JePublie

  • Parole de quidam

    Eva Kaplan

    Nous étions tous bien différents mais nous nous comprenions, nous étions d'accord sur l'essentiel. Belle soirée en vérité! Suite directe de la chaleur de mai qui nous avait tous réchauffés, rapprochés. Toutes ces phrases qui avaient fleuri sur les murs comme " Je prends mes désirs pour la réalité car je crois en la réalité de mes désirs " elles n'étaient pas abstraites, lettres mortes. On avait envie de les appliquer. "Es-tu prêt afin que jamais ton désir ne s'éteigne à offrir à l'amour le lit somptueux d'une révolution?" On avait envie de les vivre ici et maintenant. On les avait fait nôtres. Ils avaient repris les usines, les universités, les lycées mais ils ne pourraient jamais prendre nos souvenirs, les grands moments de bonheur, de fraternité que nous avions vécus. On avait tous rêvé ensemble et ça, ils ne pourraient jamais nous le faire oublier. Tous leurs mensonges, toutes leurs interprétations, leur récupération ne pourrait rien contre nous. Mai 68 est inscrit dans notre mémoire collective, nous l'avons vécu dans la joie. C'est comme nos premières amours, c'est là, c'est en chacun de nous. Ils peuvent bien essayer de minimiser, de dénaturer, de ridiculiser, de rayer même cette période de l'histoire, nous, on sait. C'est comme un feu qui brûle en nous et qui nous réchauffe, qui nous soutient, qui unit encore, l'air de rien tous ceux qui l'ont vécu ensemble.

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