Guy Féquant

  • Certains s'obstinent à l'appeler Alexis Leger, et c'est déjà signe d'estime. Le collaborateur de Briand, le diplomate sans peur et sans reproche, la bête noire de Hitler dans les négociations internationales, le chantre de l'Europe trente ans avant le traité de Rome : il fut tout cela, et au plus haut de ce qu'il pouvait être. D'autres ne connaissent et ne veulent connaître que Saint-John Perse, l'immense poète de la pluie et du vent, de la mer et des oiseaux, des flagellations de tous les exils. Il se trouve peut-être encore des gens qui ignorent que ces deux identités concernent une seule et même personne, mais deux vocations. Comme nul n'est prophète en son pays, les Français l'admirent de loin sans trop le fréquenter. Mais le prix Nobel de littérature, obtenu en 1960, consacre Perse comme le plus grand poète de langue française du vingtième siècle. Aux Etats-Unis, dans les pays d'Europe du Nord et dans tout le domaine hispanophone, il est traduit, lu, admiré. En France, son heure viendra quand ses compatriotes se réconcilieront avec la haute poésie, quand ils sauront faire rimer culture avec ouverture et avec nature. Saint-John Perse a le vingt et unième siècle pour lui.

  • Rédigeant ce livre, j'ai constamment pensé à tous ceux qui, bergers ou laboureurs, ont depuis six mille ans façonné le visage de la Champagne. Sans le savoir, ils produisaient en respectant la terre, tandis que nous la massacrons en le sachant, et en nous en accommodant. Naturellement méfiant vis-à-vis de toutes les sociétés, fussent-elles traditionnelles ou pastorales, j'avoue ressentir jusqu'à la fascination la souveraine harmonie de nos paysages ruraux, de leur architecture permanente et des drapés successifs que les saisons y couchent. A la suite du naufrage des valeurs paysannes anciennes, la sagesse et la culture se sont réfugiées dans quelques personnalités d'exception, bergers et paysans authentiques. De ces témoins je parlerai surtout. Leurs leçons vivent encore en moi. Ils sont les derniers hommes de la terre et du ciel. Je ne peux les arracher à leurs vergers croulant sous la neige de l'aubépine en fleurs, à leurs champs étroits qui fuient et restent comme suspendus à la limite des nuages, à leurs vallées tourbeuses où les tempêtes automnales plaquent par milliers les sarcelles. J'écris ces lignes pendant l'été 1985, vingt ans jour pour jour après que mon grand-père eut définitivement posé sa houlette de berger et rattaché son chien à sa niche, mais je pourrais mettre en épigraphe la phrase des Mémoires d'outre-tombe : « Du temps présent au temps que je vais peindre, il y a des siècles. »

  • Cet ouvrage n'est ni une étude scientifique ni une saga régionaliste. Il s'agit plutôt d'une histoire, au sens initial que les Grecs donnaient à ce mot, c'est-à-dire une enquête buissonnière et néanmoins rigoureuse, avec un fil conducteur biographique non dissimulé, mais non envahissant. Rédigeant ce livre, j'ai constamment pensé à tous ceux qui, bergers ou laboureurs, ont - depuis six mille ans - façonné le visage de la Champagne. Sans le savoir, ils produisaient en respectant la terre, tandis que nous la massacrons en le sachant, et en nous en accommodant. J'écris ces lignes pendant l'été 1985, vingt ans jour pour jour après que mon grand-père eut définitivement posé sa houlette de berger et rattaché son chien à sa niche, mais je pourrais mettre en épigraphe la phrase des Mémoires d'outre-tombe : « Du temps présent, au temps que je vais peindre, il y a des siècles. » Tout le reste, si j'ose dire, est littérature.

  • Cet ouvrage n'est ni une étude scientifique ni une saga régionaliste. Il s'agit plutôt d'une histoire, au sens initial que les Grecs donnaient à ce mot, c'est-à-dire une enquête buissonnière et néanmoins rigoureuse, avec un fil conducteur biographique non dissimulé, mais non envahissant. Rédigeant ce livre, j'ai constamment pensé à tous ceux qui, bergers ou laboureurs, ont - depuis six mille ans - façonné le visage de la Champagne. Sans le savoir, ils produisaient en respectant la terre, tandis que nous la massacrons en le sachant, et en nous en accommodant. J'écris ces lignes pendant l'été 1985, vingt ans jour pour jour après que mon grand-père eut définitivement posé sa houlette de berger et rattaché son chien à sa niche, mais je pourrais mettre en épigraphe la phrase des Mémoires d'outre-tombe : « Du temps présent, au temps que je vais peindre, il y a des siècles. » Tout le reste, si j'ose dire, est littérature.

  • L'auteur a rassemblé dans ce recueil des textes qui lui ont tous été inspirés par ses randonnées à travers l'Europe sauvage : poèmes, méditations, brèves, tableaux ou rêveries...

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