Langue française

  • C'est en 1958 que Roger Bésus s'éloigne de l'Eglise catholique, poursuivant en solitaire sa recherche de l'absolu, et commence son journal. Chronique d'une conscience troublée, témoignage de l'époque (vie littéraire, événements du monde, questions de société, etc.).

  • En Tunisie, aujourd'hui... Un Européen, Ludovic Aubry, est sauvé de la désolation par l'amour d'une jeune bédouine, Hafsia ; l'ami de cet Européen, le Tunisien cultivé et occidentalisé, Si Djamal, est épris d'une Européenne, Catherine Rêban. Mais si ces deux hommes ont de la qualité, Catherine Rêban n'en a guère. « Ceux qui aiment », c'est le combat, en même temps que le débat, de ces êtres rassemblés sur une terre qui n'est pas d'aujourd'hui mais vieille comme les civilisations. Le drame, presque inévitable, se produit : en face de l'Européenne, qui berne Si Djamal, s'établit entre Aubry et Hafsia un sentiment d'une grande beauté. Mais le frère d'Hafsia, jeune Arabe fanatique, veille. Alors, ce sera entre les deux amis l'accomplissement de l'amitié, par l'échange (mot auquel tient l'auteur) : la vengeance de l'un délivrera l'autre. Car, au niveau des destins, le coupable n'est pas toujours celui qui agit. Deux civilisations se sont affrontées là trop longtemps, pour qu'il n'y ait pas transfert des responsabilités de l'une à l'autre, ou plutôt des moins bons de l'une aux pires de l'autre.

  • Un écrivain qui a renoncé à son oeuvre, Louis Gaubert, sa maîtresse Léna, mannequin-vedette mourant de leucémie, Despérant, un journaliste d'une feuille à scandale, se heurtent, s'affrontent, se reconnaissent dans ce puissant roman qui n'est pas seulement celui de la maladie physique mais aussi, mais surtout, le roman de la misère spirituelle de notre époque. De cette misère, dont Gaubert et Despérant ont une expérience tout intérieure, qui les conduit au désespoir, un autre homme, propagandiste d'une secte religieuse, a, lui, une connaissance directe, quotidienne ; cet homme ébranle Gaubert - sans le convaincre - incite Despérant à se convertir, ne réussit pas à transmettre à Léna un peu de sa foi conquérante... Le Dieu de Léna, c'est et cela restera jusqu'au bout Paris : Paris-le-Monde où Louis Gaubert promène en voiture, une dernière fois, la malade fascinée par les lumières et le bruit ; Paris, magnifique et mortel, lieu de gloire et de malheur, lieu choisi par quelques apôtres isolés comme champ de combat et de mission. En effet, ces isolés, ces nouveaux fous de Dieu existent, que Roger Bésus oppose aux indifférents de plus en plus nombreux. Ils existent si bien, ils existent si fortement, qu'on ne peut plus négliger leur message. Un message fait pour les Léna, les Despérant, les Gaubert, fait pour l'individu et pour la foule ; et qui, après la Vie au sérieux, le Témoin, Ceux qui aiment, apporte confirmation du talent complexe et intense de Roger Bésus, grand romancier visionnaire.

  • Ces pages sont peut-être des cartes étalées où le Destin pointe son index telle une cartomancienne : un, deux, trois, quatre, cinq, un homme mûr ; un, deux, trois, quatre, cinq, une fille blonde ; un, deux, trois..., une fille brune ; un, deux..., une grande maison dans les dunes ; un, deux..., de l'argent, un temple : la Bourse. Un, deux..., une vieille femme maternelle. Un, deux, trois..., l'amour. Un, deux... un homme âgé, musicien. Un, deux..., encore l'amour. Un, deux, trois..., n'est-ce pas la mort, ce huit de pique ainsi placé ? N'importe, le jeu est en place et le Destin compte : un, deux, trois..., une querelle fille blonde-fille brune. Pour quoi ? Pour qui ? La carte suivante le dira : un, deux, trois..., pour l'homme ! Car toutes ces cartes ont un relief, qui fait du carton matière humaine, et singulière : la vieille femme s'appelle Fernande, Nicole est la longue fille à cheveux de paille, Élisabeth celle dont la tête rêve entre des bandeaux noirs ; Forgion enseigne le piano au Touquet et cache son désespoir dans le sable des dunes. Et l'homme mûr, Douriez, boursier qui aime et s'inquiète jusqu'à l'angoisse de ce que le monde propose aujourd'hui à la jeunesse, reviendra aussi vers la vaste mer limoneuse battue par le vent et les pluies : ce sera pour s'abriter dans la maison-rempart, ses femmes autour de lui, protégées et le protégeant - le doigt du Destin aura alors tourné la dernière page, tachée de sang, celui de la vierge et du vieillard, ce couple impossible, mais nécessaire à ce qui devait être.

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