Albin Michel

  • En prenant à son compte la distinction que proposaient les stoïciens entre le discours sur la philosophie et la philosophie elle-même, Pierre Hadot a toujours placé au centre de ses préoccupations la philosophie en la concevant comme une métamorphose totale de la manière de voir le monde et d'être en lui. En s'interrogeant notamment sur les « expériences de pensée » dans l'Antiquité, sur la figure de Socrate, sur la lecture que Michelet fait de Marc Aurèle, il montre de manière lumineuse que les Anciens concevaient la philosophie comme un mode de vie, comme un effort concret de transformation de soi par la méditation, comme un exercice spirituel de chaque instant vers la sagesse. Réédition du grand classique épuisé de Pierre Hadot, véritable « livre culte », augmentée de la Leçon inaugurale au Collège de France et de divers articles, eux aussi introuvables, publiés dans des revues confidentielles.

  • Quitter le devant de la scène, celle où s'affrontent les personnages principaux de l'Histoire, pour rejoindre la société et ses aspirations ; confronter le système des grandes idées (bolchevisme, communisme, etc.) aux comportements des hommes vivants (ouvriers, paysans, soldats), dont les projets rencontrent ou contredisent ceux des partis et des organisations : ces déplacements dans l'analyse caractérisent la magistrale synthèse de Marc Ferro. Ni fruit d'une nécessité historique, ni accident dû à la guerre et la défaite, la Révolution d'Octobre redevient un événement qui s'intègre à une histoire de longue durée, ouvrant un cycle qui, après quatre-vingts ans, n'est toujours pas clos. Comprendre la naissance et la nature de la société soviétique ainsi que son évolution reste un des enjeux majeurs de notre temps.

  • Au mythe de la « Renaissance » et aux débats qui s´y attachent, à la figuration célébrée d´un présent fécondé par une restitution des sagesses de l´Antiquité, à l´imaginaire humaniste d´un recommencement, Élisabeth Crouzet-Pavan préfère substituer l´horizon des Renaissances italiennes.

  • En 1934 paraissait La pensée chinoise qui, à l'instar de La civilisation chinoise, publié cinq ans auparavant, s'imposa très vite comme l'un des ouvrages sinologiques français les plus célèbres du XXe siècle.Consacré aux systèmes de pensée, aux catégories fondamentales - espace, temps, nombres - et aux disciplines qui s'y rapportent - astronomie, philosophie, mathématiques -, ce texte éclaire l'ensemble des caractéristiques de la pensée chinoise, dans son originalité la plus significative. La réédition de ce grand classique confirme la place importante qui est encore aujourd'hui celle de Marcel Granet (1884-1940) dans le domaine des sciences sociales.Par son caractère novateur, son oeuvre s'inscrit non seulement en rupture avec l'érudition traditionnelle, mais dépasse largement le champ de la sinologie, donnant au structuralisme certains de ses fondements et inaugurant ce que l'on appellera l'anthropologie historique.La préface de Léon Vandermeersch, directeur d'études à l'E.P.H.E. et éminent sinologue, met en lumière l'importance fondamentale et la portée théorique du projet de Marcel Granet.

  • La Civilisation chinoise, paru en 1929, est l'un des ouvrages sinologiques français les plus célèbres du XXe siècle. Marcel Granet (1884-1940) avait su s'imprégner si intimement de l'esprit des institutions et des moeurs privées de la Chine ancienne qu'il la rendit accessible à plusieurs générations.Outre qu'elle rend à nouveau disponible un classique des études chinoises, cette réédition, grâce au travail de Rémi Mathieu, chercheur au CNRS et spécialiste de la Chine ancienne, établit la genèse de l'oeuvre de Marcel Granet et, à travers l'analyse de sa réception par la critique, en dresse le bilan historiographique.

  • Héritier et critique de Durkheim, Maurice Halbwachs (1877-1945) fut le véritable initiateur et théoricien de la sociologie de la mémoire. Parue pour la première fois en 1925, son étude des Cadres sociaux de la mémoire a profondément influencé les historiens et les sociologues; elle retrouve toute son importance aujourd'hui que la question de la mémoire collective s'impose plus que jamais. La présente édition est accompagnée d'une postface de Gérard Namer, professeur de sociologie à l'université de Paris-VII et auteur d'un essai sur la pensée de Halbwachs (Mémoire et société, Paris, 1987), qui, grâce à une lecture des cahiers laissés par l'auteur, éclaire son oeuvre d'un jour nouveau.

