Georges Abraham

  • La science nous a toujours paru comme un fondement de valeurs sûres.. Elle nous a garanti l'honnêteté dans la recherche, une bonté implicite dans ses buts et la certitude du progrès. Elle est arrivée à nous fournir le sens de l'absolu et la signification la plus concrète de l'humain. Depuis quelque temps cependant, le mythe de la science s'effrite : elle est accusée, entre autres, de cautionner des manipulations génétiques qui détruiraient l'individualité, et d'avoir fabriqué la bombe atomique qui pourrait supprimer l'humanité tout entière. La science ne semble plus capable de nous assurer un absolu réconfortant, et cette relativité qui imprègne les hypothèses, les modèles et les résultats de toute recherche, est vécue comme une déchéance, une mystification. Mais à la base de ces transformations, il y a une profonde interrogation : il n'est plus question de croire à une seule vérité, et les concepts mêmes sont remis en cause. Il en est ainsi pour l'un des piliers de la science : la médecine, dont les certitudes et les valeurs sont devenues indéterminations et questionnements. Et dans le cadre de la médecine, la psychiatrie semblerait nous offrir à son tour une disponibilité particulière pour une remise en cause radicale. Parce qu'elle est caractérisée par des limites estompées, par une pathologie et une clinique essentiellement variables et diverses, par le polymorphisme. Le psychiatre peut, en quelque sorte, guider les nouvelles orientations de la pensée médicale, maintenir l'élan pour une transformation radicale, et aider à définir une médecine plus sensible à des nécessités qui dépassent la seule élimination de la souffrance et des symptômes. Une médecine moins idéalisée certes, mais peut-être davantage prête à répondre à nos questions essentielles.

  • Voulons-nous nous connaître à fond, drainer tous les mystères qui pourraient nous concerner, ou éviter de savoir qui sommes-nous vraiment, quitte alors à opérer d'inépuisables"retouches" à notre identité ? Regardons-nous vivre au jour le jour, revoyons nos projets, récupérons nos souvenirs pour savoir au moins qui nous étions jusqu'à hier. Mais en laissant la porte ouverte au lendemain qui est à la fois si proche et si insaisissable.

  • La satisfaction peut anéantir le désir, mais elle peut aussi l'alimenter. Vouloir tout connaître peut cacher, derrière une louable intention, la volonté de dévoiler l'inconnu dans tous ses replis, jusqu'à une compréhension détaillée de la vie dont nous sommes porteurs. A travers une connaissance du Monde de plus en plus approfondie, finirons-nous par admettre avoir tout compris ?

  • Georges Abraham, professeur à la Faculté de médecine - département de psychiatrie - aux Universités de Genève et de Turin. Chargé d'enseignement en sexologie à la Faculté de médecine de l'Université d'Aix-Marseille. Médecin-consultant au Centre psycho-social et au Centre de gériatrie de Genève. Docteur en médecine et en philosophie. Psychiatre, neurologue, psychanalyste, il est membre de la Société internationale de psychanalyse. Georges Abraham est responsable de nombreuses publications dans les domaines de la psychiatrie, psychothérapie, psychanalyse, sexologie, hypnose. Antonio Andréoli est Privat-docent de l'Université de Genève, médecin-chef de l'un des secteurs du dispositif psychiatrique de cette ville. Engagé dans la pratique psychiatrique, psycho-thérapeutique et psychanalytique, il est l'auteur d'une cinquantaine de publications. Il a déjà édité, en collaboration avec W. Pasini, le livre « Eros et changement : le corps en psychothérapie » (Payot, 1981) et, en collaboration avec G. Abraham et I. Siméone, « Vecchi buoni e vecchi cattivi : introduzione a una gerontologia critica » (CIC, 1981).

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