Littérature générale

  • En 1854, Victor Hugo est en guerre contre Napoléon III et dialogue avec l'esprit de Shakespeare. Pendant ce temps, dans le nord-est de l'Amérique, des millions d'ouvrières et d'ouvriers travaillent dans l'anonymat des usines. En 1914, à New York, Marcel Duchamp propose un urinoir en guise d'oeuvre d'art. À la même époque, au Monument national de Sherbrooke, on assiste à des conférences sur l'hygiène domestique.

    Pourquoi nos destins sont-ils si différents, qu'est-ce qui fait que nos vies sont si riches ou si pauvres ?

    Dans le Sherbrooke actuel, Paul est perdu. Sa mère décline, et ceux qui en ont la garde ne pensent qu'à l'attacher. Sa fille, Ophélie, est obsédée par Dying Lucy, un site internet qui montre une enfant malade maintenue dans des conditions sordides. Et puis il y a Sarah, son ex, qui lui reproche son manque d'envergure et rêve de changer de vie.

    Que doit-il faire de son temps, à quoi son existence peut-elle servir, à quoi devrait-il s'intéresser ?

    Le caprice d'un inconnu, venu d'Europe, semble la seule aventure possible.

  • Pendant quelques années, Tommy Madsen est le plus grand. Lutteur athlétique et sauvage, champion en titre, il galvanise les foules tout en se refusant aux outrances théâtrales, jusqu'à ce qu'un combat aux conséquences tragiques brise sa carrière. Madsen perd sa ceinture, puis sa famille, et s'isole dans sa maison de Stowe, dans les montagnes Vertes. Il n'en sort plus que pour livrer de rares combats, délaissant peu à peu le ring. Mais Guillaume Fitzpatrick apparaît sur le pas de sa porte. Il est journaliste sportif, il sera son biographe officiel. Assisté par Hugo Turcotte, un collègue fin connaisseur de lutte, il est venu en Nouvelle-Angleterre interviewer Madsen, son entourage et les vétérans du gym de Burlington où l'ex-champion a fait ses classes vingt ans plus tôt. Mais une histoire en cache toujours une autre; Turcotte et Fitzpatrick l'apprendront bien assez vite. Ils déterrent de vieilles rancunes et quelques squelettes au passage, déclenchant un jeu funeste d'attaques et d'esquives dont ils auront à payer le prix. Entre le Québec et les États-Unis, entre l'univers des frères Rougeau et celui des frères Coen, L'homme qui a vu l'ours raconte les coulisses d'un monde noir et extravagant où les blessures ne sont pas toutes mises en scène.

  • Cette idée, aussi, d'être Blancs, et assez fous pour partir un mois en Inde, sur les traces des Beatles. Cette idée de penser que les quatre étoiles, les wagons de première classe et notre amour nous protégeraient des reflux d'acide, des regards hostiles et de la possibilité concrète de mourir, à court de grâce, main dans la main, dans les rues de Delhi.

  • Trépanés

    Patrick Brisebois

    Le Quartanier est fier d'annoncer la republication de la trilogie du romancier Patrick Brisebois, parue aux éditions de L'Effet pourpre au tournant du xxie siècle : Que jeunesse trépasse (1999); Trépanés (2000) et Chant pour enfants morts (2003). Le style foisonnant de Patrick Brisebois porte un imaginaire vénéneux, qui entraîne le lecteur dans un monde où l'autodérision, l'amitié, l'érosion rapide des illusions de jeunesse, les visions de mort et les amours accidentés sont inséparables d'un sens du comique et du tragique dont on ne trouve pas la pareille chez ses contemporains.

    Le Quartanier republie ces trois titres dans sa collection principale, en trois temps, en commençant par Trépanés, qui passe dans un même creuset le fantastique, le tragique, le burlesque et le gothique, dont Brisebois tire un univers émouvant et hanté, en ne perdant jamais, c'est la marque d'un écrivain, cette faculté de faire éprouver le monde et l'époque, et une génération, ici celle qui a vécu sa vingtaine dans les années 1990, dans toute sa beauté trouble, d'une noirceur malgré tout vibrante de vie.

    Cette nouvelle édition de Trépanés a été profondément revue par l'auteur.

