Patrick Cabanel

  • Perché à 1000 mètres d'altitude, non loin du bourg du Chambon-sur-Lignon en Haute-Loire le Coteau Fleuri était avant-guerre une vaste maison de villégiature.  Mais en mai 1942, la Cimade, jeune association protestante d'aide aux réfugiés, loue ces trois bâtiments à une toute autre fin : il s'agit d'accueillir des hommes, femmes et enfants sortis, légalement, des camps d'internement de Vichy. Quelques Espagnols et surtout des juifs allemands quittent Gurs, Rivesaltes, Le Récébédou, Les Milles, pour le refuge sur la montagne. Patrick Cabanel fait partager le quotidien de ces quelque 180 reclus qui réapprennent à vivre, libres mais menacés, et dont beaucoup seront ensuite exfilrés. Il raconte les espoirs, les défaites, les peurs et les rencontres. Une histoire d'héroïsme tranquille et de résistance spirituelle qui n'est pas exempte d'ambiguïtés voire de frictions entre des personnalités et des croyances diverses, mais que le Coteau fleuri va unir à jamais.

  • Non seulement le plus grand (et le plus radical) des réformateurs a été un Français, Calvin, mais encore le protestantisme a eu dans notre pays un très vif succès, notamment auprès des élites, avant que le pouvoir, loin de basculer dans la religion nouvelle, ne décide de rester fidèle à Rome, et les Français avec lui, fût-ce contre leur gré. S´ensuivra une longue et inexpiable guerre civile, l´intervention des puissances étrangères. Jamais un protestant n´a joui en France des mêmes droits, de la même bienveillance que les catholiques, même entre l´édit de Nantes (1592) et sa révocation (1685). Y compris lorsqu´il n´est pas persécuté, il se trouve persécuté.
    La Réforme n´en imprime pas moins une forte marque sur la société française ; elle touche à peu près toutes les catégories, de certains princes du sang à d´humbles agriculteurs.À l´occasion de l´assemblée du désert qui a lieu cette année le 2 septembre, l´un des tout meilleurs historiens du protestantisme évoque avec la science la plus sûre et la plus récente les destinées d´une partie du peuple français qu´on oublie encore trop souvent.

  • Histoire des Justes en France 3300 Français ont reçu le titre de Justes, sur près de 24 000 Européens - un sur sept. Le titre, décerné après enquête par l´institut israélien Yad Vashem, récompense ceux qui, n´étant pas juifs, ont sauvé au moins un juif au cours de la Shoah. Qui sont ces hommes et ces femmes ? On les a longtemps tenus pour des héros inconnus, voire anonymes, et la plupart le sont restés. Mais, depuis 2000, le 20 juillet est une journée d´hommage aux Justes de France et, en 2007, ils sont entrés au Panthéon. La France avait longtemps tiré fierté des résistants en armes, avant de réapprendre le poids de l´antisémitisme et de l´égoïsme dans les années 1940 : elle découvre aujourd´hui les Justes, dont la résistance a été civile, pacifique, humanitaire - et, souvent, spirituelle. Ils tiennent dans notre mémoire collective une place qui ne doit pas occulter la tragédie de la Shoah, mais rappelle qu´une autre France, aux côtés de celle de Vichy, a existé, forte de valeurs universalistes. Ce livre propose un portrait collectif des Justes. Certains ont été des héros solitaires, d´autres étaient portés par des milieux et même des lieux à forte personnalité. C´est peut-être la leçon de ce livre : dans la banalité du bien comme du mal, les hommes, au moment du choix, sont à la fois seuls et enserrés dans une multitude de liens. Patrick Cabanel est professeur d´histoire contemporaine à l´Université de Toulouse-Le Mirail et dirige la revue Diasporas. Histoire et sociétés. Il a publié notamment Juifs et protestants en France, les affinités électives XVIe-XXIe siècle (2004), Cévennes. Un jardin d´Israël (2004), Chère Mademoiselle... Alice Ferrières et les enfants de Murat, 1941-1944 (2010), et a codirigé Cévennes, terre de refuge, 1940-1944 (1987).

