Gérard Khoury

  • Louis Massignon (1883-1962) fut un des plus grands islamologues français et un des principaux acteurs de l'établissement d'un dialogue entre islam et Église catholique. Ami de Charles de Foucauld, de Lawrence d'Arabie et de Gandhi, ce professeur au Collège de France, spécialiste du monde arabe, était aussi un homme de terrain. Il participa à de très nombreuses missions commanditées par le ministère des Affaires étrangères.Le tour de force de Gérard D. Khoury est d'avoir réussi à rassembler la plupart des rapports - jusque-là inédits - des missions de Massignon au Levant (de 1907 à 1955), et de mettre en valeur ses analyses politiques et culturelles, souvent en avance sur son époque, et en particulier ses considérations sur le monde et l'islam arabes. La foi fervente de Massignon le conduit à souligner de façon prémonitoire, dès les années 1920, la question des Chrétiens d'Orient, mais également celle des autres minorités, notamment les Alaouites de Syrie. Il comprit aussi très tôt que les Arabes et les musulmans, humiliés, seraient acculés à se radicaliser, et il ne dissimula pas ses craintes à cet égard.Réunis pour la première fois, ces rapports de mission éclairent, à côté du parcours spirituel de Louis Massignon, la facette politique, méconnue, de l'oeuvre de cette grande figure du XXe siècle.

  • À la fin de la Première Guerre mondiale, la France et la Grande-Bretagne se disputent l'héritage ottoman au Levant, et d'emblée l'Angleterre semble maître du jeu, car elle a largement profité en Orient de la faiblesse des moyens matériels et militaires des autres puissances européennes. Traditionnellement protectrice des Lieux saints et des chrétiens d'Orient, la France doit contrer l'hégémonisme britannique, les complicités anglo-arabes et le radicalisme des mouvements indépendantistes et en même temps ménager ses relations avec ses alliés et ses protégés. Elle va tenter de concilier ses acquis et ses intérêts de puissance coloniale avec les contraintes d'un nouvel ordre diplomatique, mais le départ de Clemenceau en 1920 marquera la fin des accords entre la France et l'émir Faysal. Dès lors, le rôle de la France en Orient se réduira à sa prépondérance au Liban. Fondée sur une documentation exceptionnelle, anglaise, française et arabe, qui révèle de nombreux inédits, l'enquête de Gérard D. Khoury éclaire ce moment si complexe du temps des mandats, quand la France fonda les Etats du Liban et de la Syrie.

  • Gérard Khoury est Libanais. En bon historien, exploitant objectivement les sources, il s'efforce ailleurs, dans des articles ou des livres savants, d'expliquer aux gens d'ici comment s'est fait son pays et pourquoi il se défait. Mais lorsque l'anxiété le prend à la gorge, qu'il n'en peut plus d'amertume, il choisit l'écriture romanesque. Son roman, « La maison absente » est poignant. Pour la vérité crue qu'il dévoile, dans un langage contenu, d'une sensibilité et d'une intelligence blessées. De la maison, lieu de mémoire, il ne demeure plus que des cendres. Les souvenirs vont-ils, eux aussi se perdre, les beaux souvenirs d'une belle enfance, tous les parfums, toutes les saveurs, et la mère, elle aussi, absente ? Reste le frère, imaginé. Car pour mieux dire ce qui déchire sa patrie perdue, et qui le déchire lui-même, Khoury met en scène un couple de frères affrontés. Idée heureuse, puisqu'elle renvoie à cette structure intime des sociétés méditerranéennes, que l'anthropologie nous découvre : la jalousie, l'inimitié natives entre frères, tous ces Caïn, tous ces Abel qui n'ont cessé de se disputer au cours des âges, ces terres apparemment heureuses, et dont l'hostilité n'est pas sans retentir dans les jeux de la grande politique. De celle-ci, ce livre profond fait apparaître le contrepoint tragique.

