Éditions Nota bene

  • Désormais, les corridors moisis s'emplissent d'échos, les lumières vacillent le long des balustrades et les passions commencent à butiner dans les alvéoles ankylosés du temple. On entend des pleurs. Mais sous le plafond ombrageux, il y a aussi d'étranges rires. Et des rêves. Et de la barbarie. Quelque part, quelque chose vient de se briser. Quelque chose de lourd et de fragile, un globe de verre peut-être ; et une autre présence, libre, clandestine, remplit maintenant l'atmosphère. Le charme maléfique est rompu. C'est une insurrection. Une guerre des mondes. Sans le moindre bruit, une vague ultra-terrestre envahit la forteresse de pierre, monte à l'assaut des escaliers glacés et, chargée d'une intarissable moquerie, se précipite vers d'autres ouvertures béantes, vers d'autres déserts de solitude, tel un nuage inquiétant, magnifique, incontestable, uniquement soucieux de faire trembler la chair et de restituer au pouls les battements d'une vie nouvelle.

    Un excellent essai sur la pensée et sur la littérature.

    Filippo Palumbo est l'auteur de Saga gnostica : Hubert Aquin et le patriote errant (2012). Il enseigne la philosophie au Cégep Édouard-Montpetit à Longueuil.

  • Le lecteur trouvera dans Le jardin parle - ou retrouvera, si d'aventure les carnets de Jean-Pierre Issenhuth lui sont familiers - les principaux thèmes qui composent l'imaginaire de ce dernier : le jardinage, la nature, le bricolage, l'éducation, la lecture, la débrouillardise, l'essor spirituel au coeur de la vie active, l'harmonie... L'éventail des textes réunis ici est large, passant de la lettre au poème, de la nouvelle à la note. On y retrouve cependant à l'oeuvre une même économie, celle de la brièveté. Elle procède d'un rapport prudent au langage, mais donne avant tout à l'intelligence de l'écrivain un véhicule rapide, efficace, propice aux traits d'ironie punissant la bêtise, de même qu'aux éclairs de la surprise ou aux embellies de la plénitude. En bon essayiste, l'auteur, léger comme l'abeille, fait butin de tout et de rien. Il mène ses explorations à contretemps, c'est-à-dire à bonne distance de l'actualité où toute capacité de présence se dilapide. Car en fin de compte, c'est de cela qu'il est question : savoir habiter le monde. Se révèle ainsi, en filigrane de ce livre comme partout ailleurs chez Issenhuth, une aspiration morale mise en lumière par une constante attention à « la conduite de la vie ».

  • L'essai littéraire, c'est bien sûr une manière d'écrire, mais aussi de voir et d'être, une présence au monde accrue, subtile et ambiguë, qui convoque les savoirs pour les révoquer immédiatement au nom de l'expérience. L'essai littéraire s'écrit comme pour son fondateur, Montaigne, dans un espace fermé, une chambre à soi, ici une chambre claire, où l'amitié des voix permet de révéler, au sens quasi photographique du terme, la présence des autres au sein de la solitude.

    Les textes rassemblés dans ce livre interrogent l'art de l'essai et témoignent de façons de lire et de différentes manières d'être et de se tenir devant la pensée, la création et le savoir. En s'emparant de ce qui se joue dans l'essai, ils offrent à lire et à entendre des voix singulières, libres, résistantes et ouvrent ainsi de nouveaux espaces habitables pour la recherche-création.

  • Le roman est aujourd'hui le seul genre à témoigner d'une certaine présence de la littérature. En général, quand un essai est commenté, c'est en tant que discours idéologique; si on s'intéresse aux cahiers et carnets, c'est pour mieux connaître leur auteur; quand la poésie circule au-delà de son cercle restreint, c'est qu'elle est devenue chanson. La nouvelle ou le récit profitent à l'occasion de leur parenté avec le roman, mais la littérature non narrative n'est jamais à l'avant-plan.
    Or, considérer l'arrière-plan permet de voir autrement la littérature - et le roman lui-même quand il est littéraire.

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