Limore Yagil

  • Engagées en première ligne dans la politique de contrôle et d'exclusion du gouvernement de Vichy entre 1940 et 1944, la gendarmerie et la police françaises ont, plus que toute autre institution, dû affronter le dilemme  : «  servir face à l'ennemi ou servir l'ennemi  ». Car désobéir à ses supérieurs, pour un gendarme ou un policier, c'est aller à l'encontre de l'essence même de sa formation.Mais si une partie d'entre eux ont appliqué les ordres par discipline, par antisémitisme, par peur ou par intérêt, nombreux sont ceux qui ont aidé à faire passer la ligne de démarcation ou la frontière à des Juifs, à cacher des résistants, à dissimuler des armes... Même s'ils n'ont pas rejoint un réseau ou un mouvement de résistance, leur action a permis de sauver de nombreuses vies. Or cette histoire-là est totalement ignorée.Face à un discours traditionnel qui met en avant l'activité des policiers ou des gendarmes ayant appliqué avec zèle les lois et les ordonnances en vigueur pendant l'Occupation, cette fresque sans concession ni faux-semblant, basée sur de nombreux documents d'archives étudiés par l'auteure depuis une dizaine d'années, met à mal nombre d'idées reçues et montre que, même au coeur du système vichyssois, il était possible de contrevenir aux ordres.  Limore Yagil est professeure habilitée à diriger des recherches d'histoire contemporaine et chercheuse à la Sorbonne. Spécialiste de l'histoire culturelle et politique de la France sous l'Occupation,  elle a publié une dizaine d'ouvrages, parmi lesquels Chrétiens et Juifs sous Vichy (Cerf 2005) et Au nom de l'art 1933-1945 (Fayard, 2015). 

  • Les « anonymes » de la Résistance sont les oubliés de l'ombre, c'est-à-dire ces héros de la première heure qui ont osé agir en rejetant la collaboration avec l'Allemagne. Ce sont surtout les petits, les sans-grades, grâce à qui le travail de la Résistance a pu être accompli, comme des hôteliers, des passeurs, des assistantes sociales et des médecins, des prêtres, des policiers, des lycéens, des intellectuels, des fonctionnaires, des enseignants, des pasteurs. L'ouvrage remet en cause l'image largement diffusée d'une France sombrant dans le vichysisme et la collaboration. L'auteure distingue trois notions : Désobéissance civile, Résistance et Résistance spirituelle, prenant ainsi en compte toute l'étendue de cette première Résistance de 1940 à 1942, permettant notamment aux femmes et aux adolescents de s'imposer comme des acteurs de l'Histoire.

  • La fascination exercée par Paris dans toute l´Europe depuis le début du XXe siècle se traduit, dès avant le premier conflit mondial, par l´établissement d´un grand nombre d´artistes dans ce lieu de liberté d´esprit et de création. Grâce à un enseignement de qualité, les Académies de peinture ou de musique, notamment, attirent des Russes, Polonais, Hongrois, Tchèques ou Allemands, futurs fleurons de l´École de Paris, éminents interprètes de l´Opéra et du Conservatoire.Avec les différentes vagues de migration, dont les artistes juifs fuyant les persécutions, se sont constitués dans la Ville lumière des réseaux d´amitié avec des artistes français, filières qui s´actionnent sous l´Occupation et Vichy pour protéger et mettre à l´abri les victimes du régime. Si l´on connaît l´intervention de Sacha Guitry et d´Arletty en faveur de Tristan Bernard, il y en eut beaucoup d´autres, révélées par Limore Yagil.À la croisée de l´histoire culturelle et de l´histoire politique, l´auteur remonte aux origines de ces réseaux de solidarité, retraçant toute une géographie de l´entre-aide, et interroge la signification qu´il convient de donner à ces différents actes de désobéissance civile.Docteur ès lettres en histoire du XXe siècle de l´Institut d´études politiques de Paris, Limore Yagil est chercheur associée à l´université Paris IV-Sorbonne. Spécialiste de l´histoire politique et culturelle de la France sous l´Occupation, elle a notamment publié L´Homme nouveau et la Révolution nationale de Vichy (Septentrion, 1997) et une trilogie, La France, terre de refuge et de désobéissance civile 1944) (Le Cerf, 2010-2011).

  • La trajectoire de Jean Bichelonne rejoint celle de bon nombre de technocrates qui se retrouvent à Vichy, convaincus de pouvoir réaliser leurs idées d'avant-guerre. Choisi avant tout pour ses compétences, il agit essentiellement pour défendre les intérêts de la France. Nommé secrétaire général au Commerce et à l'Industrie sous la direction de René Belin (1940), puis ministre de la Production industrielle d'avril 1942 à 1943, il meurt en décembre 1944 au cours d'une opération chirurgicale pratiquée par un médecin SS.

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