Christian de La Hubaudière

  • Extrait
    LE BONJOUR D’ALFRED
    — Vous avez entendu ? Il est arrivé chez nous !
    — Chhhut !
    Trop tard ! Réveillé en sursaut, le bébé se mit à pleurer. Julie De la Hubaudière, stoppant net son élan, resta interdite dans l’encadrement de la porte, dont elle tenait toujours la poignée. Que faisait là ce nouveau-né, dans les appartements de la manufacture ? Marie-Reine Bonnenfant, la lingère, se pencha sur le panier, recueillit sur son sein le petit corps emmailloté du ventre aux pieds, et le berça en se balançant d’un côté et d’autre, sous l’œil approbateur de Perrine Le Talec, la vieille servante, jusqu’à ce que l’enfant, apaisé, se rendormît.
    Julie remarqua l’air attendri de son frère André contemplant la scène, avant de la rejoindre sur le seuil et de sortir sans bruit avec elle, tout en ayant soin de refermer la porte derrière eux. Elle était assez perspicace pour remarquer la poitrine gonflée de la servante et sa taille encore ample, la désignant sans doute aucun comme la mère du petit :
    — Je n’ai pas su que Marie-Reine était enceinte ! Où a-t-elle accouché ?
    — Chez sa sœur à Kerguestin, en Ergué-Armel.
    — Il y a longtemps ?
    — Un mois tout juste !
    — Et on sait qui est le père ?
    — Ça... !
    André prit l’air évasif de circonstance, comme si la chose était banale... Elle le devenait de fait, tant il était fréquent que, pour obtenir de l’ouvrage, les lingères devaient céder aux maîtres.
    Mais comme elles travaillaient pour plusieurs maisons, il était bien difficile, si elle n’avouaient pas, de déterminer le responsable de leur grossesse. Elles-mêmes ne le savaient pas toujours. Il en résultait un regard soupçonneux posé par la religion sur les différents maîtres en cause, mais l’habitude de la chose, alliée au rejet épidermique du moment pour les excès de zèle catholique du gouverne-ment déchu, rendait ce regard plus supportable. En revanche, celui de Julie était perçant :
    — Et tu comptes la garder ?
    — Pourquoi pas ? En quoi ça gênerait ?
    — Tu sais ce que cela signifierait, pour les gens...!
    Il était de bon ton, pour les maîtres, de chasser de leur maison ces filles-mères dès avant leur accouchement, ou à tout le moins aussitôt après, pour bien montrer la désapprobation et en même temps se dédouaner de toute accusation. Ensuite, c’était parole du maître, bien établi parmi les notables, contre celle de la jeune mère, si l’ingrate décidait de jeter le doute sur celui qui lui avait fait la faveur de lui procurer de l’ouvrage. Mais garder chez soi la polissonne constituait un aveu irrémédiable de paternité.
    — Les mauvaises langues seraient bien embêtées, pour savoir à qui l’attribuer, entre nous quatre !
    — Elles ne se gêneraient pas pour le donner aux quatre ! Mais elles n’auraient pas besoin d’aller si loin pour flétrir notre nom. Un seul d’entre vous suffirait pour faire perdre à notre famille le crédit qu’elle commence à retrouver.
    Les frères De la Hubaudière juniors avaient leur demeure tous quatre ensemble dans la manufacture de faïence, même si le plus jeune, Antoine, s’absentait souvent pour effectuer ses tournées de commis voyageur vers Rennes. Depuis six mois, André était entré au conseil municipal à la faveur du nouveau genre d’élections, dans lequel on avait aboli le vote par sections : toute la commune votait pour une même liste et élisait le conseil en une seule fois. Julie avait été très fière du résultat, témoignant de l’estime dont jouissait encore sa famille : après l’aîné Clément, nommé conseiller de préfecture, puis le cadet Jean-Marie, désigné conseiller municipal lors du remplacement des fidèles à Charles X, André était choisi par la voix populaire, la plus représentative.
