Sciences humaines & sociales

  • Admirés par Zola mais boudés de leur vivant, Edmond et Jules  de Goncourt sont aujourd'hui reconnus pour leurs talents de  romanciers, et la célèbre Académie créée par Edmond. Mais  ce que l'on ignore, c'est que les deux frères étaient aussi des  passionnés d'histoire. Dans la continuité de leurs oeuvres naturalistes,
    qui mettent souvent en scène la gent féminine, les  deux hommes se sont penchés sur la condition des femmes  qui les ont précédés.
    Dans La Femme au XVIIIe siècle, les  Goncourt décortiquent le quotidien des jeunes filles et les  conséquences d'une éducation souvent oppressante.
    Dans les plus hautes sphères sociales, ils dépeignent une  éducation qui empêche toute spontanéité : grâce factice, éducation  religieuse et stricte du couvent, mariage sans consultation... 
    Sont dépeintes aussi les femmes philosophes, celles  qui tiennent salon, comme Mme de Tencin, Mme de Lambert  ou Mme du Deffand, et les intrigantes prêtes à défaire des  ministères...
    Au sein de la bourgeoisie, la famille limite le passage au couvent  et préfère laisser aux jeunes femmes le libre choix de  leur époux. Enfin, pour reprendre la formule des Goncourt, la  femme du peuple « n'est femme que par le sexe, est peuple
    avant d'être femme ». Pourtant, les archives retrouvées par les  deux écrivains montrent que les actrices et les courtisanes  étaient traitées en égal dans la haute société. 
    Sous la plume vive et précise des frère Goncourt, les femmes  du siècle des Lumières prennent vie sous nos yeux. 

  • En 1858, quand paraît Histoire de Marie-Antoinette, le nom de Goncourt n´est encore qu´un balbutiement. Edmond n´a pas encore fait publier ses romans les plus célèbres. Ce n´est qu´après la mort de ce celui-ci, en 1896, que finira de paraître Le journal, oeuvre témoignage d´une vie et de son siècle.
    Naturaliste, l´oeuvre des Goncourt, privilégie le document. Soucieuse de vérité, leur littérature réclamait une précision toute historienne. C´est très certainement là, dans l´oeuvre préparatoire aux livres qu´ils rêvaient d´écrire, que les deux frères ont pris goût à l´Histoire.
    Pionnière, la biographie qu´ils consacrent à Marie-Antoinette est résolument moderne. Cernant à merveille les complexités du personnage ; ayant compris l´ironie cruelle du destin de Marie-Antoinette : femme capricieuse, icône superficielle, égérie triste ; puis, pour finir, héroïne courageuse lorsque sonne le malheur ; les deux frères dressent un portrait nuancé de la souveraine. En décalage avec son temps, femme mal à l´aise à la cour, conseillère mal inspirée de son mari, Marie-Antoinette ne cessa d´être en décalage, vis-à-vis de ses contemporains, puis, plus tard, vis-à-vis de ses commentateurs.
    Amoureux du personnage, au sens littéral du terme ; soucieux de réhabilitation ; inclinant, par idéologie, vers les thèses royalistes ; les frères laissent à la postérité un livre terriblement actuel. Femme maltraitée par sa propre naissance, fillette tout juste bonne à marier, reine légère, femme se sauvant par la maternité, héroïne suicidaire et suicidée, c´est ce portait que dresse les deux frères. À contre-courant des livres la faisant ange ou diablesse ; bien plus subtils que tous autres biographes avant eux, Edmond et Jules Goncourt révolutionnent complètement ce qu´il faut penser de ce personnage légendaire.

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