Suzanne Blaise

  • "Le rapt du sacré par les hommes, réalisé à travers un matricide historique, politico-symbolique, quotidiennement reconduit depuis des siècles, se révèle être le rapt des Origines. Origine de la Création du monde qu'un Dieu mâle s'approprie - la première sacralité féminine évincée - Origine de l'humanité - la femme-mère niée, supplantée par le père - Origine de la Culture - le féminin rejeté du côté de la nature. Par l'entremise de ce putsch religieux l'homme a détourné à son profit la relation au surnaturel, à l'Ancêtre, jusque-là médiatisée par la mère et incarnée dans l'enfant. Le divin devient le principe fondamental d'un pouvoir discriminatoire à l'égard des femmes : le pouvoir patriarcal. Elles y perdent leur liberté, leur identité culturelle, leur solidarité, leur pouvoir économique et politique. Le rapt des Origines implique la destruction d'une matrice sacrée qui devient une matrice contrôlée par les hommes, une matrice coupable dès lors qu'elle échappe à ce contrôle et une matrice artificielle avec Dieu le-Père-de-la-Technique. La politique patriarcale de nos jours se situe non pas en rupture mais en parfaite continuité historique avec le rapt des Origines et tend seulement à déplacer, au XXe siècle, le matricide originel, du plan imaginaire et religieux, sur le plan scientifique et technologique. C'est la même entreprise, engagée au néolithique, de conquête et de divinisation du pouvoir par identification de l'homme avec l'Origine, qui se poursuit à travers son actuelle tentative de « maîtriser » la procréation - jadis symboliquement confisquée - au moyen des techniques nouvelles de reproduction, comme il a « maîtrisé » scientifiquement le secret de la matière avec la découverte de la fission de l'atome. Depuis le matricide fondateur à l'aube des temps historiques le patriarcat n'a cessé d'asservir et dénaturer la maternité, divisant les femmes non seulement entre elles mais en elles-mêmes, victimes de la logique de mort du système. Retrouver notre liberté, notre solidarité entre femmes, et restaurer le sens du devenir de l'espèce humaine compromis par les guerriers antiques et modernes, ainsi pourrait-on définir les finalités du Mouvement Féministe. Non pas fantasme et nostalgie d'un Âge d'Or révolu, guerre sainte et nouvel Évangile, mais dénonciation d'une imposture culturelle et cri d'alarme avant que l'homme ne vienne à se fondre une fois pour toutes avec l'Origine, dans le chaos nucléaire." S. Blaise

  • Le manuscrit de Deux femmes sous le même toit (intitulé initialement L'Étrangère) fut écrit en 1962, finalisé pour l'épilogue en 1991, et proposé à plusieurs maisons d'éditions. Récit initiatique d'une rencontre entre deux femmes qui choisissent de vivre ensemble puis de se séparer, ce roman évoque la difficulté d'être une femme libre et responsable et en même temps asservie par le travail, la maternité et les dures obligations du quotidien. Histoire d'autant plus douloureuse que chacune des protagonistes (la "bourgeoise" et la "marginale") par les entrelacs d'une relation tourmentée, remet sans cesse son vis-à-vis en question. Dans la trame du récit se burine, peu à peu, une incompatibilité radicale entre les deux existences : l'une difficile mais maîtrisée, économiquement indépendante, et l'autre gouvernée par un passé tragique, une identité d'étrangère, et la recherche vaine d'un emploi. Pour libérer son amie du désespoir et de sa mémoire meurtrie, la femme qui l'héberge entreprend d'écrire un livre-miroir destiné à renvoyer à l'amie nomade et sans-abri une image et une identité neuves. Cependant que cette dernière se dévoue à la garde des enfants de sa compagne. Mais, malgré les compromis, la vie à deux s'avère impossible et la séparation mettra un terme à leur confrontation en dépit de l'attachement qu'elles se vouent.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

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