Les Presses de l'Université de Montréal

  • Derrida, quel diable d'homme ! Preux de la pensée, partant en guerre contre tous et contre lui-même, chevalier de l'idéal comme Don Quichotte et politicien pragmatique comme Sancho Pança, il n'aura cessé de bouleverser de fond en comble nos idées reçues pour les relancer, accroître leur vélocité et en faire des armes concep­tuelles redoutables.
    Ce livre s'attache à suivre certaines de ses campagnes, retraçant une trajectoire qui va de son enfance et adolescence algériennes vers un avenir messianique ouvert à l'Autre. Au passage, il lui aura fallu en découdre avec un ami trop proche de certains thèmes éthiques, Emmanuel Levinas, ainsi qu'avec un ennemi plus vulnérable, Giorgio Agamben. À travers leurs méditations croisées, Derrida insiste sur le fait que la lutte polémique est préférable à la paix, car elle en fonde la possibilité tout en mettant en question les théologies guerrières. Le roman récent de J. M. Coetzee, Une enfance de Jésus, et les poésies de Stéphane Mallarmé vont servir à illustrer ces attentes et ces tensions entre chien et chat, entre futur et avenir, entre drôles de trêves et drôles de guerres : entre hospitalité et hostilité.
    Jean-Michel Rabaté est professeur au Département d'anglais et de littérature comparée à l'Université de Pennsylvanie, à Philadelphie. Cofondateur de la Fondation Slought, coéditeur du JournalofModernLiteratureet membre de l'American Academy of Arts and Sciences, il est spécialiste de Joyce, Pound, Bernhard, Lacan et Beckett. Auteur ou directeur d'une quarantaine de publications sur la modernité, la psychanalyse et la philosophie, il dirige également le collectif After Derrida (Cambridge University Press).

  • Le xviiie siècle constitue un moment charnière dans l'histoire du roman français. Des mémoires fictifs au récit sentimental, en passant par le roman épistolaire, le genre se diversifie en affirmant de plus en plus son ancrage dans l'expérience des lecteurs[2]. Libérés des alibis épiques ou historiques qui freinaient encore leurs devanciers baroques et classiques, les romanciers procèdent à une exploration systématique des possibles formels ou thématiques de la fiction romanesque. L'expansion du lectorat et l'émergence de nouvelles médiations éditoriales (publications sérielles, collections) donnent lieu à ce que certains historiens ont identifié à une révolution de la lecture du roman, dont témoigne entre autres le célèbre Éloge de Richardson de Diderot[3] : inspirés par la Clarissa de Richardson ou La nouvelle Héloïse de Rousseau, les lecteurs de l'époque revendiquent une lecture que dominent la sensibilité et la subjectivité[4]. Ce double mouvement d'élargissement - de la forme romanesque et de son public - s'accompagne par ailleurs d'une importante réflexion théorique : plus que jamais le roman ne fait l'objet de discours, de débats, de discussions de plus ou moins grande ampleur. Dans sa cinquième édition (1798), le Dictionnaire de l'Académie française peut ainsi prendre acte de la réflexion romanesque développée depuis un siècle, et opérer une première variation dans la définition du terme « roman », qui était resté identique depuis 1694. Le roman cesse alors d'avoir pour contenu exclusif la matière « romanesque » des « aventures fabuleuses, d'amour, ou de guerre » ; il offre aussi au lecteur « des fictions qui représentent des aventures rares dans la vie, et le développement entier des passions humaines[5] ». Cette affirmation du roman et de sa lecture, cette reconnaissance de son pouvoir et de sa valeur exploratoires, rendront possible la légitimation du genre dans la première moitié du xixe siècle.

  • Dès son ouverture avec De la grammatologie- qui eût dit que le rubanvolé de Rousseau préfigurerait le déroulement d'un tel ruban d'écri-ture1? -, l'oeuvre philosophique de Jacques Derrida est impensablesans la littérature. Rarement la réflexion d'un philosophe se sera à cepoint tenue dans la proximité de l'étrange expérience commodémentdésignée par ce vocable (qu'il ne cessera d'ailleurs de distinguer des«belles-lettres», de la «poésie» et surtout de toute définition étroite-ment formaliste), non pour la domestiquer ou l'arraisonner mais pourrépondre à l'appel (et même à l'ordre, comme il l'écrira dans Le mono-linguisme de l'autre) qu'elle lui intimait.

  • Avec le web, les moteurs de recherche, les blogues et les wikis, la relation à l´information s´est transformée au point où les repères habituels s´émoussent et doivent être redéfinis de fond en comble. Du coup, le travail des archivistes et des bibliothécaires doit l´être tout autant. Riches d´une solide tradition et conscientes des défis posés par la modernité la plus radicale, les sciences de l´information se sont élargies. Mais il ne s´agit plus seulement de conserver et de diffuser le savoir, il s´agit d´en repenser le traitement et l´accès.
    Conçu par l´École de bibliothéconomie et des sciences de l´information (EBSI) de l´Université de Montréal, cet ouvrage se situe au carrefour de deux grandes traditions, américaine et française, et a pour ambition de fournir les clés du monde des sciences de l´information en se fondant sur des savoirs pratiques et concrets. Les auteurs présentent ici un savoir à la fine pointe des sciences de l´information pour répondre à la complexité des enjeux actuels et futurs.
    Jean-Michel Salaün est directeur de l´École de bibliothéconomie et des sciences de l´information et professeur titulaire de l´Université de Montréal. Il enseigne l´économie du document.
    Clément Arsenault est professeur agrégé de l´Université de Montréal, École de bibliothéconomie et des sciences de l´information. Il enseigne la description documentaire et la recherche d´information.

  • Cet ouvrage pose un regard critique sur la régulation de l´activité de recherche au nom de l´éthique. Il démontre qu´au-delà des principes qui font consensus, la régulation de la recherche souffre d´un grave problème de malréglementation. Il est ici question de malréglementation comme, en d´autres milieux, il est question de malbouffe. Il y a malréglementation lorsque, s´appuyant sur des principes admis de tous, l´on multiplie les contraintes sans justifications sérieuses et sans pour autant accroître les protections recherchées.
    À partir de différentes perspectives, les auteurs décrivent comment ce qui devait constituer une occasion de dialogue sur les valeurs et les enjeux de certains types de recherche s´est peu à peu transformé en un dispositif autoritaire, bureaucratique, marqué au coin de la procédure et de l´obsession du « formulaire de consentement ». Ce type de dispositif est imposé dans un vaste ensemble de situations qui ne présentent pas toutes les mêmes intensités de risque.
    Une grande partie de la littérature sur l´éthique de la recherche s´attache à démontrer la nécessité de respecter les règles de bonne conduite. Moins nombreuses sont les tentatives de porter un regard critique sur les mécanismes régulateurs et de faire des suggestions concrètes pour s´affranchir de l´arbitraire. C´est le défi qu´ont voulu relever les auteurs de ce livre.

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