    Déjà l’an passé, lors de la réorganisation de la garde nationale, décrétée par Louis-Philippe, il avait été élu sous-lieutenant de la première compagnie de chasseurs, tandis que son frère Denis obtenait le même honneur de la seconde compagnie ; Antoine, dans les sapeurs-pompiers, recevant la responsabilité de sa section, preuve que la famille jouissait toujours, non seulement à Locmaria, mais dans tout Quimper, de la confiance que les monarchies des Bourbons, pendant quinze ans, s’étaient efforcées d’anéantir. Leur mère en eût été satisfaite.



  • Extrait
    Certes on est triste, le jour des Morts ; pourtant on se sent moins seul, à pleurer chacun les siens, mais tous ensemble. Ce qui manquait le plus, c’était la messe du matin offrant à toutes les familles de communier dans le deuil, avant de s’éparpiller dans les cimetières, vers les tombes familiales, puis de se réunir autour d’un repas, respectueux mais convivial. Après les excès de ses farouches détracteurs, aujourd’hui écartés du gouvernement, la religion n’avait pas pour autant retrouvé la place qui était la sienne avant la Révolution, ni ses fonctions les plus évidentes. Entre autres, celle de rythmer le temps.
    — Te voilà déjà ! Je ne t’attendais pas si tôt ! Aide-moi à habiller les petits, je n’en ai pas pour bien longtemps !
    Marie Denise Bérardier, bravant les frimas du petit matin, était sortie de bonne heure et s’était déjà rendue sur la tombe de ses petits nouveau-nés et de son défunt mari, autour de l’église Saint-Mathieu. Bientôt six ans qu’elle était veuve ! Elle avait ensuite fait le grand tour par le pont Sainte-Catherine, longeant l’Odet à l’aller, puis au retour, sur l’autre rive, jusqu’à la manufacture de faïence, pour y rejoindre sa cousine Marie Élisabeth. Elles étaient convenues de se rendre ensemble au cimetière de l’ancienne église de Locmaria.
    Sur les douze enfants qu’avait eus Marie Élisabeth et les neuf qui lui restaient en vie, elle n’avait que deux filles : Élisabeth, qui avait pris dix-huit ans cet été, devenait une belle jeune femme, et la petite Julie dont on venait juste de fêter les trois ans paraissait encore un enfançon.
    Un à un, les trois plus jeunes fils de la faïencière, âgés de huit à douze ans, vinrent embrasser Marie Denise. Puis arriva son filleul, son préféré, Denis, dans sa tenue du dimanche :
    — Oh ! la ! la ! on dirait un homme comme ça !
    Bien que de taille moyenne, il était bien bâti, habitué à travailler à la manufacture et à porter de lourdes charges. Il allait avoir seize ans le mois prochain, mais en paraissait vingt.
    — Bon, tout le monde est prêt, en route !
    Marie Élisabeth savait que ses trois grands fils ne se souciaient pas de la rejoindre et se rendraient sur les tombes quand ils l’auraient décidé. Clément, même s’il poursuivait sa demeure dans la faïencerie, était majeur, depuis que la loi mettait la majorité à vingt et un ans, et venait d’être à nouveau nommé conducteur principal des Ponts et Chaussées du Finistère. Depuis la chute de Robespierre et de la Montagne cet été, l’ancien personnel politique du département rentrait en grâce et la famille De la Hubaudière également, bien que privée de son chef. Mais Clément avait de la personnalité et valait son père !
    Le second, Jean-Marie, qui serait majeur avant Noël, se partageait entre l’aide à la manufacture, ses tentatives encore timides dans le négoce et les périodes forcées à l’armée, sous la coupe de son frère aîné, toujours capitaine de la garde nationale. Joseph, le troisième fils, plus attiré que ses aînés par la faïencerie, y secondait sa mère. Ils viendraient plus tard au cimetière, mais ils viendraient, car ils avaient bien connu leur grand-père Caussy. Ce n’était pas le cas des petits.
