François-Xavier de Guibert

  • Pendant des millénaires, les chefs politiques avaient la tâche simple, nous explique, avec un brin de provocation, Jean-Michel Oughourlian : quand ils voulaient mobiliser leur population, il leur suffisait de trouver un ennemi contre qui unir le groupe. Aujourd'hui, la recherche de boucs émissaires ne cesse de perdre de son efficacité. Les puissances rechignent de plus en plus à faire la guerre à l'âge nucléaire ; par ailleurs l'individualisme croissant, au sein des sociétés, rend de moins en moins probables des phénomènes durables de polarisation sur une seule victime émissaire. C'est la décomposition de la politique traditionnelle que nous décrit l'auteur, en tirant ses exemples de l'actualité la plus récente : de la caricaturale tentative de George W. Bush à rassembler une coalition internationale pour se lancer dans la guerre contre l'Irak, à la débauche de communication dont font preuve les modernes élus du peuple, sans réussir à camoufler leur absence profonde d'objectifs. En fait, à la recherche de l'ennemi, on pourrait substituer une véritable recherche du contrat social; mais tout se passe comme si nos sociétés n'arrivaient pas à sortir d'un "entre-deux" où elles sont incapables d'inventer une manière non violente de faire de la politique, sans croire non plus vraiment à l'efficacité de la violence qu'elles continuent à mettre en oeuvre. C'est à un diagnostic sans complaisance sur nos pratiques politiques que nous invite Jean-Michel Oughourlian, dans le sillage des travaux de René Girard. Jean-Michel Oughourlian, neuropsychiatre et psychologue, coauteur avec René Girard du livre Des choses cachées depuis la fondation du monde, a également publié Un mime nommé désir et Genèse du désir.

  • Les rapports qu'entretient l'homme avec la nature sont un sujet sur lequel le Pape Benoît XVI intervient fréquemment. C'est ainsi que dans son discours de l'Élysée, il disait : " L'état de notre planète me préoccupe aussi. Avec grande générosité, Dieu nous a. confié le monde qu'il a créé. Il faudra apprendre à le respecter et à le protéger davantage. Il me semble qu'est arrivé le moment de faire des propositions plus constructives pour garantir le bien des générations futures. " Quelle plus juste introduction pourrions-nous donner à ce nouveau volume d'Annales que publie l'Académie d'éducation et d'études sociales ? Car telle était bien son intention lorsqu'elle a choisi de consacrer ses séances de l'année 2007-2008 aux rapports de l'homme avec la nature. Dieu a donné à l'homme un rôle particulier dans la création, dans une fameuse recommandation de la Genèse : " emplissez la terre et soumettez-la ", que l'on peut toujours chercher à mieux comprendre. La montée des préoccupations écologiques et de développement durable, mais surtout les prétentions de l'homme d'imposer sa maîtrise de tout mettent en évidence la grande actualité de ce thème.

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