Florent Le Bot

  • Sous le régime de Vichy, les spoliations antisémites ont concerné environ cinquante mille biens de toute nature et ont impliqué l'engagement de l'administration française, mais aussi celui de la société. Comment se met en place l'adhésion une politique d'exclusion ? Comment s'élaborent les mécanismes du rejet de l'autre, qu'il soit juif, étranger, concurrent sur le plan économique ? Plus largement, quelles relations peut-on établir entre crises économiques et crises politiques ? Quel rôle ont exercé les classes moyennes patronales ?
    Un processus réactionnaire s'élabore, se construit, se fabrique. Pour en décrire les étapes, les contours, les facteurs d'explication, Florent Le Bot prend le parti de s'intéresser au monde du cuir. Il aboutit au constat que l'engagement d'une partie des professionnels dans la spoliation de leurs confrres juifs s'inscrit dans un rejet plus ancien et plus profond des mutations de l'économie, imputées ds les années 1930 quelques grands groupes désignés comme juifs (les Chaussures André), stigmatisés comme étrangers (le groupe Bata), ou aux artisans juifs originaires d'Europe de l'Est.
    Les revendications protectionnistes, tonalité xénophobe et antisémite, les postures réactionnaires d'opposition la modernisation industrielle dessinent ainsi une ligne de continuité, des années 1930 aux années 1950, et ce malgré la réalité des restitutions de biens spoliés aprs guerre.
    En mlant histoire politique, économique et sociale, ce livre permet de comprendre les mouvements de fond de la société française la veille des Trente Glorieuses.

  • Une synthèse accessible et sans équivalent dans le domaine.Au regard des très nombreux ouvrages portant sur la France pendant la Seconde Guerre mondiale, l'histoire économique et sociale de la période de Vichy fait indéniablement figure de " parent pauvre " : les ouvrages de synthèse récents sur le sujet sont inexistants, le dernier ayant été écrit par Alfred Sauvy il y a plus de trente ans. Pourtant, ce domaine est sans doute celui où les connaissances ont le plus progressé à travers de nombreux travaux de toute nature. Lesquels permettent d'analyser les conséquences de l'Occupation sur l'évolution de plusieurs branches ou secteurs jusque-là très peu étudiés (électricité, transports, biens de consommation, industries culturelles, agriculture, etc.), d'approfondir les relations entre l'Etat, les entreprises et les organisations patronales, de comprendre les conséquences des contraintes allemandes sur les échanges (notamment la division du territoire en différentes zones - ce que les auteurs nomment " une France morcelée "). L'ouvrage s'interroge également sur les procédés et les résultats de l'épuration économique, ainsi que sur les éventuels héritages de la période sur le moyen ou long terme. Il apparaît au final que la France fut certainement - par choix et/ou par force - le pays d'Europe le plus mobilisé en faveur de l'effort de guerre allemand.
    La clarté de l'organisation d'ensemble permet une lecture fluide et aisée s'adressant au plus grand nombre.

  • Alors que l'historiographie française, en matière d'industrialisation et de PME, se tournait jusque-là davantage vers les modèles italiens, puis vers ces mêmes modèles revisités par les Anglo-Saxons, et que l'Espagne, très dynamique en matière d'économie et de territoire, suivait également une tendance similaire, cet ouvrage souhaite enfin faire se rencontrer la France et l'Espagne sur le même chemin, en mobilisant à la fois de l'histoire comparée et de l'histoire croisée. Si la France s'est développée selon une structure industrielle dualiste, où à côté de grandes firmes, des territoires de PME ont déployé leur énergie, l'industrialisation de l'Espagne, quant à elle, plus tardive, repose dans la durée sur des industries de consommation structurées autour de grappes de PME. Dans leurs spécificités, les industrialisations espagnoles et françaises présentent des convergences, éloignant l'une et l'autre du modèle canonique anglo-saxon. Ce sont ces convergences que les contributeurs français et espagnols explorent dans l'ouvrage selon des approches sectorielles, territoriales et en réseaux.

empty