Maud Mannoni

  • Une société fait ses fous, définit leur statut de fous et crée, pour les prendre en charge, une institution qui ne peut que les transformer en objets. Contester cette objectivation ne peut se faire sans remettre en question les institutions psychiatriques telles que nous les voyons fonctionner, et la psychiatrie, et le psychiatre dans son statut de représentant du groupe qui le mande, et les sciences auxquelles la psychiatrie se réfère. La réalité de la folie n'en est pas niée pour autant ; ce qui est mis en cause, c'est son assimilation à une maladie. Tels sont les thèmes de cet ouvrage (paru au "Champ freudien" en 1970) où un équilibre se fait entre le concret des analyses de cas et l'étendue de l'information théorique.

  • Le symptôme, la parole : éléments complémentaires de ce discours que constitue une névrose ou une psychose. S'agissant d'une névrose ou d'une psychose infantile, ce discours est à la fois celui de l'enfant et de ses parents. Et l'analyste ne peut comprendre, résoudre, que pour autant qu'il repère la place qu'il va occuper à son tour (avec tout ce qui s'y investit de social) dans ce discours collectif. Ces thèmes sont développés à travers une série de discussions et de cas. Le travail dont il est rendu compte ici a été entrepris pour l'essentiel en équipe à l'externat médico-pédagogique de Thiais. « J'insiste sur ce qui dans le discours parental va permettre ou non à l'enfant d'accéder à une parole personnelle... Il y a à faire surgir au-delà d'un mur de langage, un lieu de vérité, vérité d'un savoir que l'enfant par son symptôme colmate chez ses parents. » (Maud Mannoni) Maud Mannoni (1923-1998) fut une élève de Lacan mais se référa aussi à l'antipsychiatrie. Elle se spécialisa dans les maladies mentales des enfants. Parmi ses nombreuses publications, Le Psychiatre, son « Fou » et la psychanalyse (1979) eut un grand retentissement.

  • Qu'est-ce qui, au cours du trajet d'un analysant, fait de lui un analyste ? Quels sont les remaniements que rend possible une analyse et en quel sens l'expérience est-elle didactique ? Qu'en est-il du «travail» de l'analyste et de sa formation ? En quoi une éthique institutionnelle peut-elle éviter l'assujettissement à l'administratif ?
    Revenir à ces questions cruciales suppose de rompre avec la langue morte de l'abstraction stérilisante pour réactualiser l'analyse en tant que passion de l'être et la théorie comme fiction rigoureuse laissant place à l'invention et à la création. Car si une analyse n'est pas la rencontre d'un «patient parfait» et d'un analyste-robot, c'est qu'elle met en jeu une vérité à retrouver dans la parole. À travers le symptôme, dans le jeu partagé et jusque dans l'accueil de la haine et du mensonge, une histoire peut alors se dénouer et un travail de séparation s'effectuer.

  • Les enfants "arriérés" sont enfermés par la société dans une classification et dans un rôle qu'on évite le plus souvent de remettre en question. Ce préjugé peut pénétrer jusque dans le monde des analystes - où certains nient qu'une thérapeutique des arriérés soit possible. Objet de l'angoisse maternelle, soumis à des rééducations de toutes sortes et, en désespoir de cause, à divers "placements", le débile a toujours appris à attendre sa vérité et sa parole de l'Autre. Pourtant, tout accès à la place de sujet ne lui est pas vraiment barré. Ce livre est capable d'entrer dans une relation psychanalytique valable. Si l'étude de Maud Mannoni est centrée sur la dépendance de l'enfant arriéré à sa mère, c'est d'abord qu'il a nécessairement reçu d'elle, plus que d'aucun autre, ce statut d'objet auquel il a tant de peine à s'arracher. C'est ensuite et surtout qu'il ne peut s'en arracher sans que la mère se sente elle-même profondément mise en cause. L'aventure du débile est une aventure collective. Maud Mannoni (1923-1998) fut une élève de Lacan mais se référa aussi à l'antipsychiatrie. Elle se spécialisa dans les maladies mentales des enfants. Parmi ses nombreuses publications, Le Psychiatre, son « Fou » et la psychanalyse (1979) eut un grand retentissement.

  • Le cheminement proposé dans ce livre est celui de la «redécouverte» de certains textes psychiatriques et psychanalytiques à travers l'expérience analytique.
    Remontant aux origines de la psychanalyse, Maud Mannoni commente les études freudiennes sur l'hystérie, l'apport de Charcot, de Breuer, des premiers malades de Freud et l'apparition de ses principaux concepts, le transfert, la résistance, le refoulement, la dénégation, la vérité du sujet, etc., le tout rapporté aux problèmes de la vie personnelle de Freud.
    L'entretien entre Octave Mannoni et Jacques Lacan constitue un des chapitres importants de ce livre.
    Ces notes de travail, prises en 1966, demeurent aujourd'hui étonnamment actuelles.

  • Bonneuil, Maud Mannoni ne cesse de le redire, refuse d'être un exemple. A Bonneuil, chacun - enfants, éducateurs, parents - effectue un trajet, et ce qui nous est rapporté ici est un moment du trajet de Bonneuil dans sa collectivité. Aussi aura-t-on rarement vu une expérience saisie plus concrètement, offerte plus honnêtement, par une série de coupes sur la vie quotidienne dont le film de Guy Seligmann, Vivre à Bonneuil, avait offert une première série, et qui sont ici opérées à tous les niveaux de la vie de Bonneuil et dans toutes ses dimensions : rapports avec le système social, rapports entre les enfants, entre les enfants et les éducateurs, documentation sur les différentes activités, rapports entre les parents et l'institution, réflexion enfin sur ce qui situe cette pratique en un point de croisement entre l'anti-psychiatrie (refuser la médicalisation pour les enfants et leurs familles) et la psychanalyse (aider les enfants à advenir à leurs désirs).

