témoins et victimes dudit changement, rien ne peut attester le changement. Si en revanche il existe un repère fixe, un invariant relatif d'où prendre mesure du changement comme changement réel, quel est le statut de cet invariant ? Il faut reprendre entièrement la question du changement réel au-delà de l'antinomie rupture totale ou continuité d'une incessante innovation. Le problème est celui du lieu subjectif, d'où l'on peut concevoir, dans une subtile dynamique de l'immanence et du retrait, ce qu'est un changement orienté. » A. B.

  • Faut-il accepter comme une loi de la raison que le réel exige en toutes circonstances une soumission plutôt qu´une invention ? Le réel est toujours ce qui se découvre au prix que le semblant qui nous subjugue soit arraché. Aujourd´hui, nous devons être convaincus qu´en dépit des deuils que la pensée nous impose, chercher ce qu´il y a de réel dans le réel peut être, est, une passion joyeuse.Professeur émérite à l´École normale supérieure, Alain Badiou est philosophe, dramaturge et romancier.

  • « Le séminaire sur Nietzsche résulte de ce qu'on peut appeler une décision pure, dont le résultat ne s'est pas inscrit dans les grandes scansions livresques de mon entreprise. Il est même resté à part de ses compagnons, les antiphilosophes modernes et antiques. Mais n'est-ce pas son destin, en vérité ? Je l'aime dans la solitude où tout le monde, sectateurs et calomniateurs, suiveurs et hurleurs, interprètes et propagandistes, l'ont toujours laissé. On verra comment, gouverné par cette profonde sympathie, le commentant en détail et l'admirant sans avoir pour autant à lui concéder quoi que ce soit, j'ai pu décerner à Nietzsche, en mon seul nom, le titre suivant : prince pauvre et définitif de l'antiphilosophie. »A. B.  Depuis 1966, une part importante de l'enseignement du philosophe Alain Badiou, aujourd'hui professeur émérite à l'École normale supérieure, a pris la forme d'un séminaire, lieu de libre parole et laboratoire de pensée. Les éditions Fayard publient l'ensemble de ces Séminaires de 1983 à aujourd'hui, période où la documentation est abondante et continue. Ce volume est le sixième de la série.

  • Didactisme, romantisme, classicisme sont les schémes possibles du noeud entre art et philosophie, le tiers terme de ce noeud tant l'éducation des sujets, et singulièrement de la jeunesse.Or, ce qui caractérise à mon sens notre siècle finissant est que, tout en ayant éprouvé la saturation de ces trois schèmes, il n'en a pas produit de nouveau. Ce qui tend à produire, aujourd'hui, une sorte de dénouage des termes, un dé-rapport désespéré entre l'art et la philosophie, et la chute pure et simple de ce qui circulait entre eux : le thème éducatif.De là découle la thèse autour de laquelle ce petit livre n'est qu'une série de variations : au regard d'une telle situation de saturation et de clôture, il faut tenter de proposer un nouveau schème, un quatrième mode de nouage entre philosophie et art.A. B.

  • La publication des seize volumes du Séminaire d´Alain Badiou constitue un événement. Non seulement parce que, depuis 1966, la renommée du Séminaire n´est plus à démontrer, mais aussi parce qu´il est le laboratoire de la pensée du philosophe ; c´est dans ce cadre qu´Alain Badiou teste ses idées, les nourrit, les affute. Ces presque cinquante années de libre parole sont enfin et surtout un moyen d´accès privilégié pour les non-spécialistes à l´histoire de la philosophie et à ses grandes figures tant le ton est vivant et le propos limpide. Le Séminaire sur Lacan, tenu en 1994-1995, inaugure la série. Alain Badiou y aborde l´oeuvre de celui qui se qualifie lui-même d´« antiphilosophe » dans ce qu´elle a de radicalement nouveau, qui vient contrarier la philosophie. Il montre à rebours comment la philosophie, confrontée à la psychanalyse, en a intégré les apports. En cheminant à travers les controverses d´une époque, nous rencontrons avec bonheur les formules inventives et décisives de Lacan.