  • La mère va disparaître. Elle a déjà perdu ses mots, ses souvenirs s'effacent un à un, bientôt tout son corps l'abandonnera. D'ici là, ses paroles désordonnées font surgir en vous la mémoire d'époques oubliées. L'enfant que vous étiez, le quartier tel que vous l'avez connu et d'autres jeunesses aussi, la sienne, celle de ses parents. La mère est devenue votre enfant: il faut la mener à ses rendez-vous, la soigner, la déménager, signer les papiers qui accélèrent ou retardent sa perte. L'accompagner sur le seuil et continuer d'avancer. Il ne s'agit pas ici de témoigner, mais de sublimer: transformer l'expérience en objet de beauté. Ne pas chercher à tout dire, ne rien expliquer; montrer. Les visages changeants, les oiseaux par la fenêtre, les ongles trop longs, la crise, et vos élèves qui attendent des réponses alors que le monde vous échappe.

  • Chaque génération répète les erreurs de la précédente, mais chacune vit à sa manière ses peurs profondes. Isidore Malenfant est un écrivain de science-fiction raté. Comme pour son père Théodore, c'est avec les femmes que surviennent ses problèmes. Avec les femmes belles et fantasques, parfois brisées par le chagrin et la folie, avec les filles androgynes et les créatures ambiguës. Il s'installe un temps avec la charnelle Marilyn, mais celle-ci part pour Paris et le laisse seul. Peu à peu, quelque chose s'immisce dans la vie d'Isidore, un visage, une silhouette, alors qu'en kaléidoscope repassent les moments anxiogènes de sa jeunesse. Si c'est à Redfield Park qu'a commencé son histoire, naissance et mort jumelées, pour plus tard se figer à Montréal, c'est par Redfield Park à nouveau qu'elle devra se poursuivre.

    Évoquant à la fois l'imaginaire des pulps à la Weird Tales et celui des kaidan, les histoires de Bukowski et le Black Hole de Charles Burns, Chant pour enfants morts crée un monde d'une étrange beauté, parce que douloureusement réel malgré tout.

    Cette édition revue de Chant pour enfants morts a été augmentée de plusieurs chapitres inédits.

  • Nicolas Jones a la trentaine noire, une peur bleue des rapports humains : le passé l'a laissé dans un sale état. Il est aussi vaguement poète, ce qui n'arrange pas les choses. Une femme l'attend, mais lui se coupe chaque jour davantage de ses semblables, d'un monde qu'il éprouve par le prisme d'une mythologie échevelée où se croisent le hockey, les cow-boys et le rock qui rit jaune. Un soir de vapes, où Jones est au plus bas, un vieux paria un peu ours, couturé de défaites lui aussi, le relèvera. Sans se connaître, ils se reconnaîtront frères de déglingue.

    Western métaphysique où les duels avec soi conduisent à enjamber le garde-fou des ponts, La ballade de Nicolas Jones raconte en parallèle les amours ratés, les humiliations et les violences qui ont fait ces deux déclassés magnifiques - jusqu'à l'épreuve d'une mort annoncée. Mais il raconte aussi les échappées où tout à coup plus rien n'est joué d'avance.

    Si La ballade de Nicolas Jones, par sa langue cinétique, dessine un monde où la beauté naît dans l'âpreté et la hantise, on reste du côté des vivants, du côté de ceux que la vie touche jusqu'à l'os mais qui, contre toute attente, tiennent jusqu'à la vingt-cinquième heure.

  • Vox populi

    Nicol Patrick

    Marc est abandonné de toutes parts. Son travail de commis au cégep est de moins en moins utile, sa blonde l'a quitté et même Audrey, sa fille, semble l'éviter. Pourtant, ce n'est pas un mauvais gars. Un peu trop sûr de lui, peut-être, toujours convaincu d'avoir raison. À la longue, c'est achalant.

    Le 25 mars 2013, le premier ministre du Canada reçoit de Chine deux pandas, un groupe d'Amérindiens marche sur la capitale fédérale, et à Paris, la veille, une manifestation contre le mariage gai a eu lieu. Marc aimerait que des experts l'aident à donner un sens à tout ça. Mais même eux, on dirait, le laissent tomber.

    Heureusement, ce soir-là, sa fille revient de voyage. La dernière fois qu'ils se sont vus, ils s'étaient disputés. Mais la petite ne peut pas lui en vouloir éternellement.

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