Langue française

  • Le féminin dans les lettres francophones est un complexe de métadiscours et de représentations parfois engagées, parfois ambivalentes, mais toutes très parlantes : ces rhétoriques pointent à l'horizon des nouvelles productions littéraires les enjeux d'une partie des littératures francophones où la femme - et subséquemment le féminin -, quitte le décor pour prendre la scène, et désavoue le rôle de la victime pour échanger le pilon contre le crayon.

  • Le présent dossier s'articule autour d'une problématique peu étudiée dans le champ des littératures francophones : les enjeux critiques et les modalités figuratives du corps. La francophonie dont il est question dans les réflexions en présence est celle que l'on situe généralement en dehors de l'espace occidental, tout en y incluant le Québec[1].

    Souvent perçues comme de nouvelles littératures ou des littératures émergentes, les littératures francophones jouissent d'une considération critique et institutionnelle croissante, dont l'historiographie permet de voir qu'elles sont le résultat de plusieurs tentatives successives de délimitation et de détutélarisation par rapport notamment au champ littéraire français. Dans cet élan de délimitation et de spécification de productions littéraires en langue française, issues d'autres contextes géographiques, culturels et politiques, contextes marqués le plus souvent par un multilinguisme notoire, on observe que plusieurs paradigmes ont été convoqués, dont celui de l'identité et de l'altérité.

    Cette approche identitaire des textes francophones a par exemple mis de l'avant le paradigme racial dans la forte orientation donnée par le mouvement de la négritude depuis les années 1940 jusqu'aux années 1970 du siècle dernier. C'est la présence avérée des liens - évidents dans le cas de la négritude - entre écritures francophones et corps d'une part, et leurs implications critiques et théoriques d'autre part, qui justifie les réflexions réunies dans le présent dossier.

  • Absent, faible, irresponsable, vaincu, violent, incestueux, tyrannique, autant d'adjectifs qui sont régulièrement convoqués pour décrire le père dans la fiction littéraire, et même dans la culture générale. Lori Saint-Martin rappelle à ce propos, à la suite de Germain Dulac, que « l'une des images fortes de la culture occidentale dans son ensemble est celle du père défaillant ». Au Québec en particulier, nous dit François Ouellet, « [o]n retrouve [dans les romans et dans les films] toutes les formes de représentations possibles [du père], mais toujours, ou presque, marquées par l'échec ». Car plus qu'ailleurs, le père y serait impuissant, incapable d'assumer le meurtre du père symbolique pour enfin « passer au rang de père », confiné depuis la défaite des Patriotes « dans une position de fils qui n'en finit plus », installé à demeure dans une paternité inachevée depuis la Révolution tranquille, période pourtant de « volonté parricide ». Dans L'écologie du réel, Pierre Nepveu note que la sociologie littéraire des années 1960 avait déjà fait le constat que « "le meurtre du père n'a jamais lieu dans notre littérature" » et qu'« [i]l y a dans la littérature de la Révolution tranquille, un discours pathétique sur la paternité exploitée, dépossédée ». En éternelle quête de paternité/d'indépendance sans jamais l'atteindre, le Québec produirait des enfants « se complai[san]t dans la posture du fils », une posture de fils victimaire qui, « faute de se distinguer de manière exceptionnellement positive, [...] a la satisfaction morbide d'échouer de manière exceptionnelle ». S'il est vrai que « [l]'on écrit pour se faire père », il n'est dès lors pas étonnant que dans un tel contexte d'« incapacité », la littérature québécoise, qui s'écrit forcément du point de vue du fils selon cette logique, soit l'expression « d'une volonté sans cesse brisée d'accéder à la paternité symbolique ». Ailleurs, Ouellet avance que « la notion d'enfant-roi est liée à une représentation défaillante de la paternité. Le règne de l'enfant-roi a été fondé sur la faillite de la figure paternelle et du patriarcat. » En ce sens, si le père fait défaut, « l'enfant-roi est né "par défaut", sur les cendres d'une paternité vidée de son sens ».

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