  • Ferdinand Buisson, Prix Nobel de la paix en 1927, a eu une très longue carrière religieuse, pédagogique et politique. Elle a fait de lui l'un des hommes les plus importants, mais aussi les plus méconnus, de l'histoire de la France contemporaine. Il a dirigé l'enseignement primaire de 1879 à 1896, en menant une véritable révolution scolaire et morale au sein de l'école publique. Le pédagogue est entré ensuite en politique, pour prendre une part décisive dans la bataille anticléricale et pour la Séparation de l'Eglise et de l'Etat. Fidèle sa vie durant à ses engagements de jeunesse, une gauche aux épithètes multiples, religieuse, pédagogique, politique et pacifiste, ce protestant qui fut d'abord théologien et passa par l'expérience de la Suisse et des Etats-Unis peut être tenu pour le père de l'école laïque.

  • Y a-t-il eu, face aux juifs, des chrétiens différents, capables de s´extraire plus vite de cet antijudaïsme pluriséculaire dont on sait qu´il a frayé la voie à l´antisémitisme dans l´Allemagne luthérienne comme dans la France catholique ? Il semble que ce fut le cas des protestants français. Calvin a été le premier à parler autrement des juifs et de leur salut et, en dépit d´exceptions, ses héritiers l´ont suivi, parfois sous les traits d´un millénarisme philosémite.

    L´histoire a fait le reste. Marquée par les tribulations, l´exil et la fidélité, elle a rendu les huguenots français, nourris de l´Ancien Testament, exceptionnellement proches des juifs. Les deux minorités se croisaient dans le Livre, dans la diaspora européenne, dans la modernité. La Révolution française a fait des uns et des autres des citoyens de plein droit, la République laïque les a vus actifs dans plusieurs de ses chantiers. Expérience unique de judéo- protestantisme, que les antisémites et les maurrassiens ont violemment dénoncée. Les protestants ont été dreyfusards. N´avaient-ils pas eu leur affaire Calas ? De même, pendant les années noires, les replis secrets des Cévennes ont accueilli par centaines les nouveaux parias de Vichy, tandis que l´Eglise réformée rappelait publiquement la solidarité des chrétiens et des juifs. Il y a désormais une mémoire partagée, même si le conflit israélo- palestinien est venu troubler les choses.

    Ce sont ces affinités électives entre deux minorités situées tantôt à la périphérie, tantôt au coeur de l´histoire de France, que ce livre a entrepris de décrire.

  • Résister. Par les mots et dans l'action ; avec ou sans armes. C'est ce que firent les protestants français au cours de la Deuxième Guerre mondiale, après avoir pris leurs distances à l'égard du pacifisme et de certaines équivoques du régime de Vichy.Forts de leur connaissance de la situation religieuse allemande et de leurs liens privilégiés avec des figures de la résistance spirituelle, dont le théologien Karl Barth, ils se montrèrent lucides face au nazisme. Et, forts de leur mémoire huguenote, ils se rangèrent parmi les premiers défenseurs des juifs. Pourtant, à leur tête, et parmi d'autres pasteurs ou membres des classes dirigeantes, Marc Boegner tarda à s'éloigner d'un maréchal Pétain auquel le liait une connivence initiale.En suivant l'engagement de ces hommes et de ces femmes, Patrick Cabanel retrace l'histoire de cette minorité sentinelle qui tenta d'alerter la France puis de se tenir aux côtés des nouveaux persécutés, dans les camps de Vichy comme dans les terres de refuge. Patrick Cabanel est directeur d'études à l'École pratique des hautes études. Il s'est particulièrement intéressé à la IIIe République et au protestantisme à propos desquels il a écrit de nombreux ouvrages de référence, dont Histoire des protestants en France (Fayard, 2012).