  • Le propos fondamental du livre d'Alain Badiou est d'établir que le noyau de toute philosophie compatible avec le marxisme est une théorie du sujet. Mais laquelle ? Ni le sujet comme conscience (thèse de Sartre), ni l'hypothèse du sujet « naturel », désirant ou substantiel, ne peuvent convenir. C'est du côté du sujet clivé tel que Lacan - notre Hegel- en fait théorie, qu'il faut chercher une issue. Alain Badiou trouve là de quoi refondre, non pas le thème, forclos, d'un sujet de l'Histoire, mais celui des sujets politiques.L'opération ne se peut faire sans étendre le concept lacanien su jet, lié dès l'abord à deux types d'effets : l'occupation d'une place vide d'un côté, l'excès sur cette place vide de l'autre. Instrument de cette distinction : le couple algèbre/topologie. Il en résulte que le réel, pensable - comme le fait Lacan - sous le concept algébrique de l'objet cause, doit également être reçu sous celui, topologique, de consistance : ontologie en partie double.Le coeur de la question est atteint quand entre en dialectique avec la notion lacanienne du manque, la catégorie nouvelle de destruction.Qu'on ne s'attende pas à ne trouver ici qu'une discussion de théories. Mallarmé y voisine abondamment avec Mao Tsé-toung, Hölderlin avec Hegel, et le théorème de Gödel avec la situation des ouvriers immigrés.Alain Badiou, philosophe, dramaturge et romancier, préside, à l'Écolenormale supérieure, le Centre international d'étude de la philosophiefrançaise contemporaine (CIEPFC).

  • La philosophie est aujourd'hui possible, dans la plénitude de son ambition. La philosophie elle-même, telle que l'entendait Platon.Ce qui a entraîné son éclipse au XIXe siècle, c'est qu'elle s'est identifiée, « suturée », tour à tour à un seul des champs où se pose, par-delà le savoir, une vérité : le scientifique (positivisme), le politique (marxisme), puis, avec Nietzche et plus encore Heidegger, le poème.Or les mathématiques, la poésie, la politique comme invention, et l'amour comme pensée sont bien quatre requises, la philosophie étant cette pensée unique qui leur donne accueil et abri.Le programme est donc celui d'une restitution de la pensée philosophique à l'espace complet des vérités qui la conditionnent. D'où les questions centrales que toute la philosophie se pose aujourd'hui : le Sujet, dès lors qu'on ne peut maintenir la catégorie de l'objet, ruiné avec l'objectivisme ; le Deux, dès lors qu'on ne peut se satisfaire du schéma dialectique ; enfin la fonction de l'indiscernable, point où se donne à réexaminer le rapport entre langage et pensée.

  • « Entre 1982, date de parution de Théorie du sujet, et 1988, date de parution de L'être et l'événement, mon séminaire a presque exclusivement été consacré à l'étude de textes venus de la grande tradition constitutive de l'histoire de la philosophie. Le but de cette large investigation était en fait de consolider la construction de quelques concepts fondamentaux de mon ontologie, telle qu'elle se découvre dans L'être et l'événement. En 1983 1984, j'avais, en m'appuyant sur Descartes, Platon et Kant, médité sur l'Un, concept dont j'entendais montrer qu'il devait être déchu de sa prépondérance métaphysique, pour être ramené à une opération que j'ai appelée le « compte-pour-un ». Ce compte est empirique quand il n'est qu'un mode de présence du multiple. Il est rationnel quand il concerne une multiplicité générique, soit le type de multiplicité qui, ayant une valeur universelle, mérite le nom de vérité. Cette enquête sur l'Un fut complétée, pendant l'année 1984-1985, par un minutieux travail sur l'infini, s'appuyant sur Aristote, Spinoza et Hegel. Ce séminaire sera publié dès l'automne prochain. On disposera ainsi d'une assez intéressante histoire de la philosophie classique. »A.B. Depuis 1966, une part importante de l'enseignement du philosophe Alain Badiou, a pris la forme d'un séminaire, lieu de libre parole et laboratoire de pensée. Les éditions Fayard publient l'ensemble de ces Séminaires de 1983 à aujourd'hui, période où la documentation est abondante et continue. Ce volume est le septième de la série.

