Arts et spectacles

  • « Le romantisme, déclare Baudelaire, est une grâce, céleste ou infernale, à qui nous devons des stigmates éternels. » Ces stigmates sont manifestes dans l'oeuvre de beaucoup des écrivains étudiés par Baudelaire tout au long de ses vingt années de critique militante. Critique militante, en effet, et la part de polémique y est grande. Critique d'actualité aussi, car c'est à propos de ses contemporains que se manifeste surtout le coup d'oeil lucide et prophétique du poète. Son analyse, toujours pénétrante et pleine de verve, parvient à saisir l'importance durable des oeuvres de Wagner, de Flaubert, de Hugo et de Gautier, entre autres artistes.
    Si la valeur d'un critique repose sur son flair, sur son discernement, pour tout dire, sur son jugement, alors Baudelaire critique n'a pas d'égal au XIXe siècle.

  • Baudelaire critique d'art ne cesse jamais d'être poète : « Il m'arrivera souvent, écrit-il, d'apprécier un tableau uniquement par la somme d'idées ou de rêveries qu'il apportera dans mon esprit. » Autrement dit, il décrit comme il flâne, avec une acuité de perception que seule rend
    possible une disponibilité parfaite à l'oeuvre contemplée. C'est à ce titre qu'il encense Delacroix, « peintre essentiellement littéraire », et qu'il raille la ligne dure du dessin d'Ingres. Cette connivence entre peinture et poésie revêt des formes multiples : de la relation classique d'une exposition à la définition de « l'art philosophique », en passant par un éloge en règle du dandysme ou du maquillage, ses écrits sur l'art témoignent d'une pensée toujours mobile,
    insoucieuse des genres et des hiérarchies, fécondée par les correspondances qu'elle décèle.

    Ce volume contient :
    Exposition universelle de 1855 - L'Art philosophique - Salon de 1859 - Le Peintre de la vie moderne - Peintres et aquafortistes - L'OEuvre et la vie d'Eugène Delacroix - Lettre à Manet du 11 mai 1865.

  • Edition enrichie (Présentation, notes, chronologie et bibliographie)« Je crois sincèrement que la meilleure critique est celle qui est amusante et poétique ; non pas celle-ci, froide et algébrique, qui, sous prétexte de tout expliquer, n'a ni haine ni amour, et se dépouille volontairement de toute espèce de tempérament ; mais, - un beau tableau étant la nature réfléchie par un artiste, - celle qui sera ce tableau réfléchi par un esprit intelligent et sensible. [...] Pour être juste, c'est-à-dire pour avoir sa raison d'être, la critique doit être partiale, passionnée, politique, c'est-à-dire faite à un point de vue exclusif, mais au point de vue qui ouvre le plus d'horizons. » Baudelaire, ainsi, est tout entier présent dans ces Ecrits sur l'art qui sont l'autre versant de son oeuvre et, en effet, selon son voeu, ouvrent bien plus d'horizons. Car dans ces pages écrites de 1845 à ses dernières années, ce n'est pas simplement le critique d'art des Salons que l'on découvre, mais le théoricien du romantisme et de l'imagination, du beau et du comique dans l'art, et finalement l'écrivain de cette modernité qu'il définit - et qui pour nous s'ouvre avec lui.


    Edition de Francis Moulinat. 

  • Les enjeux du goût sont toujours furieusement politiques et métaphysiques. Charles Baudelaire (1821-1867), l´amateur et critique d´art qui arpente les Salons, en a une conscience extrême. Contre l´académisme pompier, il lance son mort d´ordre : retour au présent, mais un présent revêtu de la Beauté éternelle. Dans son essai publié en feuilleton en 1863 qui passe pour l´acte de naissance de la modernité, il fait l´éloge de l´artifice, du maquillage et des parures, de la femme élégante, de la ville, du frivole et de l´horreur. Il développe une théorie du dandy. « La modernité, c´est le transitoire, le contingent, la moitié de l´art, dont l´autre moitié est l´éternel et l´immuable. »

  • Paris, le 13 mars 1861. En présence du couple impérial et d´un public prestigieux, composé de tout ce que la Capitale compte de gens influents de la politique et des arts, le compositeur allemand Richard Wagner, est ému d´assister à la création de son oeuvre : Tannhäuser. Mais en guise de consécration, la soirée est un désastre. Les chanteurs et l´orchestre sont hués, Wagner lui-même est pris à parti et insulté. Dès le lendemain, la presse musicale s´acharne de plus belle sur le compositeur et Tannhäuser est bientôt retiré de l´affiche. Tout aurait pu en rester là.
    Mais quelques jours plus tard, sous la plume de Charles Baudelaire, paraît une défense aussi brillante qu´inattendue. Est-ce parce qu´il est lui-même poète que Baudelaire est touché par Wagner et se met ainsi en tête de lui rendre justice ? Est-ce sa « méconnaissance » technique de la musique qui, par une sorte de malentendu, la lui aurait rendue intelligible ? Ou simplement que chacun aime spontanément ce qui lui ressemble, et porte sans le savoir dans son propre coeur les qualités qu´il reconnaît aux autres. Dans Richard Wagner et Tannhäuser à Paris, Baudelaire livre ainsi l´exploration la plus éloquente de lui-même, en même temps qu´il ouvre définitivement la voie à la musique de Wagner en France...

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