Jean Bottéro

  • Nos ancêtres les Mésopotamiens ont inventé l'écriture et, grâce à elle, jeté un nouveau regard sur l'univers autour d'eux, mis au point une nouvelle manière de le penser, de l'analyser, de l'ordonner, comme ne l'aurait jamais permis la simple tradition orale - les propres linéaments de ce qui, repris, approfondi et systématisé par les Grecs, est devenu notre rationalité, la véritable armature de notre Science. À la recherche des dernières raisons d'être de cet univers et de l'ultime sens de notre existence d'hommes, ils ont édifié toute une somptueuse et savante mythologie, qui annonce déjà, sur plus d'un point, ce dont Israël, inventeur du monothéisme, composera sa "théologie", laquelle est encore la nôtre, même quand nous cherchons à nous en débarrasser.

    Après Naissance de Dieu qui étudiait les origines d'un des traits les plus marquants et singuliers de cette civilisation, Jean Bottéro a voulu remonter plus haut, dans la même ligne, jusqu'à l'extrême horizon de l'Histoire - qui commence, en effet, à Sumer, puisque l'écriture et le document y sont nés - et, dans l'énorme trésor des tablettes cunéiformes, jusqu'ici inventoriées par les seuls gens de métier comme lui, découvrir d'autres balbutiements plus archaïques de notre propre philosophie.

  • Spécialiste mondialement renommé d'Akkad, de l'Assyrie et des civilisations mésopotamiennes, Jean Bottéro lit en historien , mais sans étalage d'érudition, les premiers chapitres de la Genèse (dont il date et distingue les contributions diverses), Job, l'Ecclésiaste. Il nous livre de très antiques réflexions sur le sens de l'existence, et le pourquoi du Mal, et montre comment Israël en est arrivé à se convaincre de l'unicité et de la transcendance de Dieu.

  • La Mésopotamie n'a pas seulement inventé l'écriture. Elle est également le creuset de la plus vieille religion à ce jour connue.
    Religion s'entend au sens le plus strict : un Panthéon de divinités dans lequel chacun se voit attribuer un rôle et une fonction propres, dont l'intercession s'obtient par des rites codifiés, dont les volontés se manifestent à travers des signes qu'une classe de prêtres sait interpréter.
    Des divinités accessibles, dont le monde est à l'origine du monde des humains, dont les structures hiérarchiques modèlent, sur terre, celles de l'univers politique et social.

    Des divinités présentes, actives, mais à aimable distance des hommes, au point que ceux-ci ont le loisir d'élire, selon les circonstances de leur vie, celle ou celui à qui ils réserveront une dévotion particulière.
    Une religion qui invente des rites, des récits (celui du Déluge), voire des épopées (celle de la Création ou de la Naissance du travail) dont, par contamination, les religions des pays voisins, aux civilisations moins élaborées, s'inspireront ou qu'elles retravailleront.

    Une religion, véritable : certainement le premier système de croyances fortement élaboré, qui fut le creuset de ce qui a moulé notre monde : le monothéisme.

  • Parmi les milliers de tablettes cunéiformes en langue sumérienne ou accadienne, remontant quelquefois aux environs de 3 000 ans avant J.- C., exhumées par les archéologues du sous-sol de l'Iraq actuel, figurent des " chants d'amour " qui évoquent le rite de la hiérogamie, c'est-à-dire de l'union du souverain du pays, émanation du Dieu, avec une prostituée sacrée substitut d'Inanna, la déesse de la fécondité, pour assurer à son peuple d'abondantes récoltes et la multiplication des espèces. Si cette nuptialité religieuse n'avait pas pour but ultime le désir sexuel et l'érotisme, ils n'y étaient pas moins prégnants comme le montrent certains textes écrits dans un langage parfois cru, mais toujours animé d'un puissant souffle lyrique, pour dire dans sa sensualité la pérennité de l'amour et de ses jeux.
    Après une introduction générale sur l'histoire, tant sociale que religieuse et culturelle de Sumer et de Babylone, ainsi qu'une étude sur la " naissance de l'écriture " qui eut ce pays pour berceau, les auteurs nous donnent à lire, en la replaçant dans son contexte, une littérature érotique qui n'a rien à envier aux textes connus en ce domaine.
    L'ouvrage est abondamment illustré de photographies de la statuaire sumérienne et babylonienne ainsi que de tablettes d'argile imprimées des textes traduits. Il comporte en " appendice " un article de Jean Bottéro comparant Le Cantique des cantiques à ces textes qui l'ont indéniablement inspiré, quel que soit le sens allégorique qui lui a été donné par la suite pour justifier sa présence dans le canon biblique.

  • « Les manières d'aimer ne sont plus ce qu'elles étaient, ni les rapports entre le masculin et le féminin. C'est l'un des aspects les plus troublants d'une modification d'ensemble des relations familiales, une mutation bouleversante, le plus important peut-être de tous les changements qui affectent notre civilisation à la veille du IIIe millénaire... » Georges Duby

  • « Les manières d'aimer ne sont plus ce qu'elles étaient, ni les rapports entre le masculin et le féminin. C'est l'un des aspects les plus troublants d'une modification d'ensemble des relations familiales, une mutation bouleversante, le plus important peut-être de tous les changements qui affectent notre civilisation à la veille du IIIe millénaire... » Georges Duby

  • Le mythe des deux origines ultimes de l'Occident, la Bible et la Grèce, a été définitivement ébranlé par l'assyriologie. L'enquête que mènent dans ce livre, Jean Bottéro (EPHE), grand spécialiste de la Mésopotamie, Clarisse Herrenschmidt (CNRS) dont les travaux portent sur l'histoire de l'écriture, et Jean-Pierre Vernant (Collège de France), historien de la Grèce ancienne, fait apparaître les multiples courants issus des civilisations du Tigre et de l'Euphrate. De Sumer et d'Akkad vient l'écriture qui donne naissance à la raison déductive, ouvre de nouveaux horizons économiques et rend possible une religion universelle. Elamites, Achéménides, Juifs et Grecs tissent des liens inédits entre l'ici-bas et le monde invisible à travers l'alphabet et le langage. Les Grecs, inspirés en partie par Babylone, inventent l'univers du politique et de la religion civique. Ainsi, les cultures araméenne, juive, persane et grecque n'ont cessé de se croiser au fil des siècles jusques et y compris en Islam. De ces nombreux échanges et rencontres se dégage un héritage d'avant la rupture entre Orient et Occident. Sans enjamber de manière désinvolte cette séparation, fruit d'une histoire plus récente, la prise de conscience de plus en plus vive de cet espace commun de civilisation devrait être promesse d'un autre avenir.

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