  • La gestion des problèmes de santé devient schizophrénique.
    Cette situation n'est pas nouvelle mais elle empire. Pour preuve le sort qui risque d'être fait à Bonneuil, menacé de disparition puisque c'est le principe même de cette institution éclatée, fondée par Maud Mannoni en 1969, qui est remis en cause par des circulaires aveugles. On le sait, dans ce lieu de vie, on accueille des enfants et des adolescents psychotiques, on les suit et les accompagne, parfois jusqu'à l'âge adulte, tout au long d'un parcours difficile vers une réinsertion dans le monde " normal ".
    Bonneuil permet au " handicapé mental " de rejeter l'institution, de refuser la thérapie et de vivre, entre présence et absence, entre le travail scolaire et un apprentissage désiré, dans une famille d'accueil, à la campagne. Ainsi - et les cas cliniques rassemblés ici par Maud Mannoni en sont la remarquable illustration - des enfants autistes, mutiques rattrapent leur retard scolaire, parfois de façon fulgurante, pour se donner plus tard un métier.
    Or l'administration interdirait à Bonneuil ce qui fait son originalité et sa raison d'être : d'une part, la possibilité d'assurer la prise en charge, au-delà de vingt-cinq ans, de véritables rescapés de la misère psychique ; d'autre part, le droit de recevoir des " malades " venant de régions éloignées, comme d'en envoyer en province au-delà de cent kilomètres pour qu'ils puissent commencer à vivre.
    Comment ne pas partager la colère et l'inquiétude de tous ceux qui ont fait la preuve qu'on peut aider le sujet handicapé à refuser une régression dans la maladie ou une protection derrière l'image du " fou " qu'on lui renvoie de lui-même, alors qu'il découvrira, dans le travail, qu'il compte pour les autres et peut compter sur eux - ce qui lui donne accès au monde de la parole et du pacte symbolique qui est celui des humains.

  • Sous le titre Le Symptôme et le savoir, Maud Mannoni s'est exposée à l'Université. C'est d'une place d'analysant qu'elle a présenté sa candidature au doctorat d'Etat, en faisant de sa soutenance un symptôme - face au savoir. La psychanalyse est-elle "enseignable" ? Oui, à cette condition : se rappeler que sensibiliser à l'inconscient ne peut se faire que par la répétition du travail inauguré par Freud. Tel est la véritable enjeu du débat. Maud Mannoni (1923-1998) fut une élève de Lacan mais se référa aussi à l'antipsychiatrie. Elle se spécialisa dans les maladies mentales des enfants. Parmi ses nombreuses publications, Le Psychiatre, son « Fou » et la psychanalyse (1979) eut un grand retentissement.

  • Virginia Woolf n'est pas seulement cet immense écrivain, souvent comparée à Joyce et Proust parmi les figures de la modernité. Elle a su mieux qu'aucune femme faire passer le féminin dans l'écriture par ces monologues intérieurs qui restituent à la gravité toute sa force dans le tourbillon de l'éphémère, de la nostalgie, des détails insignifiants et des bouffées de vie que livrent l'instant ou le détail. Elle ne décrit pas, elle fait éprouver. À l'origine de son combat pour la liberté des femmes et leur reconnaissance de plein droit dans la culture : les abus sexuels qu'elle subit, enfant, de la part de ses demi-frères, puis les états dépressifs intermittents qui suivirent la mort de sa mère, et ce, jusqu'à son suicide.
    Maud Mannoni nous fait découvrir que la dénonciation sarcastique des moeurs victoriennes, du modèle patriarcal et de l'idéologie fasciste montante dans l'entre-deux-guerres avec sa glorification exclusive de la mère, s'alimente, chez Virginia Woolf, dans un dialogue et un débat avec la pensée de Freud et de Melanie Klein. Son oeuvre en témoigne. Bien plus : elle y accomplit, comme dans une cure analytique, le deuil de la mère, pour se tourner vers le père, mais au prix d'une désolation d'elle-même qui ne lui laisse d'autre issue que de retrouver la mère dans l'élément qui la symbolise : l'eau où elle se noie.
    En marge du féminisme qui pourra se réclamer de sa revendication, Virginia Woolf incarne plus fondamentalement le drame existentiel de la femme.

  • Il y a un inassimilable dans le trauma. C'est cette part que Lacan a définie comme noyau du réel. Et c'est elle qui fait que, dans tout transfert, se dévoile la répétition d'un même ratage dont le vêtement est l'impossible. Butée, obstacle, que l'analyse tente de faire reconnaître et d'intégrer à l'histoire du sujet mais dont il demeure toujours quelque chose : ce qu'on pourrait appeler l'inanalysable. Ce thème essentiel pour toute pratique de l'analyse est ici éclairé, d'une part, par l'expérience de la cure des enfants autistes, pour lesquels on peut dire que ce qu'ils ont à intégrer, ils ne l'ont même pas vécu faut que l'événement ait trouvé un lieu où s'inscrire ; et, d'autre part, par une réflexion sur le respect de la limite de l'analyse chez des auteurs comme Freud, Winnicott et Dolto. exemple est pris, enfin, de la vie de Kipling, où l'on peut voir comment une difficulté d'enfance jamais directement évoquée a été surmontée et a nourri la création.

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