  • Gérard Khoury est Libanais. En bon historien, exploitant objectivement les sources, il s'efforce ailleurs, dans des articles ou des livres savants, d'expliquer aux gens d'ici comment s'est fait son pays et pourquoi il se défait. Mais lorsque l'anxiété le prend à la gorge, qu'il n'en peut plus d'amertume, il choisit l'écriture romanesque. Son roman, « La maison absente » est poignant. Pour la vérité crue qu'il dévoile, dans un langage contenu, d'une sensibilité et d'une intelligence blessées. De la maison, lieu de mémoire, il ne demeure plus que des cendres. Les souvenirs vont-ils, eux aussi se perdre, les beaux souvenirs d'une belle enfance, tous les parfums, toutes les saveurs, et la mère, elle aussi, absente ? Reste le frère, imaginé. Car pour mieux dire ce qui déchire sa patrie perdue, et qui le déchire lui-même, Khoury met en scène un couple de frères affrontés. Idée heureuse, puisqu'elle renvoie à cette structure intime des sociétés méditerranéennes, que l'anthropologie nous découvre : la jalousie, l'inimitié natives entre frères, tous ces Caïn, tous ces Abel qui n'ont cessé de se disputer au cours des âges, ces terres apparemment heureuses, et dont l'hostilité n'est pas sans retentir dans les jeux de la grande politique. De celle-ci, ce livre profond fait apparaître le contrepoint tragique.

  • Que l'on évoque le temps des Croisades, les grandes heures de l'Empire ottoman et son démembrement au XXe siècle, l'éveil du nationalisme arabe ou l'émergence du projet sioniste, on est chaque fois confronté, avec les « questions d'Orient », à une histoire complexe où le religieux imprègne le politique.
    Dans ce livre à trois voix, les auteurs, ardents partisans de la paix au Moyen-Orient, s'interrogent sur le désarroi actuel du monde arabe en retraçant les grandes étapes du siècle écoulé : la création des États du Levant, la politique des mandats, les luttes d'indépendance, la création de l'État d'Israël, la succession des conflits israélo-arabes, la guerre au Liban, les guerres du Golfe, les Intifadas, le choc du 11 septembre et l'exacerbation du terro-risme. Compte tenu de sa double identité d'acteur et témoin de ces multiples crises, Ghassan Tuéni enrichit ce débat de sa propre expérience et d'éléments historiques.
    Le grand espoir de « Renaissance arabe » n'a connu qu'un élan éphémère. L'incapacité des nouvelles nations à relever les défis de l'indépendance et à surmonter leurs archaïsmes, le jeu hégémonique des grandes puissances, jalouses de leurs routes impériales et de leurs ressources pétrolières, ainsi que la radicalisation constante de la politique expansionniste israélienne vont con-duire l'arabisme et la cause palestinienne d'impasses en échecs et favoriser tous les intégrismes.

  • Georges Berthoin  fut le directeur de cabinet de Jean Monnet de  1952 à 1955.  Les entretiens qu´il a accordés à Danièle Sallenave et à Gérard D. Khoury éclairent le destin d'un homme qui s´est toujours senti européen, prônant le bien commun et la paix, des valeurs qui caractérisent son combat pour l'Europe - de l´utopie à l´espérance.Il a consacré sa vie à lutter, contre vents et marées, pour le renforcement de l´Europe et n´a jamais cessé de soutenir cette cause auprès d´hommes politiques européens et américains. Les portraits qu´il fait de Robert Schuman, Jean Monnet, Zbigniew Brzezinsky, Henry Kissinger sont saisissants.Au moment où l´Europe est traversée par le doute, Georges Berthoin nous met en garde :« Pour nous, Européens, avant de provoquer ou rendre plus assassines les critiques actuelles, réfléchissons avec attention et gravité. Si l´édifice inauguré en 1950 se lézarde et s´écroule, quand ailleurs il s´en construit de multiples, une situation irréversible prévaudra. La désespérance n´est pas digne du génie de nos nations. Alors, au-delà des légendes, des distorsions historiques et des accusations mensongères, il faut se souvenir que l´Europe a restauré les identités nationales et la démocratie, et non proclamer le contraire. »

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