Fayard

  • C'est un môme, il n'a pas cinq ans, mais déjà il fuit la mésentente de ses parents. Son refuge est dehors. Au-delà de la porte cochère, sur les trottoirs de Belleville et de Ménilmontant, dans la rue. Figure festive et contrastée, tragique à l'occasion, le Paris des années cinquante et ses « fortifs », entre reconstruction et guerre d'Algérie, avec ses petits métiers, rémouleurs et forains, chiffonniers et camelots, ses clochards et ses gitans amoureux, abrite le jeune garçon, qui se cherche une place avec plus ou moins de succès.

    Dans cet univers bigarré, il fait rapidement l'apprentissage de la seule différence qui ne pardonne pas : être né ailleurs. Le petit Juif de Tunis n'en souffrirait sans doute qu'à peine si ses lointaines origines, qu'il a lui-même oubliées, ne s'interposaient entre son coeur et la blondeur d'une fillette.

    Souvenirs, rêves et anecdotes composent dans ce récit d'enfance la mosaïque des premiers abandons et des premières douleurs, celles que la camaraderie enfantine ne guérit pas toujours et que l'école inhumaine accuserait plutôt, celles de la déréliction, peut-être plus lourde à porter que l'exil.

  • Lorsqu'on a passé ses plus belles années au fond d'une prison sri lankaise à cause d'un doigt de cannabis et d'un engrenage de malentendus, il y a de quoi devenir fou. Trente ans plus tard, libéré mais oublié de tous, le héros de cette histoire retourne en France où l'attend un héritage inhabituel.

    Un vieil oncle défunt appelé Martin Harrar savant homme et aventurier richissime lui a légué un étonnant domaine au milieu de forêts. Il s'agit en réalité d'une clinique psychiatrique pour grands dépressifs et les clauses du testament astreignent le bénéficiaire à en maintenir scrupuleusement les activités. Incidents bizarres, comportements suspects et phénomènes irrationnels poussent le narrateur à mener une enquête sur la personnalité et les activités secrètes de son oncle disparu. Il va également découvrir qu'hériter d'un tel établissement n'est pas la meilleure façon de garder sa raison.

    Riche en énigmes et en chausse-trapes, le roman de Hubert Haddad nous entraîne dans un univers inquiétant, régi par les lois de l'humour et de l'étrange.

  • Mirabilia

    Hubert Haddad

    • Fayard
    • 18 Août 1999

    Outre leur étrangeté et singularité, un des points communs à ces dix nouvelles, "merveilleuses" au sens classique du mot, résulte de la fascination des villes grandes ou petites : ici Naples, Rome, Londres, Le Havre, Laon, Genève, mais aussi telle bourgade moins connue d'Autriche ou d'Auvergne. D'où ce titre : Mirabilia.
    Un autre est d'actualiser les grands mythes - Orphée, Janus, l'Apocalypse et l'éternel retour - dans la plus présente des réalités. Et des figures universelles de la littérature d'imagination, tels le fou en liberté, Robinson, le revenant, le grand personnage déchu en amuseur de troisième zone, le peintre qui vit en trompe-l'oeil.
    Passionné du monde du cirque, du théâtre, de l'illusion, Hubert Haddad pourrait faire sienne la formule d'un célèbre biologiste : "La vérité est dans les monstres." Des héros en quête d'une figure du destin bouleversante se perdent dans un monde de signes, des constellations de signes. Quelque chose d'une initiation périlleuse ouvre alors au mystère de temps. Dans l'envers anachronique des choses, parmi les marginaux et les illusionnistes, l'univers fantastique d'Hubert Haddad propose une nouvelle fiction faite d'une accélération des hantises les plus aiguës et redoutées de notre temps, quand la réalité entrouvre ses oubliettes et ses double-fonds.

    Comédien, animateur d'ateliers d'écriture en banlieue ou en province, Hubert Haddad a déjà derrière lui une quinzaine de romans, trois recueils de nouvelles, six recueils de vers, dix essais et livres d'art, quatre pièces de théâtre.

