Mercure de France

  • "Lorsque mon père puis ma mère disparurent, j'écrivis L'hirondelle rouge, livre dans lequel j'évoquais la fin de leur vie et cherchais à la douleur une issue. Mais la parution de cette suite de proses ne mit pas un terme au travail de deuil : j'écrivis encore, durant plusieurs mois, des pages, parfois violentes, où je devais aussi bien continuer de creuser la plaie d'angoisse ouverte par la perte de mes parents que formuler avec plus de force ce désir de vivre dont l'apparition rêvée d'une hirondelle rouge avait un temps figuré le retour...
    Ainsi est né Le jour venu, d'abord affrontement direct avec l'ombre de la mort qui menace, puis accession à une sorte de paix dans la simple lumière d'un jour qui se lève. Quel est le point commun aux deux faces de ce livre, l'une obscure et l'autre lumineuse, sinon l'idée d'attachement ? L'écriture, qui noue des mots ensemble, veille sur nos liens : attachement aux êtres chers et à leur mémoire, à ce monde et à sa beauté, à la terre qui nous porte comme à la langue que nous parlons et qui permet de maintenir le fil de la présence."
    Jean-Michel Maulpoix

  • À présent qu'ils ont franchi le seuil, j'imagine ce vieil homme et cette vieille femme se retrouvant au fond du grand Jardin, délivrés de leur longue fatigue, oublieux de la laideur de leur nudité, gourmands de pêches, de poires et de melons, près de l'arbre à désir, à savoir et à poèmes. Mon père et ma mère veillant sur les fruits profonds de la nuit, avec des rires et des baisers, de toute leur enfance restée vive, ébouriffant la cendre, leur amour à tout jamais ayant le dernier mot. Dans cette Hirondelle rouge, dont le titre fait écho aux toiles oniriques de Joan Miró (L'Hirondelle éblouie par l'éclat de la prunelle rouge), Jean-Michel Maulpoix évoque avec beaucoup de pudeur ses parents disparus. En des tableaux très courts, il dresse d'eux des portraits fragmentaires et intimes. Comment continuer à vivre et à écrire, telles sont les questions que pose le fils et que tente de résoudre le poète. "Qu'opposer d'autre à la nuit que la phrase muette du désir ?" Avec une prose poétique inimitable, Jean-Michel Maulpoix livre un récit qui tient autant du tombeau que de l'autobiographie, où l'écriture, la vie et la mort sont étroitement mêlées.

  • Je saute à pieds joints dans les flaques. N'y voyez pas malice, c'est mon bonheur! J'aurai trois ans en juillet : je marche sur le ciel.
    Je cours derrière les papillons et bavarde avec les fourmis.
    Pardonnez-moi si j'arrache les pétales des fleurs et fais tomber les livres de la bibliothèque.
    Je vide et je remplis. Je construis et détruis. Je fais, puis je défais. J'ai compris qu'en cette vie l'on doit répéter sans cesse les mêmes gestes. Il n'y a pas de dieux au ciel, juste un vieux Père Noël fatigué de ses jouets.

    Que se passe-t-il dans la tête d'un petit garçon? Pour répondre à cette question, Jean-Michel Maulpoix donne la parole à Louis. Et nous voilà transportés, comme par enchantement, dans le monde inconnu d'un enfant de trois ans, à la fois proche et lointain...
    Sensible, émouvant, souvent drôle, ce Journal d'une enfant sage est le livre d'un écrivain qui sonde les mystères de l'enfance et celui d'un père qui témoigne de sa tendresse infinie pour son fils.

  • "Je me tenais naguère devant la page blanche comme en face de la mer, songeur, fixant le bleu et rêvant de partances. À présent, je m'embarque. Cette vie est une succession de guichets, de barrières à franchir et de zones de transit. "Cahier du jour", "Journal privé", "Carnet d'envols", on lira ici les allées et venues d'un homme dans la prose de son temps. Poussant jusqu'au poème l'influx et les brisures de la prose, assailli de rouge et de noir plutôt que distillant l'azur, comédien de sa propre soif, parvenant mal à distinguer entre l'intime et l'anonyme.

    Essais de voix, récitatifs ou chants brisés, ces pages tracent en définitive un portrait du poète fin-de-siècle, passant, passeur et passager : il fait tomber l'amour dans le domaine public, mais toujours rêve d'un visage où se pencher comme sur une eau claire, non pour y refléter mais pour y boire." Jean-Michel Maulpoix.

  • "Quelqu'un marcherait sur la neige, sous un ciel jaune et gris d'hiver. À pas lents, un peu lourds, qui se rapprochent ou qui s'éloignent. Juste une silhouette, enveloppée dans un manteau de laine noire. Un rudiment de signe sombre cerné par la blancheur. Allant, sans que l'on sache pourquoi, ni vers où. Devant lui, nul chemin visible. Seulement l'hiver qui tombe, recouvrant sans un bruit l'empreinte de ses pas sur la neige.
    Quelqu'un marche dans le silence. Quelqu'un s'efface dans l'invisible. Sans paroles, sans parfum. Personne à son côté. Parfois levant la tête. Parfois baissant les yeux. Mais c'est en lui que tombe la neige où il continue de marcher.
    Neige : le nom d'autre chose où chaque pas s'enfonce de son poids d'énigme." Jean-Michel Maulpoix

  • Souvent les hommes restent debout près de la mer : ils regardent le bleu. Ils n'espèrent rien du large, et pourtant demeurent immobiles à le fouiller des yeux, ne sachant guère ce qui les retient là. Peut-être considèrent-ils à ce moment l'énigme de leur propre vie.
    L'objet d'Une histoire de bleu est précisément d'explorer ce regard, ce tête-à-tête singulier de l'homme avec une apparence d'infini, ce dialogue hésitant qui se poursuit aussi bien dans l'amour et face à la mort que sous les voûtes des église ou sur les rivages de la mer...
    Autant qu'une méditation, on lira donc dans ces pages le poème de la finitude moderne qui tâtonne à la recherche du sacré dans un monde qui en a perdu l'idée mais en conserve le désir. Semblables au cortège des neuf muses, ce sont ici neuf courts chapitres, réunissant chacun neuf textes, qui invitent à retrouver dans l'équilibre même de leur écriture cette plénitude longuement recherchée.

  • "Je consacrai naguère un petit opuscule au filigrane bleu de l'âme. À la force d'aimantation du large, nos stations prolongées sur les quais, les yeux vers quels lointains tournés ?
    Nous rêvions d'autre chose, inexorablement.
    Ce n'était pas d'Azur diaphane que je parlais : loin des cieux éthérés, toute l'épaisseur et la substance, en nous, de cet instinct de ciel, sa manière par exemple de respirer l'odeur de sel, d'aller pleurer au cinéma, ou de choisir, l'hiver, pour la tiédeur, des pulls et des chemises..."
    Jean-Michel Maulpoix.

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