Melissa Gregoire

  • Marie a trente-trois ans et enseigne la littérature dans un collège. Contrainte de prendre un congé de maladie pour la deuxième fois, elle ne peut plus se réfugier dans la seule explication de l'épuisement professionnel. Est-il possible qu'elle pleure et tremble pour rien, pour quelque chose qui vient de plus loin qu'elle ? Est-il possible qu'elle se soit trompée de destin ? À l'âge de quinze ans, inspirée par sa grand-mère institutrice, n'avait-elle pas créé une petite école d'été dans laquelle les enfants passaient sans le savoir du jeu à l'étude ? N'avait-elle pas toute sa vie cru à la littérature, au pouvoir d'être autre ? Force lui est de constater qu'elle n'est pas devenue l'enseignante qu'elle rêvait d'être, que le plus souvent elle croit ennuyer ses élèves en lisant ses notes par crainte de trahir les oeuvres qui la nourrissent mais dont plus personne ne parle. Elle se demande si la littérature n'est pas ce qui l'a détournée du monde, éloignée de ses contemporains, empêchée d'avoir un enfant.

  • En demandant à Mélissa Grégoire, à Jonathan Livernois et à Jacques Pelletier d'écrire sur Jacques Ferron, j'ignorais que la question nationale s'imposerait avec une telle force, et dans une tonalité aussi mélancolique. Quand, il y a quelques numéros, nous avons fait un Rétroviseur sur Hubert Aquin, nous nous attendions légitimement à quelques considérations nationalistes, ne serait- ce que pour dire sa manièrefort peu orthodoxe de servir la patrie. Et pourtant, non.


    Extrait du numéro 305 de Liberté, Ministère de la formation, L'éducation à l'ère du management.

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