Angélique Del Rey

  • Dans la vie quotidienne de chacun, jeune ou moins jeune, cadre ou ouvrier, à l´école comme au travail, dans les organisations publiques et privées, au niveau des politiques publiques, etc., les évaluations se font de plus en plus pressantes, diffuses, continues. Rendre des comptes, être visible, mesurable et surtout compétitif devient l´injonction permanente, stressante et très peu mise en cause. Être évalué paraît généralement aller de soi, voire être désirable : « On m´évalue, donc je suis. » Or ces évaluations sont tout à fait paradoxales : au nom de la rétribution au mérite, elles dénient le mérite véritable et engendrent un climat délétère de concurrence et de sauve-qui-peut ; au nom de « plus d´efficacité», elles créent une forme inédite d´inefficacité ; au nom de l´objectivité, elles écrasent les différences, standardisent, normalisent.

    De cette omniprésence de l´évaluation et de ses méfaits, ce livre propose une analyse originale, qui, au-delà de la critique, réfléchit aussi à des pistes alternatives en résonance avec une intuition largement répandue : la complexité de la vie sociale n´est pas respectée. Les nouvelles évaluations unidimensionalisent une vie multiple, ignorent les conflits qui font le coeur de l´individu comme de la société et, surtout prétendent être justes et efficaces en dehors de toute situation concrète, réelle : en dehors de toute territorialisation.

    Une réflexion essentielle pour ne pas se soumettre à cette «évaluation qui tue ».

  • Dans les sociétés occidentales hyperformatées, l'idée même du conflit n'a plus de place. Les conceptions de la vie commune tendent vers l'intolérance à toute opposition. Le minoritaire doit se soumettre à la majorité et, de plus en plus, contestataires et dissidents semblent relever de l'" anormal ". Dans cet essai iconoclaste, Miguel Benasayag et Angélique del Rey explorent les racines et les effets délétères de cette idéologie.
    En refoulant les conflits, nos contemporains se laissent envahir par l'idéal de la transparence : toute opacité dans leurs relations devrait être éradiquée, car elle impliquerait l'altérité et, donc, l'ennemi potentiel. Une illusion dangereuse, à laquelle peuvent aussi succomber certains contestataires qui critiquent le système avec ses propres catégories : au lieu de s'affirmer comme des " autres ", sujets d'une multiplicité subversive, ils s'en tiennent à revendiquer des droits, confortant l'idée que les " valeurs " de l'idéologie dominante sont nécessairement désirables par tous.
    Analysant les différentes dimensions du conflit - entre nations, dans la société ou au sein même de l'individu -, les auteurs mettent à jour les ressorts profonds de la dérive conservatrice des sociétés postmodernes. Ils démontent aussi bien les illusions de la " tolérance zéro " que celles de la " paix universelle " : nier les conflits nés de la multiplicité, ceux dont la reconnaissance fait société, c'est mettre en danger la vie. Le refoulement du conflit ne peut conduire qu'à la violence généralisée, et l'enjeu auquel nous sommes tous confrontés est bien celui de l'assomption du conflit, " père de toutes choses " selon Héraclite.

  • À quelles thérapies recourir pour soulager les souffrances psychiques qui se multiplient dans les sociétés contemporaines ? Telle est la question à laquelle le psychanalyste et philosophe Miguel Benasayag tente de répondre dans cet essai nourri de sa longue expérience clinique. Il propose d'abord une analyse critique fouillée aussi bien des différentes variantes de la psychanalyse, en nette perte de vitesse, que des thérapies cognitivo-comportementales (TCC) ou des traitements médicamenteux, en plein développement. Il montre que si les unes et les autres peuvent parfois servir utilement de béquilles, elles restent largement impuissantes face à la difficulté de nos contemporains à assumer un monde vécu comme menaçant et complexe : malgré leurs différences, les deux courants partagent leur incapacité à affronter les véritables changements de nos sociétés.
    C'est toute l'originalité de l'approche proposée par Miguel Benasayag : pour lui, les thérapies psychiques individuelles ne peuvent être mises en oeuvre indépendamment d'une réflexion critique approfondie sur les mutations sociétales et idéologiques de notre époque. Ce qui l'amène à développer ici la piste ouverte dans son livre Les Passions tristes. Souffrance psychique et crise sociale (La Découverte, 2006), où il rendait compte de son expérience en pédopsychiatrie : celle d'une " thérapie situationnelle " qui aiderait à répondre au défi principal de l'époque, être capable d'agir dans la complexité. Comme Spinoza l'écrit dans son Éthique, les hommes se croient libres du fait qu'ils ignorent leurs chaînes. La tâche d'une thérapie situationnelle ne consiste pas dans l'illusion de briser ces chaînes, mais dans la possibilité de les transformer en liens avec les autres, comme condition de la vraie liberté.

  • Professeure de philosophie, l'auteure de ce livre a été confrontée comme nombre d'enseignants à une forte incitation émanant de l'Éducation nationale : celle d'évaluer systématiquement les « compétences acquises » par les élèves, sur des critères préétablis. Frappée par l'utilitarisme de cette méthode, elle a voulu en savoir plus sur son origine. À sa grande surprise, elle a découvert l'omniprésence de l'« approche par compétences » dans l'éducation : depuis les années 1980, celle-ci est de plus en plus utilisée, dans les pays du Nord comme du Sud, de la maternelle à l'université, pour l'évaluation personnelle des élèves comme pour celle des systèmes éducatifs nationaux. Ce qui l'a amenée à explorer un univers méconnu : celui du « marché des compétences », fondé sur la théorie du « capital humain », promue par des institutions internationales comme l'OCDE et l'Unesco.

    Ce livre restitue l'enquête conduisant à ces découvertes, la prolongeant par un double questionnement. Si l'approche par « compétences » progresse dans les systèmes éducatifs grâce à l'ignorance de ce qu'elle recouvre, les enseignants n'en sont-ils pas les instruments inconscients ? Mais comment s'opposer à une approche qui se place au service de l'individu et de son « employabilité», même si c'est ainsi qu'elle opère la transformation de l'Éducation nationale en « fabrique de ressources humaines » ? S'appuyant sur l'analyse de pratiques concrètes d'enseignement, Angélique del Rey explore les voies d'une « autre école » qui, plutôt que d'armer les élèves pour une « vie moderne » standardisée, assume les défis de la situation.

    Elle plaide pour qu'enseignants et parents encouragent, par leur éducation, les jeunes à« suivre leur chemin », quitte à les mettre en conflit avec les principes utilitaristes qui prévalent. C'est le prix pour que ceux-ci sachent demain s'épanouir dans le monde et le transformer.

  • Connaître, c'est agir. Mais pourquoi nous est-il si difficile de réagir, d'agir, face aux graves problèmes qui menacent nos sociétés, notre santé, nos vies, la vie même ? Serait-ce par manque d'informations, voire de connaissance ? Pour Miguel Benasayag,

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