Guillaume Pinson

  • Le premier quotidien francophone du monde, le Journal de Paris, est lancé en 1777.Vers la même époque sont fondés les premiers journaux de langue française du continent nord-américain, la Gazette de Québec, le Courier de Boston et le Moniteur de la Louisiane. Progressivement se constituent, de Paris à Bruxelles et Genève, de Montréal à La Nouvelle-Orléans en passant par New York, de grands axes de circulation de journaux et de journalistes, à la source du premier mouvement de mondialisation médiatique dans sa dimension francophone. Pour tous les consommateurs de presse, Paris demeure un centre culturel et symbolique incontournable, et nombreux sont les corpus et les genres journalistiques français repris, imités et adaptés localement. Mais, après 1900, Montréal constitue le grand pôle du journalisme francophone du continent nord-américain. La métropole pratique désormais un journalisme moderne, tourné vers l'information et le reportage, au coeur d'une planète dont l'espace-temps, depuis la fin du xviiie siècle, s'est extraordinairement resserré. À la croisée d'une étude des modes de circulation, de l'évolution des technologies de la communication, des grandes figures de journalistes et des textes d'époque, cet ouvrage constitue à ce jour la première histoire médiatique " connectée " de l'espace francophone nord-atlantique.

  • Les articles rassemblés dans ce numéro se proposent d'étudier les liens des Aventures de Tintin avec l'histoire, la société, la politique. Ce faisant, leurs auteurs ont été amenés à s'écarter quelque peu des types de lectures qu'a le plus souvent suscités le grand oeuvre d'Hergé (nom de plume de Georges Remi, 1907-1983) et qui tendent à vouloir y relever des indices, tantôt du « moi social » de RG, tantôt du « moi profond » de GR (pour reprendre la distinction faite par Proust dans Contre Sainte-Beuve). On sait que l'homme et l'oeuvre ont fait et continuent de faire les délices de la critique d'allégeance psychanalytique, de manière hélas pas toujours aussi fine et subtile que ce qu'avait proposé Jean-Marie Apostolidès dans Les métamorphoses de Tintin[1]. On sait aussi que certains albums, et tout particulièrement Les bijoux de la Castafiore, ont donné lieu à de brillantes analyses formelles qui portent la signature de Michel Serres[2], Pierre Fresnault-Deruelle[3], Benoît Peeters[4] ou Jan Baetens[5].

  • Le présent numéro déroge à la formule habituelle d'Études françaises, soit la réunion d'un dossier thématique et de deux ou trois articles libres, pour faire toute la place à ces derniers. En fait, il serait plus juste de dire qu'il renoue avec un usage qui avait déjà eu cours et qui fut ensuite délaissé. À la fin de la décennie 1980 et au début de la suivante, la revue a publié trois numéros de « mélanges » - « Lectures », « Variété » et « Lectures singulières[1] » - qui participaient alors d'une nouvelle politique d'ouverture : on souhaitait accueillir des articles dont l'objet, les questions et les perspectives théoriques soient les plus divers possibles. En fait, Études françaises s'était définie dès sa fondation par l'ouverture ; seulement, la généralisation de la formule du numéro thématique, qu'elle et bien d'autres revues avaient adoptée, rendait difficile, voire impossible, la publication de certains travaux. Sans renoncer aux dossiers, on décida alors de ménager une section de la revue pour des textes libres, et de faire paraître occasionnellement une livraison de mélanges.

  • Dans le numéro printemps-été de Voix et Images, Micheline Cambron et Mylène Bédard proposent un dossier consacré à un corpus peu étudié dans une perspective littéraire : les genres médiatiques de 1860 à 1900. Guillaume Pinson s'y intéresse à la mondialisation de la presse francophone à travers l'étude du reportage, alors que Vincent Lambert étudie la visée et les postures de quatre chroniqueurs phares. Mylène Bédard, quant à elle, interroge la frontière entre roman-feuilleton et fait divers à travers la figure du féminin dans Le Pionnier de Sherbrooke, puis Louis-Serge Gill étudie le caractère multiforme de la critique littéraire par le biais de la réception du Pèlerin de Sainte-Anne de Pamphile Le May, et Lucie Robert discute des enjeux commerciaux et poétiques soulevés par la critique théâtrale. Enfin, Charlotte Biron, prenant appui sur le récit du tour de monde qu'ont effectué Lorenzo Prince et Auguste Marion en 1901, tisse des liens entre reportage, récit d'aventures et développement des transports.

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