Littérature générale

  • Pour le première fois dans l'histoire de l'humanité, l'homme a construit un dispositif technique, Internet, capable de dispenser les hommes de toute communication directe. Personne n'aurait sans doute penséà un tel usage, si Internet n'était pas devenu l'objet d'un véritable culte, porté par la promesse d'un monde meilleur, celui du « cyber espace ». Ses thuriféraires, partisans du « tout-Internet », semblent aujourd'hui l'avoir provisoirement emporté face aux « technophobes », mais surtout face à tous ceux qui réclament un usage raisonné des nouvelles technologies. Ces militants fondamentalistes appellent de leurs voeux une « société mondiale de l'information », où le nouveau lien social serait fondé sur la séparation des corps et la collectivisation des consciences. Une vision où se mêlent l'héritage de Teilhard de Chardin, le bouddhisme zen et les croyances New Age. Et qui mobilise des valeurs propres à la culture américaine, comme le puritanisme, le manichéisme, la recherche de l'harmonie sociale et le jeunisme. Elle s'inscrit dans une nouvelle religiosité, qui célèbre l'utopie de la transparence, dans un contexte marqué par la crise du politique, mais également l'affaiblissement de l'influence du monothéisme et de l'humanisme. Telle est la thèse de ce livre provocateur. L'un des meilleurs spécialistes français de la communication y répond à des questions très actuelles : d'où vient ce nouveau culte, quelles sont ses racines historiques, pourquoi son succès ? N'est-il pas porteur, dans ses excès, d'un risque majeur pour un lien social déjà très fragilisé ?

  • "Lorsque, au printemps de 1919, André Breton et Philippe Soupault conçoivent et expérimentent la méthode d'écriture d'où naîtront non seulement Les Champs magnétiques mais deux pièces de théâtre : Vous m'oublierez et S'il vous plaît, sans compter nombre de textes automatiques, l'un a vingt-trois et l'autre vingt-deux ans. Au même âge, Rimbaud venait de rompre avec la poésie ; Isidore Ducasse s'arrachait aux Chants de Maldoror et affrontait cette Préface à un livre futur par quoi se donnent les Poésies.
    En 1918, Breton et Aragon, encore mobilisés, se portaient régulièrement volontaires, à l'hôpital où ils étaient affectés, pour assurer la garde de nuit et là, des heures durant, se lisaient à voix haute les psaumes démoniaques du Comte de Lautréamont. L'année suivante, Breton recopie, à la Bibliothèque nationale, l'exemplaire unique des Poésies, qui sont publiées en avril, dans le n° 2 de Littérature, revue qu'il vient de fonder avec Aragon et Soupault.
    On serait tenté de penser que, dans l'esprit des "scripteurs", Les Champs magnétiques sont précisément ce "livre futur" annoncé, au seuil de la mort, par le jeune Ducasse. En un sens, en effet, ils répondent à l'injonction de l'initiateur : "La poésie doit être faite par tous. Non par un." Par-delà les Poésies, les Champs se mesurent aux Chants. L'outrance rhétorique perverse et savante de Maldoror, la sécheresse pseudo-conformiste de Ducasse retournant Pascal et Vauvenargues comme on dépouille un lapin, instituent, dans leur apparente opposition, une zone d'extrême turbulence d'où peut jaillir, sans entraves ni scrupules, la voix automatique."
    Philippe Audouin.

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