    Le groupe descendit le large escalier de la Grande Maison et emprunta la rue Basse qui débouchait sur la place de l’église. La chapelle de Sainte-Barbe avait disparu, rasée et vendue aux marchands de matériaux comme bien national. Le couvent de Locmaria, déserté et inerte, offrait un bien triste spectacle, tel une coquille vide sur le bord de l’Odet. Au pied de l’église désaffectée, et fermée en attendant sa vente, se tassait entre ses vieux murs le cimetière dont toutes les croix avaient été abattues sur l’ordre de la Montagne, au moment où elle s’était saisie d’un pouvoir exercé avec insolence.
    Cette désolation ajoutait à la tristesse des deux femmes.
    — Mon Dieu ! Dire que l’on a connu tout cela si beau, si bien entretenu… Elle est belle, leur révolution !
    — Ma pauvre, plus de messe, plus de religieuses, plus de recteur, plus d’enterrements ici… Le village est mort… Il était si vivant !… Ils ont tout tué en un rien de temps !
    — Nos aïeux verraient cela, ils se retourneraient dans leur tombe ! Eux qui avaient apporté tant de vie à Locmaria !…
    Avant de s’effondrer à la suite de Robespierre, le parti de la Montagne avait eu le temps de poursuivre son œuvre destructrice envers tout ce qui rappelait la royauté, la religion, la féodalité et l’ordre ancien. En éliminant aveuglément ceux qui faisaient figure d’élites de la nation et en tenaient les rênes, il avait aussi démantelé tout ce qui produisait des richesses, évincé ceux qui les avaient créées et pouvaient en créer de nouvelles. Le pays vivait aujour-d’hui dans la misère, dans la crainte du lendemain, sans chef et sans perspectives claires.
    — Les enfants, faites une prière sur la tombe de vos grands-parents.
    Marie Élisabeth, après sa prière, resta immobile en pensant à son père. Elle le revoyait s’activer dans la faïencerie lorsqu’elle était jeune, dresser des plans, faire rehausser les bâtiments et construire de nouveaux fours, paver les cours, édifier des galeries extérieures, améliorer l’outil de travail, lui disant que tout cela était pour elle… Elle l’entendait encore lui prodiguer tous ses conseils comme si elle avait été un garçon, persuadé qu’un jour elle mènerait seule l’entreprise familiale. Il lui avait remis entre les mains l’honneur de ses aïeux, elle se devait de ne pas le décevoir et s’y attachait depuis longtemps. Marie Denise la tira de sa rêverie :
    — Tu te rappelles, ton père, ce qu’il nous disait des belles idées de Rousseau, de Montesquieu et des autres ?
    — Oh oui ! Comme si c’était hier : il faut douter des plus belles théories, car les hommes ne sont que des hommes ! Seule la pratique vérifie si les idées étaient bonnes ou non à appliquer. Il ne s’était pas trompé !
    — Ton père était un sage !
    — Non, un Normand ! Tiens, voilà la tombe du grand-père Bousquet et de la grand-mère Isabeau. Voyez, les enfants, ce sont nos ancêtres de Provence qui ont construit la manufacture et toutes les belles maisons que je vous ai montrées, comme le manoir de Rosmaria, chez le cousin Bérardier.



  • Extrait
    — Et moi, quand je serai grand, je serai potier, comme papa !
    — Tu sais dessiner ?
    — Un peu ! Mon père m’apprend ! Je regarde comment il fait et je fais pareil !
    — En vrai ?
    — Sûr ! Des fois, il me tourne une petite assiette et c’est moi qui la décore.
    — T’en as déjà tourné, toi, des assiettes ?
    — J’ai essayé, mais elles n’étaient pas belles. Mon père m’a dit que ça viendrait !
    — T’as de la chance ! Moi aussi, je voudrais bien essayer !
    — C’est pas les filles qui font de la poterie ! C’est trop difficile !
    — Y en a bien qui aident ! Je peux bien y arriver, moi aussi !
    — Non, tu peux pas, parce que les filles, elles savent pas !
    — Mais je peux bien apprendre !
    — Les filles, ça fait les enfants, ça apprend à faire la cuisine et à tenir un ménage. La poterie, tu ne sauras jamais, parce que t’es qu’une fille !