  • Logiques des mondes, auquel Alain Badiou travaille depuis une quinzaine d'années, est conçu comme une suite de son précédent « grand » livre de philosophie, L'être et l'événement, paru aux Éditions du Seuil en 1988. Mais que veut dire « suite » ? En 1988, le propos ontologique consistait, avec l'appui des mathématiques, à établir que l'être, pensé comme tel, n'est que multiplicité indifférente. Le problème devient alors le suivant : comment, sur fond de cette indifférence, comprendre, non seulement qu'il y ait des vérités, mais qu'elles apparaissent dans des mondes déterminés ? Qu'est-ce que le corps visible, ou objectif, d'une vérité ? Cela ne se laisse pas déduire de l'ontologie. Il faut construire une logique de l'apparaître, une phénoménologie. Telle est la visée du présent livre : une « Grande Logique » qui, rendant raison de l'ordre des mondes, autorise la pensée des vérités comme exceptions à cet ordre. Le matérialisme contemporain soutient qu'il n'y a que des corps et des langages. La dialectique matérialiste, ici argumentée dans ses moindres détails, affirme, elle : oui, il n'y a que des corps et des langages, sinon qu'il y a des vérités. Ce n'est que sous l'effet de ce « sinon que » qu'est encore possible une vie qui ne soit pas indigne. Une vie où l'individu démocratique s'incorpore à ce dépassement de sa propre existence qu'on appelle un Sujet.

  • Notre temps est sans aucun doute celui de la disparition sans retour des dieux. Mais cette disparition relève de trois processus distincts, puisqu'il y a eu trois dieux capitaux : celui des religions, celui de la métaphysique et celui des poètes.Du dieu des religions, il faut seulement déclarer la mort. Le problème, qui est en dernière instance politique, est de parer aux effets désastreux qu'entraîne toute subjectivation obscure de cette mort.Du dieu de la métaphysique, il faut achever le parcours par une pensée de l'infini qui en dissémine la ressource sur l'étendue entière des multiplicités quelconques.Du dieu de la poésie, il faut que le poème désencombre la langue, en y césurant le dispositif de la perte et du retour.Engagés dans la triple destitution des dieux, nous pouvons déjà dire, nous, habitants du séjour infini de la Terre, que tout est ici, toujours ici, et que la ressource de la pensée est dans la platitude égalitaire fermement avertie, fermement déclarée, de ce qui nous advient, ici.A.B.

  • 1985Penser la politique, c'est d'abord réfuter le politique : le dénoncer comme illusion (imaginaire) du « faire un », des identifications (le parti, le syndicat, la société sans classe), du fait cernable, de la prévision assurée. La politique naît, elle, de l'événement, par où l'on entend ici le surgissement des dominés rompant l'ordre du politique et l'unité de celui-ci : un surgissement toujours précaire, dont la mise en oeuvre suppose un pari et un calcul chaque fois risqués : en bref, il y a la politique quand - et seulement si - une dé-liaison de la réalité propose un point de réel.Alain Badiou part de la décomposition du marxisme où il voit l'effet de ce que Marx, tout en montrant l'irruption du réel dans la réalité du politique, a continué de penser dans le politique. Et il avance un essai de recomposition centré sur l'interprétation de ce qui fait événement, dès lors que les dominés ont prononcé, au défaut de l'ordre, leur existence, et qu'il est possible de parier sur cette prononciation.Alain Badiou, philosophe, dramaturge et romancier, préside, à l'École Normale Supérieure, le Centre international d'étude de la philosophie française contemporaine (CIEPFC).

  • Le siècle

    Alain Badiou

    L'ORDRE PHILOSOPHIQUELe XXe siècle a été jugé et condamné : siècle de la terreur totalitaire, des idéologies utopiques et criminelles, des illusions vides, des génocides, des fausses avant-gardes, de l'abstraction partout substituée au réalisme démocratique. Je ne souhaite pas plaider pour un accusé qui sait se défendre seul. Je ne veux pas non plus, comme Frantz, le héros de la pièce de Sartre Les Séquestrés d'Altona, proclamer : « J'ai pris le siècle sur mes épaules, et j'ai dit : J'en répondrai ! » Je veux seulement examiner ce que ce siècle maudit, de l'intérieur de son propre devenir, a dit qu'il était. Je veux ouvrir le dossier du siècle, tel qu'il se constitue dans le siècle, et non pas du côté des sages juges repus que nous prétendons être.
    Pour ce faire, j'utilise des poèmes, des fragments philosophiques, des pensées politiques, des pièces de théâtre... Tout un matériel, que d'aucuns prétendent désuet, où le siècle déclare en pensée sa vie, son drame, ses créations, sa passion.
    Et je vois alors qu'au rebours de tout le jugement prononcé, cette passion, la passion du XXe siècle, n'a nullement été celle de l'imaginaire ou des idéologies. Encore moins une passion messianique. La terrible passion du XXe siècle a été, contre le prophétisme du XIXe, la passion du réel. Il s'agissait d'activer le Vrai, ici et maintenant.A. B.

