Antoine Vauchez

  • L'Union européenne a beau avoir une assemblée, des députés, des rendez-vous électoraux, elle traverse une profonde crise démocratique. Depuis des décennies, le fossé entre l'Europe et les citoyens n'a cessé de se creuser. Les dirigeants ont fini par abandonner leur marge de manoeuvre à des institutions « indépendantes » : Commission, Cour de justice, Banque centrale européenne. Ce faisant, ils ont accepté de ne plus jouer le premier rôle. Comment donner à l'Europe une légitimité démocratique ? Pour démocratiser véritablement l'Union, il ne s'agit pas tant de se caler sur le modèle de la démocratie nationale que de politiser et de démocratiser les institutions « indépendantes » elles-mêmes. Responsabilisation politique, meilleure représentativité sociale, ouverture de débats contradictoires pourraient y concourir puissamment. C'est peut-être aujourd'hui la dernière chance de l'Europe.Antoine Vauchez est directeur de recherche au CNRS et membre du Centre européen de sociologie et de science politique (EHESS-université Paris I Sorbonne). Il a notamment publié L'Union par le droit. L'invention d'un programme institutionnel pour l'Europe (Presses de Sciences Po, 2013).

  • "Constitution européenne, Charte des droits fondamentaux, règle d'or budgétaire... L'intégration européenne frappe par l'extraordinaire continuité des formes qu'elle emprunte : par-delà les crises et les « sommets de la dernière chance », l'Europe politique ne cesse de se réinventer dans les termes du droit.
    En quête des fondements historiques et sociaux de ce « juridisme » européen, l'auteur retrace le processus par lequel s'est bâti, en plusieurs décennies, un programme institutionnel - « l'Union par le droit » - capable de donner sens et unité à l'ensemble hétéroclite des communautés et des politiques européennes. Il révèle aussi le rôle essentiel qu'ont joué un ensemble d'acteurs et de groupes d'élites, universitaires notamment, dans la mutation des traités en un « système institutionnel » doté d'une logique propre et devenu le véritable conservatoire du projet communautaire.
    Loin des travers d'une histoire héroïque de l'Europe en termes de crises ou de traités refondateurs, l'ouvrage démontre pourquoi et comment c'est le droit qui s'est imposé comme le levier principal par lequel l'Europe a pu s'affirmer comme nouveau centre de pouvoir."

  • Pour un traité de démocratisation de l'Europe Comment contenir le déferlement de la vague populiste qui risque de balayer nos démocraties ? Comment prévenir l'éclatement de l'Union européenne ? Pour en finir avec des politiques économiques disqualifiées, mettre l'austérité en minorité et lutter contre les inégalités, il est urgent de démocratiser le gouvernement de la zone euro. Rédigé par une équipe pluridisciplinaire de juristes, politistes et économistes, repris par Benoît Hamon, le projet de traité, ici présenté et commenté, institue une Assemblée parlementaire de la zone euro permettant de promouvoir la justice fiscale et sociale. Le traité peut être adopté en l'état par les pays qui s'y rallieront. Le texte est précédé d'une introduction qui expose sa mise en oeuvre de façon pédagogique. L'objectif est que chaque citoyen s'empare du débat européen et que les différentes forces sociales et politiques contribuent à améliorer ce projet et à nous sortir de la sinistrose ambiante. Stéphanie Hennette, professeure de droit public à l'université Paris Ouest Nanterre, Thomas Piketty, directeur d'études à l'EHESS, professeur à l'École d'économie de Paris/Paris School of Economics, Guillaume Sacriste, maître de conférences en science politique à l'université Paris I (Panthéon-Sorbonne), Antoine Vauchez, directeur de recherche au CNRS.

  • Une ministre de l'Économie, ancienne avocate internationale, qui recourt à l'arbitrage privé pour régler le différend de l'État avec Bernard Tapie ; six anciens secrétaires généraux (et adjoints) de l'Élysée qui rejoignent les grands cabinets du barreau d'affaires parisien ; des armadas d'avocats appelés au chevet de l'État pour sécuriser un partenariat public-privé ou pour assurer l'entrée en bourse du groupe Areva, etc. Si la frontière entre le public et le privé n'a jamais relevé de la ligne claire, le brouillage a pris récemment une ampleur nouvelle. Sous l'effet d'un tournant néolibéral qui a érigé l'État régulateur en acteur clé du gouvernement des marchés privés, une zone de contiguïté et d'échanges sans précédent s'est créée. Figure récente en pleine ascension, l'avocat d'affaires incarne mieux que tout autre ce nouveau mélange des genres. En suivant le rôle qu'il a acquis aux confi ns de l'État et du marché, les auteurs de cette passionnante enquête explorent les contours de cette zone grise à la périphérie des institutions politiques et administratives : comment elle est née, comment elle a progressivement prospéré et ce qu'il nous en coûte aujourd'hui, politiquement et démocratiquement. du travail, migrations, tertiarisation, individualisation et fl exibilité : le monde du travail a changé. Les bastions combatifs du salariat et les milieux professionnels protégés sont plus isolés et fragilisés qu'hier. Pourtant, le confl it au travail est loin d'être absent, comme l'ont rappelé les mobilisations contre la loi Travail en 2016. Il épouse différents contextes et prend de nouvelles formes qui s'apparentent parfois plus à de la résistance qu'à un confl it classique. C'est cette diversifi cation des oppressions vécues - de classe, de genre, de sexe et de race - comme leurs traductions politiques qu'Ivan Sainsaulieu invite à comprendre. Il montre ainsi combien la contestation au travail conserve tout son potentiel subversif.

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