    — … ??
    — Pierre, dépêche-toi, tu n’entends donc pas la petite cloche ?
    — J’y vais, père ! À midi !
    Il dégringola la ruelle qui menait chez le maître d’école, près de l’église. Restée sur les marches de la maison, Isabeau le suivit des yeux jusqu’à ce qu’il eût disparu derrière les maisonnettes aux toits de tuile rouge presque plats. Le soleil, déjà matinal en cette saison, montait dans un ciel d’azur, pur comme l’insouciance des enfants. À quelques pas d’elle, entre ombre et lumière, le potier l’observait, un léger sourire au coin des lèvres. Il avait installé son tour sur le seuil de son atelier, mais restait prêt à s’abriter dans la fraîcheur de la pénombre, dès que la chaleur deviendrait excessive.
    — Tu aimerais mieux être un garçon ?
    — Pourquoi les filles, elles vont pas à l’école comme les garçons ? Il paraît qu’au prieuré les filles de mon âge apprennent à lire ! Et même à écrire !
    — Oh ! et même avant dix ans ! Tu voudrais, toi ?
    Elle descendit l’escalier, l’air boudeur, et s’approcha, les mains dans le dos et le regard au sol, vers l’artisan à l’œil curieux.
    — Mon père veut pas ! Il dit que c’est trop cher !
    Sans répondre, le potier saisit un long bâton, l’engagea dans une encoche du large volant inférieur et, d’un coup sec et puissant, lança son tour. Reposant son bâton, il trempa ses mains dans un petit bassin d’eau trouble, et les appliqua autour de la motte d’argile qui trônait au centre du plateau. Entretenant du pied droit le mouvement rotatif régulier de son tour, il étranglait la motte informe qui grandissait, débordait de ses mains, s’élevait en s’amincissant.
    Bouche bée, Isabeau admirait cette terre inerte, grasse, sauvage, qui commençait à être dressée, domestiquée par la volonté tranquille de l’artisan. Puis, prenant dans un vase une poignée de terre brune, elle entreprit de la mouiller, et commença à la pétrir pour lui donner la forme d’une petite écuelle.
    — Dis, maître Bousquet, tu pourras me la faire cuire en cachette ?
    — En cachette ? Et de qui ?
    — Ben, de Pierrot, pardi ! Mais faudrait que tu m’aides à la décorer, parce que je sais pas écrire.
    — Il n’y a pas besoin de savoir écrire pour la décorer ! Tu sais dessiner par terre, avec le bout du bâton ? Ce n’est pas plus difficile !
    — Ben oui, mais moi, j’ai besoin d’écrire sur mon écuelle !
    — Tiens donc ! Et que veux-tu écrire ?
    Elle piqua du nez et rougit. N’obtenant pas de réponse, Jean-Baptiste releva la tête et, plissant les yeux, scruta le visage de la petite pour croiser son regard. Puis, levant les bras au ciel tout en reposant ses deux pieds au sol, il laissa doucement mourir le mouvement de son tour. Plongée dans son mutisme, Isabeau se rendit bien compte de tout ce manège ; elle aurait pu s’enfuir de honte et elle attendait : elle attendait, en toute simplicité, un mot de bienveillance, une main tendue, le signe d’une complicité. Elle aurait aimé, tout à la fois, garder le secret de son affection pour Pierre et le partager avec un confident, un conseiller même



  • Extrait
    La jeunesse
    — Parce que je veux faire une écuelle pour ma poupée.
    — C’est pas comme ça ! Il faut la tourner.
    — Moi je veux la faire avec mes mains !
    — Tu vas voir ta mère, si tu te salis… ce n’est plus de la terre, c’est de la boue. Tu as mis trop d’eau. Montre-moi.
    — Mais laisse-moi… Je veux faire toute seule !
    Marie Denise Bérardier, malgré ses douze ans et demi, avait bien du mal à faire entendre raison à sa petite cousine. Allant sur ses cinq ans, Marie Élisabeth Caussy savait ce qu’elle voulait et affichait déjà un caractère très affirmé.
