Albin Michel

  • Le Problème de l'incroyance est un magnifique livre sur Rabelais, un extraordinaire effort pour faire revivre sa « singulière vitalité ». Mais c'est surtout un décisif discours de la méthode historique, dans la mesure où il ne veut pas raconter qu'un Rabelais possible, participant d'un temps difficile où la curiosité des hommes était immense, les enthousiasmant et les inquiétant tout à la fois, mais engageant certains d'entre eux dans la voie d'un humanisme érasmien combattant pour défendre, contre le « sacrilège » de l'anachronisme qui nie l'autre comme différence, la liberté de Rabelais d'avoir eu sa vérité, en son temps et en son âme. En publiant ce livre durant les jours sombres de 1942, Lucien Febvre n'était-il pas animé de la même confiance dans la puissance de l'intelligence que celle qui fit inscrire à Rabelais, sur la grande porte de Thélème, les mots interdisant l'entrée aux « hypocrites, bigots, vieux matagots, marmiteux, boursouflés... » ? Ne voulut-il pas écrire un livre à « plus hault sens », un message d'espérance dans l'avenir de l'histoire ?

  • En 1958 était publié, sous la signature conjointe de Lucien Febvre et Henri-Jean Martin, L'apparition du livre. Ecrit par Henri-Jean Martin sous l'inspiration de Lucien Febvre, cet ouvrage va devenir très vite un classique et provoquer une véritable révolution. Pour la première fois, la naissance et la diffusion du livre étaient analysées dans toutes leurs dimensions : intellectuelle, culturelle, économique, sociale, esthétique. Les hommes, les ateliers typographiques, l'invention des caractères, l'édition des textes, la mise en pages, tous ces points se voyaient éclairés à travers une grande histoire sociale. Ce fut l'acte de naissance d'un nouveau regard historique sur le livre qui n'a cessé depuis de se renouveler. Frédéric Barbier, directeur d'études à l'E.P.H.E., assure la postface de cette réédition qui vise à comprendre le travail commun de Lucien Febvre et Henri-Jean Martin et à montrer l'extraordinaire fécondité de leur ouvrage.

  • En 1950, le grand historien Lucien Febvre, aidé par un jeune assistant en Sorbonne, François Crouzet, se lance un défi : écrire, en réponse à une sollicitation de l'Unesco, un manuel « modèle » d'histoire de la civilisation française. Oublié jusqu'à aujourd'hui dans un grenier poussiéreux, ce livre veut prouver qu'il n'y a pas d'identité française providentiellement surgie de la nuit des temps, mais que la France s'est progressivement créée grâce à un constant métissage ethnique et culturel qui est le coeur battant de sa civilisation. Véritable défense et illustration du caractère « international » et «interdépendant » de toute nation, Nous sommes des sang-mêlés dénonce les tentations de refus de l'autre qui ont conduit aux atrocités des conflits mondiaux du XXe siècle. Selon Febvre et Crouzet, l'historien a pour mission, scientifique et éthique, d'éliminer les ferments de haine xénophobe entretenus par l'enseignement d'une histoire trop nationaliste, et d'ouvrir les esprits à l'idée d'une « fraternité » universelle qui serait l'essence même du passé et donc du présent. Livre singulier d'histoire engagée, promotion d'un projet de paix qui serait l'avenir de l'humanité, Nous sommes des sang-mêlés conserve toute sa pertinence aujourd'hui.

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