  • Le séminaire ; Parménide

    Alain Badiou

    • Fayard
    • 15 Octobre 2014

    « J´ai, dès 1983, commencé humblement le trajet qui devait aboutir, cinq ans plus tard, à la publication de L´être et l´événement par un examen renouvelé de la grande histoire de la philosophie. La médiocrité intellectuelle du démocratisme ambiant était telle que j´étais sûr de trouver, dans cette grande histoire, de quoi démonter cette moderne machination.
    La méthode de ce Séminaire consiste à tenter de démontrer qu´il y a de sérieuses raisons de tenir Parménide pour le fondateur d´une discipline nouvelle, non parce qu´il a vaticiné sur l´être et le non-être, comme le firent de nombreuses mythologies, mais parce qu´il a convoqué dans cette vaticination poétique son contraire, à savoir la rigueur universelle absolue des procédures mathématico-logiques qui, au même moment, trouvaient en Grèce leur forme définitive.  Il y a dans ce Séminaire un côté réjouissant de suspense, d´enquête policière, de contestation raisonnée des dires de quelques témoins importants, comme Platon ou Heidegger. Sa densité ne doit pas dissimuler l´espèce de science joyeuse qui l´anime. »A. B.
    Depuis 1966, une part importante de l´enseignement du philosophe Alain Badiou, aujourd´hui professeur émérite à l´École normale supérieure, a pris la forme d´un séminaire, lieu de libre parole et laboratoire de pensée. Les éditions Fayard publient l´ensemble de ces Séminaires de 1983 à aujourd´hui, période où la documentation est abondante et continue. Ce volume est le quatrième de la série.

  • La publication des seize volumes du Séminaire d´Alain Badiou constitue un événement. Non seulement parce que, depuis 1966, la renommée du Séminaire n´est plus à démontrer, mais aussi parce qu´il est le laboratoire de la pensée du philosophe ; c´est dans ce cadre qu´Alain Badiou teste ses idées, les nourrit, les affute. Ces presque cinquante années de libre parole sont enfin et surtout un moyen d´accès privilégié pour les non-spécialistes à l´histoire de la philosophie et à ses grandes figures tant le ton est vivant et le propos limpide. En 1986, Alain Badiou consacre son enseignement à Malebranche (1638-1715). A priori, nul penseur plus éloigné de nous, aussi bien dans ses visées de philosophe, qui, dans le contexte du rationalisme de Descartes, se propose de donner une armature scientifique au christianisme, que dans son militantisme d´ecclésiastique. Pourtant, nul besoin d´être un théologien ou un homme du Grand Siècle pour comprendre Malebranche et être touché par la sincérité de son entreprise, la souplesse de son style. Guidés par Alain Badiou, on découvre un penseur étonnant.

  • Conditions rassemble des textes d'Alain Badiou tous postérieurs à son livre fondamental, L'Être et l'Événement, paru au Seuil 1988.Bien que l'origine de ces écrits soit souvent de circonstance (colloques, articles, interventions...), leur ordre est parfaitement lisible.On part de la philosophie « elle-même » et d'une critique explicite du thème de sa « fin ». On en propose une définition, à la fois nouvelle et soumise à l'épreuve de son origine (Platon) aussi bien que de son état contemporain.Viennent ensuite des études ordonnées selon les quatre grandes conditions de la philosophie (d'où le titre général) : philosophie et poésie, philosophie et mathématiques, philosophie et politique, philosophie et amour.Ce recueil ne suppose nullement la connaissance de L'Être et l'Événement. Peut-être même peut-il lui servir d'introduction, par l'effet de clarté concrète qui est le sien. Entre les deux livres, la préface de François Wahl donne tous les passages nécessaires.Alain BadiouEst né en 1937 à Rabat (Maroc). Il enseigne la philosophie à Vincennes-Saint-Denis depuis 1969.Romancier, dramaturge, son système philosophique est récapitulé dans L'Être et l'Événement (Seuil, 1988).

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