    — Je vais la mettre à sécher sur la planche et mon père, il la fera cuire avec les autres.
    Marie Denise l’aurait bien laissée là, mais elle se devait de rester avec elle pour la surveiller. En ce beau dimanche, le premier du printemps, les ateliers étaient vides et les enfants pouvaient à loisir se promener dans la tournerie et la moulerie du rez-de-chaussée, à condition de ne rien déranger, de ne rien abîmer. Neuf tours occupaient le devant des trois pièces, bien en face des fenêtres, tandis que les murs des côtés et du fond étaient garnis de rayonnages échelonnés sur toute la hauteur, occupés par des planches volantes de cinq pieds de long. Sur plus de la moitié s’étalaient des douzaines de pièces, pots d’apothicaire, à confiture, à eau, à pommade, moutardiers, écuelles, gobelets, compotiers, vases, beurriers, soupières ou cafetières. Tournées cette semaine, elles seraient rachevées la semaine suivante, avant qu’elles ne soient trop sèches.
    Encore une semaine à séjourner sur ces planches, le temps que s’évapore le plus possible de l’eau contenue dans la terre, et ces pièces en cru seraient prêtes à passer au four pour une première cuisson. Il ne s’agissait pas d’aller abîmer le travail des tourneurs par des jeux malencontreux. Et il ne fallait pas espérer cacher un accident, les débris d’une pièce heurtée par inadvertance, car chacun tenait ses comptes et savait où il en était : les tourneurs étaient rémunérés au cent, soit huit petites douzaines plus quatre pièces pour la casse. Ils tenaient à jour leur carnet de semaine et touchaient leurs gages à la quinzaine.
    À côté de chaque tour se trouvait un cuvier de terre prête à travailler, blanche pour la faïence, rouge et blanche pour le brun réfractaire, argile pour la poterie vernissée, dans laquelle Marie Élisabeth avait puisé une petite boule. Chacun des tours était accompagné d’une cuvette où avait décanté une eau terreuse, servant à tremper l’éponge et à mouiller le tour. Marie Élisabeth en avait abusé et Marie Denise avait toutes les peines du monde à l’empêcher de se salir.
    — Viens, il fait soleil, on va plutôt s’amuser dehors !
    — Non, moi je fais du travail !
    — Si c’est ça, je remonte et je te laisse toute seule.
    Au premier étage, le reste de la famille s’attardait à table, plaisantant avec toute l’insouciance de son jeune âge sur les petits et les grands événements du moment. Le plus âgé, et de loin, était le maître de la manufacture de faïence, Pierre Clément Caussy qui, à trente et un ans passés, avait la lourde charge de veiller sur son petit monde, tout en menant d’une main ferme la maison sur la voie de la prospérité. Propriétaire de l’établissement, Marie Jeanne Bellevaux, sa jeune épouse de vingt-deux ans, tenait sur ses genoux son petit Pierre Jean, qui venait de prendre quinze mois. Ils riaient de toutes les histoires que leur racontait Pierre Bellevaux, le frère de Marie Jeanne. Ce dernier, qui n’avait que seize ans lors du partage de la faïencerie en 1753, en avait laissé à sa sœur et à son beau-frère la propriété, préférant une rente foncière.
    Il touchait ainsi plus de sept cents livres de rente par an, tout en continuant à loger à la « Grande Maison », comme on appelait la faïencerie dans toute la Cornouaille. Maintenant âgé de dix-neuf ans, il était connu à Quimper et en toute la contrée pour sa prodigalité, son sens de la fête, ses facéties et sa bonne humeur. Pourtant, les jeunes faïenciers ne voyaient pas d’un bon œil la compagnie dont il s’entourait et qui l’aidait à dépenser dans les cabarets l’argent qu’ils lui versaient tous les six mois sans qu’il connût le mal de le gagner. Il n’étudiait plus guère, ne se rendait plus à la messe que rarement et ne faisait pas honneur à la réputation dont jouissait d’ordinaire la famille des manufacturiers de Locmaria. Mais il avait tellement bon fond…



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