Langue française

  • « J'écrivais ceci encore abasourdi par un accident cérébral. Ce témoignage a-t-il un intérêt hors de moi-même ? J'étais trop étourdi pour convoquer le regard des autres, mesurer la lecture qu'ils pourraient en faire. La vision trouble, la marche entravée, j'écrivais sur le vif, à la recherche d'une trame symbolique pour réparer ma vie intérieure fracassés par l'accident silencieux. Soudain je regardais les choses comme une énigme, les êtres naturels comme des prodiges. J'étais devenu ma propre énigme, plus précisément, j'entrevoyais mes facultés, pour peu qu'elles me permettaient de respirer et de penser, de parler et de marcher, comme des mécanismes précieux et fragiles. »

  • Les crapaudines sont des pierres précieuses que l'on croyait issues de la tête du crapaud. Elles sont en réalité des dents fossilisées de squales. Les poèmes qui nous sortent de la tête révèlent une sauvagerie antédiluvienne.

    Shakespeare invoque la crapaudine pour mettre en valeur les bénéfices que nous pouvons retirer de l'adversité et de l'exil, le vieux duc rend grâce d'échapper à la cohue, ce qui lui permet de recueillir les voix dans les arbres (dans les forêts du Saguenay et de Finlande), de voir des livres dans les ruisseaux (avec des empreintes d'encre qui flottent sur l'eau - des suminagashi) et aussi d'entendre la leçon des pierres. Le crapaud, c'est une société brutale et cupide, où les hommes se laissent séduire par l'étoffe rouge du langage : ils se prêtent au jeu des façons d'être duquel peuvent surgir des moments de poésie.

    Ce recueil se termine avec quelques élégies.

  • Michaël La Chance nous convie, dans son essai, à un vertigineux voyage à travers les niveaux de réalité. Il explore, avec rigueur mais aussi animé par une flamme visionnaire, l'interstice entre la mécanique quantique et la poésie. Loin de superposer les notions scientifiques et esthétiques, il découvre l'infinité du sens de l'information, radicalement nouvelle, circulant dans cet espace de l'entre-deux. Michaël La Chance interroge le langage dans son adhérence à la réalité et au réel. Son essai a la densité dramatique d'une pièce de théâtre où se croisent Borges et Heisenberg, Mallarmé et Giordano Bruno, Roberto Juarroz et Niels Bohr, Fernando Pessoa et David Bohm, Ezra Pound et Stephen Hawking. Au fond, Michaël La Chance nous convie au spectacle inouï de la beauté poétique du monde. Il illustre ainsi d'une manière brillante la vérité axiomatique énoncée par Heisenberg : « toute philosophie authentique se tient [...] au seuil entre la science et la poésie ». J'ai rarement lu une méditation si profonde sur le lien entre science et poésie.

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