  • En août 1994, le Club Cévenol fête ses cent ans. Rares sont les associations à pouvoir se vanter d'une telle vitalité. Pour saluer ce centenaire qui est en même temps une affirmation de dynamisme et d'ouverture, nous avons voulu un ouvrage à la hauteur de la commémoration. D'où l'idée de ce livre, oeuvre collective, qui, en 320 pages regroupant les textes de près de cent quatre-vingts auteurs, retrace l'extraordinaire place que les Cévennes occupent depuis plus de dix siècles dans l'imaginaire collectif. Peu de pays ont, en effet, autant inspiré voyageurs, historiens, poètes et écrivains, preuve que les Cévennes incarnent depuis toujours ce lieu magique auquel, Cévenols d'origine ou d'adoption, nous sommes si profondément attachés. De Jules César et Sidoine Apollinaire à Thomas Platter, d'Abraham Mazel et Antoine Court à Arthur Young, de Stendhal et Michelet à R.L. Stevenson, d'André Chamson et Max Olivier Lacamp à Jean Pierre Chabrol, Jean Carrière et Adrienne Durand Tullou, l'ouvrage retrace en vingt-trois parties thématiques (soie, protestantisme, tradition orale, vie quotidienne, Résistance, exode rural...) cet immense panorama de la mémoire cévenole qui, écrit Philippe Joutard, « ne signifie en aucune façon un enlisement dans un passé révolu et la nostalgie d'un âge d'or qui compenserait un présent morose et un avenir sombre. Bien au contraire. » À l'instar de Paul Arnal qui « avait pressenti la fin d'une civilisation cévenole, mais se refusait de croire à la mort des Cévennes », Philippe Joutard souligne que « le principal obstacle à la survie de nos montagnes ne réside pas dans la fragilité de leur économie, mais dans la perte de confiance et de découragement de certains de leurs habitants. » Et, ajoute-t-il avec force, « le meilleur moyen de combattre ces sentiments, c'est encore de rappeler les victoires impossibles obtenues dans le passé ». En cela, « Dire les Cévennes n'est pas un mausolée pour un pays défunt, c'est une mémoire pour demain ».

  • Au printemps 1941, commence pour Alice Ferrières une aventure à la fois extraordinaire et « banale » qui ne prendra fin qu´à l´automne 1944. Alice Ferrières (1909-1988), issue d´une famille protestante des Cévennes, est professeur de mathématiques au collège de jeunes filles de Murat, dans le Cantal. Scandalisée par le second Statut des Juifs, elle décide d´apporter son aide aux victimes de l´antisémitisme de Vichy. Alice envoie tout d´abord lettres et colis à des professeurs juifs français victimes du Statut, souvent des Alsaciens, puis à des Juifs étrangers assignés à résidence ou internés dans les camps de Gurs, Noé, Rivesaltes, La Guiche. De véritables amitiés se nouent, que la déportation vers Auschwitz est parfois venue briser net. Le 6 janvier 1943, son soutien aux Juifs prend une tout autre dimension. Arrivent à Murat les premiers enfants ou adolescents qu´il s´agit de cacher dans les collèges de la ville ou dans des familles paysannes des environs. Alice travaille dès lors en étroite collaboration avec les jeunes assistants des oeuvres juives de secours et de résistance. Sa maison ne désemplit plus, il s´y tient même des cours de religion et de sionisme...

    Mémorialiste scrupuleuse - mais inconsciente, une chance pour nous -, Alice a conservé toutes les lettres que ses « protégés » lui ont adressées, ainsi que les copies de des réponses. Elle a également tenu, en 1943 et 1944, un journal dans lequel sont consignées toutes ses activités et rencontres, heure par heure. Les historiens ont parlé de la « banalité du bien » : on peut ici évoquer sa quotidienneté, accessible pour la première fois à travers un rarissime ensemble de notes et de correspondances croisées.

  • Après le siècle des Lumières et celui des Révolutions, le long XXe siècle apparaît comme le siècle des excès : celui des extrémismes, de la croissance et des crises. La 1re partie embrasse l'ensemble de la période pour montrer la continuité et les évolutions lentes dans certains domaines comme l'économie, la culture et la religion. La 2e partie se concentre sur les affaires internationales, mêlant approche chronologique et thématique. La 3e partie s'intéresse plus particulièrement aux affaires françaises. La 4e et dernière partie adopte une démarche régionale (colonisation, construction européenne, etc.). Chaque exposé équilibre faits et analyses, en prenant soin d'identifier les problématiques permettant de construire une analyse personnelle. Chaque chapitre comporte une chronologie des dates essentielles, des cartes, des paragraphes d'approfondissement, des orientations bibliographiques et des propositions de plans étoffés en corrigés de sujets donnés à titre d'exemple.

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