François Crouzet

  • Longtemps arriérée et périphérique par rapport aux grandes civilisations de l'Asie, une économie européenne a émergé lentement, du ixe au xiiie siècle. Devenue une réalité du xve au xviiie siècle, elle a préparé la mutation de la Révolution industrielle.

  • Les livres d´histoire parlent souvent de « rivalité » économique entre la France et l´Angleterre au siècle des Lumières. C´est pour le moins un euphémisme, car c´est bien le mot « guerre » qui convient ! De la Méditerranée à l´Atlantique, de l´océan Indien à la mer de Chine, la guerre sur mer - commerciale et/ou militaire - se déchaîne (y compris la guerre de course). Sur terre, en Inde, en Amérique, aux Antilles, les colonies changent de mains (plusieurs fois pour certaines, en peu de temps), le commerce des esclaves en est affecté, mais s´intensifie... Le bras de fer dure longtemps, très longtemps. Ce n´est pas avant la Révolution française et l´Empire que l´Angleterre l´emporte définitivement. Le triomphe anglais était-il inscrit dans les astres ? La France s´est-elle trop occupée de sa domination sur le continent ? Lequel des deux adversaires a-t-il le premier entrevu où était l´avenir, c´est-à-dire dans la révolution industrielle ? Quelle est la chronologie de cette longue lutte ? L´économie a-t-elle été l´enjeu de celle-ci ou bien n´en a-t-elle été qu´un des champs de bataille ? Autant de questions auxquelles répond avec une souveraine maîtrise de son sujet le grand historien François Crouzet. Professeur émérite à l´université de Paris IV-Sorbonne, François Crouzet, historien et économiste, s´est depuis longtemps spécialisé dans l´histoire de l´Angleterre au XVIIIe siècle. Il a publié chez Fayard, en 1993, La Grande Inflation.

  • Longtemps arriérée et périphérique par rapport aux grandes civilisations de l'Asie, une économie européenne a émergé lentement, du ixe au xiiie siècle. Devenue une réalité du xve au xviiie siècle, elle a préparé la mutation de la Révolution industrielle. Grâce à l'accélération de la croissance au xixe siècle, et en dépit du contraste entre pays "riches" au nord, pays "pauvres" au sud et à l'est, l'économie européenne était plus intégrée en 1900 qu'elle ne l'est en 2000.
    En insistant sur les caractères communs à l'espace économique de l'Europe, sur les relations entre ses différentes parties, sur la diffusion des institutions et des technologies, sur les migrations de main-d'oeuvre, de savoir-faire, de capitaux, sur le rôle des diasporas, François Crouzet signe ici une magistrale synthèse. Cette "histoire de l'économie européenne" nous permet de mieux comprendre les débats actuels sur les heurs et malheurs de l'Europe.

  • En 1950, le grand historien Lucien Febvre, aidé par un jeune assistant en Sorbonne, François Crouzet, se lance un défi : écrire, en réponse à une sollicitation de l'Unesco, un manuel « modèle » d'histoire de la civilisation française. Oublié jusqu'à aujourd'hui dans un grenier poussiéreux, ce livre veut prouver qu'il n'y a pas d'identité française providentiellement surgie de la nuit des temps, mais que la France s'est progressivement créée grâce à un constant métissage ethnique et culturel qui est le coeur battant de sa civilisation. Véritable défense et illustration du caractère « international » et «interdépendant » de toute nation, Nous sommes des sang-mêlés dénonce les tentations de refus de l'autre qui ont conduit aux atrocités des conflits mondiaux du XXe siècle. Selon Febvre et Crouzet, l'historien a pour mission, scientifique et éthique, d'éliminer les ferments de haine xénophobe entretenus par l'enseignement d'une histoire trop nationaliste, et d'ouvrir les esprits à l'idée d'une « fraternité » universelle qui serait l'essence même du passé et donc du présent. Livre singulier d'histoire engagée, promotion d'un projet de paix qui serait l'avenir de l'humanité, Nous sommes des sang-mêlés conserve toute sa pertinence aujourd'hui.

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