Ex-Æquo

  • Les héros se transforment parfois en bourreaux...
    « Dès que j'ai croisé Since, il ne m'a pas fait bonne impression. Il est grand et je déteste les grands. Surtout depuis que je sais que je ne grandirai plus. À quatorze ans, j'ai la taille d'un gosse de huit ans. Un truc héréditaire, incurable. Une maladie qui fait rire les autres et me bouffe l'existence. Une saloperie dont je me serais bien passé... »
    Souvent, tout commence par une rencontre. Belle ou mauvaise, nul ne le sait au prime abord. Mais ces premiers instants vont tisser la trame de ces faits divers noirs, surréalistes, voire même poétiques. Surprenant ? Je vous laisse juge. Mais pour cela, laissez-vous embarquer pour des voyages brefs et intenses en compagnie de personnages à votre image. Enfin, presque. Car derrière les masques se cachent bon nombre de fêlures, de doutes, d'envies qui font que ces héros se métamorphosent vite en bourreaux. Alors, tentés par l'aventure ? Vous n'en sortirez pas indemnes.
    Découvrez un ensemble de nouvelles qui sont autant de voyages brefs et intenses en compagnie de personnages à votre image : derrière les masques se cachent souvent des fêlures...
    EXTRAIT
    Le Snake 3 dansait à allure modérée. L'océan moutonnait dans sa livrée habituelle. Un mélange d'émeraude, de bleu anthracite et d'ivoire crémeux.
    Le soleil tapait déjà dur. Les hauts-fonds du Pratt approchaient.
    Mel Thorpe menait son embarcation avec assurance, guidé par les fanions qui se dandinaient sur les crêtes. Sous la lumière vive, les hommes n'avaient que faire de la beauté sauvage des éléments. Toute leur attention était centrée sur la besogne à accomplir.
    Tico Mendes repéra bientôt un premier casier aux couleurs de son patron. Une tête de mort sur un fond jaune.
    Thorpe l'aperçut à son tour. Le moteur décrut et le bateau vint se positionner face à la vague. À l'aide d'une gaffe, Mendes agrippa la perche au fanion et attira la bouée à lui. Puis il hissa le tout sur le pont et commença à remonter l'élingue. Lorsqu'il en eut dégagé une longueur suffisante, il l'enroula au palan et en actionna le moteur. La corde se tendit et fut bientôt aspirée sur un rythme plus soutenu. Parfois, une algue jaillissait des profondeurs. Tico la décrochait machinalement et la rejetait au loin sur la houle, comme s'il avait toujours effectué le job.
    Puis la masse sombre du casier creva la surface de l'eau. Tico joua avec les commandes du treuil et le déposa en douceur sur le pont.
    L'intérieur grouillait de crustacés. Il l'ouvrit et plongea la main au milieu des prises. Il écarta les araignées de mer qu'il rejeta à l'eau. Seuls les homards avaient de la valeur.
    De cette première nasse, il en sortit un de fort belle taille. Puis un deuxième. Au troisième, son coeur se souleva. Ces lambeaux de chair... Cette main... L'horreur le submergea tandis qu'il croisait le regard halluciné de Thorpe qui s'avançait vers lui, un croc à la main.
    Mendes se saisit de la gaffe, bien décidé à vendre chèrement sa peau...
    A PROPOS DE L'AUTEUR
    Patrick Morel vit dans la proche banlieue de Rouen. Romancier et nouvelliste reconnu, il livre ici une fresque du Nouveau Monde au travers de 13 nouvelles aussi noires qu'insolites. Ce recueil succède à son premier opus, Le coup de pied au cul dont la nouvelle a été adaptée sur les ondes de la R.T.B.F., il y a une vingtaine d'années.

  • Julien Arnal, journaliste, est chargé de couvrir le meurtre d'une jeune fille dont s'était épris un présentateur vedette de télévision. Ce dernier est-il le vrai coupable ?
    Lorsque le journaliste Julien Arnal est tiré de son sommeil en pleine nuit par son rédacteur en chef, l'odieux Gardez, il n'imagine pas que sa vie va s'en trouver bouleversée. L'émissaire de La Nation Républicaine est envoyé à Trébeurden pour couvrir le meurtre d'une jeune fille, Soizic Goem, dont s'est épris une star du journal télévisé national, Germain Sauvaget, présentateur vedette de TV2.
    Alors que ce dernier a loué tous les gîtes de l'île Milliau afin de passer un week-end solitaire et réparateur, Soizic Goem parvient à le rejoindre. À l'issue d'une nuit passée ensemble au son d'une tempête qui fait rage, la jeune fille est retrouvée morte au petit matin, entièrement dénudée, présentant une étrange blessure à l'épaule. Bien évidemment, Germain Sauvaget est le premier suspect visé. Mais l'est-il vraiment ?
    En concurrence avec une jeune consoeur de la presse écrite, Pauline Lebellec du Trégorrois, et un certain Morgan Coppel, mystérieux correspondant de l'Ouest Littoral, toujours en avance d'un coup sur l'échiquier des révélations, Julien Arnal va découvrir que ce meurtre en rappelle un autre, perpétré en 1929 sous les yeux de Lucie Jourdan, d'Aristide Briand et de leur ami Hippolyte Péruchot, ancien commissaire à la 13e brigade mobile de Rennes.
    De rebondissements en rebondissements, notre cador de la presse écrite va devoir démêler le vrai du faux, s'appuyant sur l'histoire de l'île Milliau, pour parvenir à ses fins. Mais la quête de vérité est une longue route jalonnée d'embûches et de rencontres pour le moins inattendues.
    Ce meurtre semble étrangement en rappeler un autre, datant de 1929... Plongez-vous dans ce polar plein de rebondissements qui vous tiendra en alerte jusqu'à la découverte de la vérité qui entoure cette affaire macabre.
    EXTRAIT
    Dans un tel contexte, la fuite a du bon. Je descends dare-dare les quatre étages de l'immeuble, m'essouffle à retrouver mon véhicule garé à trois rues de là avant de m'affaler en sueur sur un siège défraîchi. Puis, accroché au volant de ma DS 21 aux dimensions exagérées pour mes petits bras de journaleux, je laisse le moulin poussif aux 200 000 kilomètres prendre son envol.
    Il est 2 heures 38 à ma montre ce dimanche matin lorsque j'aborde le périph.
    Cap à l'ouest toute. Le Mans. Rennes. Saint-Brieuc. Lannion. La destination préférée des Parigots en manque d'exotisme.
    Au son de mes 125 chevaux, j'ai le temps de cogiter. Une réflexion qui m'amène à revisiter le CV de Germain Sauvaget, un petit trouduc rentré comme stagiaire à TV2 sous l'ère Giscard. Un gars sans talent, mais avec beaucoup d'ambition. Tant et si bien que de cirages de pompes en allégeances de circonstance, il était passé de loufiat patenté à correspondant en région avant son intronisation à la présentation du 13 heures national par je ne sais quel miracle. Une réussite sans égale qui avait suscité autant de jalousies que de louanges dans le microcosme cathodique aux egos surdimensionnés. Il faut reconnaître que son charme et sa prestance l'y avaient aidé. Au fil du temps il avait su fidéliser un auditoire majoritairement féminin, au grand dam de ses confrères sur la même tranche horaire. Mais voilà, la roue tourne. Aujourd'hui, Sauvaget se retrouve en garde à vue et cette nouvelle a tout pour me réjouir.

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