  • Pour Hubert Haddad, la littérature est une passion à la fois secrète et partagée qui a la langue pour enjeu, à savoir l'avenir de l'homme. Dans cet essai ordonné entre les deux pôles de l'universalité (« L'alphabet incontrôlable ») et de la subjectivité («Journal d'un animal arbitraire »), Haddad explore la posture de l'écrivain, non pas seulement face à son oeuvre, mais dans les processus mêmes de la création. Les proximités biographiques et imaginaires que l'auteur éclaire, excèdent les classifications habituelles, pour donner sa vraie dimension, métaphysique et abyssale, à l'aventure des mots. L'originalité de ce livre réside dans la recherche concertée de ce lieu de surgissement où s'élaborent des oeuvres apparemment si diverses.
    « Défiance et illumination » dans une langue. Qu'est-ce que cette chose qui porte à écrire, à transgresser le réel par le style a Pourquoi des auteurs aussi différents que Daumal, Poe, Hölderlin, Maupassant, Jünger, Garcia Marquez (auquel est consacrée la première étude conséquente en France), le trop méconnu Fardoulis-Lagrange, ou encore Pieyre de Mandiargues, Dominique de Roux, Luc Dietrich, Paul Gadenne et Claude Louis-Combet, butent-ils avec tant de force sur la question fondamentale de l'origine scripturale, liée au désir et à la mort ?
    Ces études variées sur la position de l'écrivain à travers les oeuvres et le monde qui les porte se nourrissent de réflexions sur la légitimité des genres littéraires à travers les espaces mythiques et les catégories flottantes du réalisme et de l'imaginaire. L'auteur, lui-même poète, romancier et dramaturge, s'efforce d'approcher au plus près, sur ces bases, le mystère des passions esthétiques qu'une même hantise, de l'ordre d'une élucidation absolue, ne cesse d'inspirer. Sans le moindre esprit de système, après Saintes-Beuveries (José Corti), Hubert Haddad développe une philosophie critique de la littérature fondée sur l'épreuve de la vérité et l'expérience fondamentale.

  • La vitesse de la limière

    Hubert Haddad

    • Fayard
    • 3 Janvier 2001

    "Je me souviens de cette immense grotte dans les falaises de la côte algérienne. Je m'y étais introduit lors d'une halte en voiture sur la route d'Oran. Sur une paroi, à lintérieur, mon propre nom était peint en grandes lettres blanches. Voletant, prisonnière, une hirondelle de mer se cognait aux murailles, à moitié assommée. je l'ai prise sans mal dans mes mains. Dehors, j'ai ouvert les paumes sur l'oiseau tout à l'heure pantelant. Comme il a jailli pour rejoindre le ciel lointain du large ! J'emploie le temps des rêves pour raconter cette histoire. Elle ne m'avait pas troublé outre mesure alors. Trente ans plus tard, l'épisode me semble riche de significations sur mon propre destin. La vie est une route d'oublis qui laisse toute la mémoire. " Poignant, ce texte autobiographique dépourvu de fard exprime comment les mots de l'amour et l'amour des mots peuvent aider à combattre la mort et les plus sombres épreuves de la vie.
    Poète, dramaturge, critique d'art, nouvelliste, Hubert Haddad a également écrit plus d'une quinzaine de romans. En même temps que La vitesse de la lumière, est réédité chez Fayard Le Chevalier Alouette.

  • Des nouvelles envoûtantes, entre réalité et rêves. Des personnages en quête d'absolu qui doivent, pour mieux se libérer de leurs obsessions, franchir le seuil de l'expérience dans ce qu'elle a de plus déraisonnable.

  • Une singulière légende a cours sur les rives de la Méditerranée : saint Louis ne serait pas mort de la peste dans la plaine de Carthage à l'issue de la VIIIe croisade... Venu convertir l'émir de Tunis Al-Mostancir, avant de reprendre la route de Jérusalem, Louis le neuvième se serait éclipsé. Guéri du pouvoir comme de la dysenterie, il se serait installé sur la colline enchanteresse qui surplombe Carthage et qu'on appelle désormais Sidi Bou Saïd. D'autres versions de la légende prétendent que saint Louis, initié au Coran et à la philosophie des maîtres du soufisme, converti par une belle musulmane et devenu lui-même un grand mystique soufi, ne serait autre que Sidi Abou Saïd.
    La Double conversion d'Al-Mostancir nous plonge dans la conscience même du roi saint à l'agonie. Avec ce conte lourd de sens, Hubert Haddad réinvente ici le roman de l'Ifriqiya.

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