Johanne Collin

  • Qu'est-ce qui contribue à la genèse des groupes professionnels, à leur émergence dans le tissu social, à leur adaptation ou à leur disparition ? Qu'est-ce que cette évolution nous révèle de la société qui l'engendre et la porte ? La profession pharmaceutique est de ce point de vue un cas passionnant. Le sillon de sa trajectoire au XXe siècle, et tout particulièrement depuis une cinquantaine d'années, est en effet marqué par les plus radicales transformations: changement de rôle social et professionnel, de contexte de pratique, d'image, de définition interne et, bien sûr, de recrutement social, puisque les femmes y font une percée impressionnante. On y trouve de tout... C'est donc précisément de la complexité et de la fluidité des rapports qui lient entre eux ces divers éléments que peut naître une socio-histoire des groupes professionnels capable de révéler l'articulation de thématiques le plus souvent traitées séparément. Mais c'est aussi une autre façon de peindre et d'appréhender l'espace social, qui, sans nier les divisions de la société en classes, tient compte des dynamiques plus fines qui sous-tendent l'évolution du marché du travail au XXe siècle: entendons par là le professionnalisme comme principe d'identité sociale, la tendance à la spécialisation, la rhétorique de la compétence et la féminisation des champs professionnels. À la croisée de deux disciplines, l'histoire et la sociologie, et de différents objets d'études, les professions, le travail des femmes et la santé publique, Johanne Collin propose ici une étude fascinante.

  • L'histoire de la pharmacie en Nouvelle-France s'ouvre sur la rencontre avec le Nouveau Monde, ses ressources médicinales et les savoirs qu'en ont ses premiers habitants. Marqué par une double tradition, à la fois française et britannique, le développement de la pharmacie au Québec s'accélère aux XIXe et XXe siècles alors que le domaine du médicament subit d'importantes transformations. Révolution thérapeutique, essor de l'industrie pharmaceutique, transformations économiques et réformes gouvernementales finissent par plonger la pharmacie dans une crise identitaire dont elle ressortira passablement transformée à l'aube du XXIe siècle.

    Malgré son riche passé, qui puise ses sources dans l'Antiquité, la pharmacie est souvent laissée pour compte dans l'histoire de la médecine et de la santé. Cette lacune est brillamment corrigée dans cet ouvrage qui rend compte de l'évolution des conceptions scientifiques et populaires de la santé, allant de pair avec l'évolution des médicaments et de la profession de pharmacien. Celle-ci, qui a vu son rôle et son identité s'altérer puis se recomposer, est racontée ici avec un grand souci du détail qui montre tout l'intérêt qu'il y a à porter un regard historique, et souvent sociologique, sur des phénomènes contemporains.

  • Au moment où le médicament dépasse les frontières nationales et celles de la médecine thérapeutique, il est essentiel de s'interroger sur les nouveaux espaces sociaux dont il redéfinit les limites. Cet ouvrage présente les effets sociaux du médicament à partir du brouillage et du déplacement de trois de ces frontières, celles entre le normal et le pathologique, entre l'inclusion et l'exclusion sociale, entre la nature et la culture.

    L'extension du domaine pharmaceutique s'est réalisée de manière inédite à l'échelle planétaire par la diffusion des médicaments et des essais cliniques, mais aussi sur les plans plus quotidiens et individuels de la vie sociale : travail, relations sexuelles, réussites scolaires. L'élargissement de l'usage des médicaments et les usages non médicaux montrent aujourd'hui combien le médicament échappe au seul contrôle médical. Le terme « pharmaceuticalisation » désigne précisément la façon dont des moments de la vie deviennent des opportunités pour l'industrie pharmaceutique.

    Le médicament est toutefois, comme le montrent les contributions de cet ouvrage, plus complexe qu'un simple objet pharmaceutique. Il est plus particulièrement analysé dans ce livre comme un objet permettant de faire évoluer non seulement les frontières du normal et du pathologique, mais aussi celles de l'inclusion et de l'exclusion sociale, sans nécessairement passer par le pouvoir médical. L'évolution technologique de ces dernières années et les effets matériels du médicament invitent également à étudier comment celui-ci contribue à faire évoluer la frontière entre nature et culture. Les textes rassemblés dans cet ouvrage, issus de l'anthropologie, de l'histoire et de la sociologie, présentent ces nouvelles frontières du médicament comme objet social dans les sociétés du Nord ou du Sud, à partir de problèmes liés à la santé mentale, au tabagisme, au VIH ou au cholestérol.

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