Éditions Nota bene

  • Écrire, publier, parler de son oeuvre, tout cela comporte parfois des risques qu'écrivains et intellectuels acceptent d'assumer. Ces risques sont-ils les mêmes pour les femmes et pour les hommes ? Et s'ils sont différents, en quoi le sont-ils ? Pour les femmes qui écrivent, quels thèmes, quelles figures donnent corps à l'idée du risque ?

  • J'entends par consumation un acte excédant les exigences du bon sens, exigences auxquelles se plie l'individu qui voudrait seulement - quelle humilité ! - l'accroissement des richesses et du pouvoir. Dans le domaine de la connaissance, la consumation désigne une activité spirituelle irrécupérable en ce qu'elle ne se solde pas par une nouvelle ligne au CV ou une promotion pour penseur patenté. Elle se distingue de la consommation culturelle et protège de son infirmité érudite : le trouble anxieux de qui se goinfre de toutes les grosses Lettres de l'humanisme et peine à les métaboliser. La consumation est irréductible aux conditions du marketing intellectuel visant à la maximisation du rendement, principe dont découle le fameux et malheureux impératif publish or perish. On remarque ces dernières années une prolifération d'appellations conceptuelles branchées qui témoignent de cette marchandisation du savoir. Le consumérisme académique assigne la pensée littéraire à la résolution - supposée « effective » - de problèmes.

  • Seize chercheurs du Québec, des États-Unis, de la Belgique, de France, du Royaume-Uni, de la Suisse et de l'Australie s'interrogent ici sur la poétique de la liste - et par extension sur l'énumération, la série, la litanie, l'inventaire, la collection, etc. - dans la littérature contemporaine française et francophone.
     
    Au programme (en vrac) : la liste et les sciences ; la liste et le doute ; la liste et l'animal ; la liste et le nom ; la liste et l'encyclopédisme ; la liste et l'écriture de soi ; la liste et le récit ; la liste et la contrainte ; la liste et la voix ; la liste et le musée ; la liste et les ruines ; la liste et l'idiotie ; la liste et le Tour de France ; la liste et le politique ; la liste et la syntaxe ; la liste et le temps ; la liste et le quotidien ; la liste et la bande dessinée ; la liste et la scène ; la liste et dada ; la liste et le réel...
     
    Des textes consacrés, en tout ou en partie, à Anne-James Chaton, Éric Chevillard, Thomas Clerc, Hergé, Édouard Levé, Gérard Macé, Michèle Métail, Henri Michaux, Fiston Mwanza Mujila, Valère Novarina, Georges Perec, Marc-Antoine K. Phaneuf, Christian Prigent, Nathalie Quintane, Pierre Senges, Daniel Spoerri, Christophe Tarkos, Jules Verne et - comme l'écrivait Charles Baudelaire - à bien d'autres encore.
     

  • Après les années fastes, de la Révolution tranquille jusqu'à l'échec du second référendum sur la souveraineté, une nouvelle modernité a tenté de s'imposer au Québec. En passant des préoccupations nationales à la focalisation sur l'individualité, la fiction québécoise s'est ouverte à de nouveaux horizons. De nouveaux auteurs sont nés et de jeunes maisons d'édition ont été créées pour les faire connaître. Il était temps que la critique se penche de façon réfléchie sur ce phénomène de renouveau. C'est dans cette optique que les auteurs de Que devient la littérature québécoise ? se sont réunis pour dresser un portrait complet et systématique de cette nouvelle réalité. Avec des textes de : Marc Arino, René Audet, David Bélanger, Mathieu Bélisle, Stefania Cubeddu-Proux, Jean-François Chassay, Robert Dion, Lise Gauvin, Louis-Daniel Godin-Ouimet, Marie-Pascale Huglo, Petr Kylousek, Vincent Lambert, Carmen Mata Barreiro, Ursula Mathis-Moser, Andrée Mercier, Élisabeth Nardout-Lafarge, Anne Martine Parent, Céline Philippe et Myriam Suchet.

  • Dramaturge et romancier québécois de renom, Michel Tremblay est aussi un traducteur chevronné. Depuis 1969, il a traduit et adapté plus de quarante pièces de théâtre d'origine et de style très variés. Bien que méconnu, ce corpus occupe une place considérable dans son oeuvre. Pratiquée en parallèle de son parcours d'écrivain, la traduction s'inscrit de plain-pied dans son activité créatrice et la prolonge à bien des égards. Couvrant près de cinq décennies, le corpus étudié ici permet de suivre dans une perspective à la fois biographique et historique le cheminement de Tremblay, auteur et traducteur oeuvrant dans un contexte socioculturel en constante évolution.

  • Malgré sa brève existence (1963-1968), la revue Parti pris a joué un rôle de tout premier plan dans le façonnement du Québec moderne en entérinant le passage d'une identité canadienne-française fondée sur l'héritage catholique à une identité québécoise tournée résolument vers l'avenir, politique et culturel, dont elle s'était fait le porte-parole.



    Cinquante ans après la disparition prématurée de Parti pris, les textes réunis dans ce volume réexaminent à la lumière de l'histoire - idéologique, sociologique, culturelle et littéraire - les rapports complexes que les animateurs de la revue ont entretenus avec leurs précurseurs et leurs contemporains, tout en interrogeant le legs qu'ils ont laissé en partage aux lecteurs d'aujourd'hui. Ce qui ressort en dernière analyse, c'est l'audace dont ont fait preuve les jeunes partipristes dans leur aventure intellectuelle.



    « Avec ou sans Parti pris », parce qu'une revue ainsi nommée ne pouvait laisser personne indifférent, ce qui étonne encore - et détonne - dans un monde où l'indifférence est devenue monnaie courante et valeur d'échange.

  • Dans la poésie québécoise des années 1970 et 1980, aucune oeuvre ne semble à priori aussi différente que celles de Michel Beaulieu et Juan Garcia. Pourtant, toutes deux ont en commun une habitation du monde reposant sur l'expérience corporelle. Le corps, parce qu'il est vécu comme impossible à totaliser, constitue une source originale de connaissance pouvant ouvrir le sujet à un renouvellement existentiel. Ce rapport singulier au sens permet d'avancer que la quête du sens par le corps, chez Beaulieu comme chez Garcia, correspond à une quête moderne du sacré.

    Afin de lire cette quête particulière, une critique d'accompagnement sera ici pratiquée. Ainsi la théorie -mot dérivé du grec theôros, qui traduit la position de celui qui observe- ne sera entendue que comme un moyen de mieux lire l'expérience sensible présentée dans ces deux oeuvres poétiques. Cet ancrage théorique particulier exige d'avoir recours à différentes approches disciplinaires. Pour Beaulieu, la théorie anthropologique des déplacements du sacré dans la société moderne et le concept de liminarité, développé par Victor W. Turner à la suite d'Arnold Van Gennep, contribueront à déplier la quête de sens du sujet. En ce qui concerne Garcia, la lecture s'appuiera également sur l'anthropologie religieuse, mais aussi sur l'alchimie sotériologique, ce qui permettra d'établir indirectement un pont entre les études du phénomène mystique et l'astrophysique. En conséquence, l'enjeu de cet ouvrage consiste à trouver un seuil critique entre ces disciplines différentes, là où s'établirait ce que Merleau-Ponty nomme « une vérité dans la situation » : une (parmi d'autres il est vrai) écoute respectueuse des oeuvres poétiques de Michel Beaulieu et de Juan Garcia.

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