  • Paru en 1975, ce livre qui connaît aujourd'hui une nouvelle édition, remise à jour et considérablement augmentée, a immédiatement été salué comme l'oeuvre majeure de son auteur et l'une des plus importantes contributions du XXe siècle à la compréhension du langage. Ouvrage ambitieux, puissant, érudit et subtil, Après Babel reste la première tentative d'un auteur européen - trilingue de naissance - pour sonder le mystère de la pluralité des voix intérieures.
    George Steiner, Fellow du Churchill Collège de Cambridge et professeur émérite de littérature comparée à l'Université de Genève, élabore avec cet ouvrage non seulement une théorie de la traduction, mais une véritable philosophie de la parole et de la signification. Sans jamais se limiter à l'horizon des sciences du langage, l'auteur des Antigones envisage l'histoire de la littérature occidentale d'Homère à Shakespeare, de Racine à Beckett, en cherchant les rapports intimes entre l'indicible et les possibilités d'expression qu'offre, en particulier, la métaphore. Si la dispersion de Babel n'est pas vraiment une malédiction, c'est que la diversité des langues continue de témoigner de la liberté de l'homme devant le monde.

  • Lorsque, à la fin de sa vie, Louis Bréhier (1868-1951) fit entrer Byzance dans la prestigieuse collection de L'Évolution de l'Humanité en publiant Le Monde byzantin en trois volumes, Vie et mort de Byzance, Les Institutions du monde byzantin, La Civilisation byzantine, il achevait par une ample synthèse une oeuvre d'historien que l'on découvre encore avec admiration. Vie et mort de Byzance, premier volume de cette trilogie, malgré les retouches de détail que suggèrent les découvertes ou mises au point postérieures, reste un modèle du genre, d'abord parce qu'il est écrit dans un style transparent, ensuite parce qu'il sélectionne les faits pour leur signification, mais les raconte dans leur foisonnement, au plus près de sources scrupuleusement notées, et presque dans leur langage.

  • Le xiiie siècle italien est un long siècle mal connu qui, par sa densité historique, ne le cède pourtant en rien aux " gloires " ultérieures de la " renaissance ".
    Un formidable mouvement paraît en effet l'animer, plus vif, plus net à mesure que le temps avance. dante et giotto sont les figures symboliques de ce grand remuement au rythme duquel une autre italie surgit. tout bouge, tout change : les hommes, les paysages, les rues et les places comme les cultures de la colline, les pratiques du politique ou les techniques économiques et artistiques. elisabeth crouzet-pavan s'attache ici à retracer l'histoire de cette capacité de création qui fut peut-être, alors que la violence envahissait implacablement les cités, les déchirait, alors que le sang coulait et que les factions s'affrontaient avec constance et âpreté, un art de continuer à penser la vie sous " le cours du ciel et de la lune ".
    Une vie entre enfers et paradis.

  • Torcello, aujourd'hui, est un îlot quasi déserté au nord de la lagune de Venise, une cathédrale, un baptistère, une église et un décor de mosaïques célèbres. Torcello, hier, fut une communauté humaine nombreuse, un paysage de campaniles et de petites maisons, un horizon de vignes, de jardins, de bois... élisabeth Crouzet-Pavan part à la recherche de ce monde perdu, oublié et abandonné dans les derniers siècles du Moyen âge, à l'époque même où Venise imposait son image providentielle de beauté, de puissance et de richesse. Ce livre est donc l'histoire d'une mort lente, à laquelle se seraient résignés ceux qui la subirent au rythme du flux et du reflux des marées, en se laissant glisser sans drame vers l'irrémédiable. Cette sortie de l'histoire est aussi assumée par Venise, comme si la disparition de Torcello pouvait permettre à la Sérénissime de conjurer la conscience de sa fragilité, ses fantasmes de déclin, ses angoisses d'engloutissement. Torcello meurt, et Venise demeure seule au milieu des eaux de la lagune, dominante et triomphante. En exhumant l'obscur destin de Torcello, cet ouvrage met en lumière une dimension capitale, et méconnue, de la création vénitienne.

  • En 1958 était publié, sous la signature conjointe de Lucien Febvre et Henri-Jean Martin, L'apparition du livre. Ecrit par Henri-Jean Martin sous l'inspiration de Lucien Febvre, cet ouvrage va devenir très vite un classique et provoquer une véritable révolution. Pour la première fois, la naissance et la diffusion du livre étaient analysées dans toutes leurs dimensions : intellectuelle, culturelle, économique, sociale, esthétique. Les hommes, les ateliers typographiques, l'invention des caractères, l'édition des textes, la mise en pages, tous ces points se voyaient éclairés à travers une grande histoire sociale. Ce fut l'acte de naissance d'un nouveau regard historique sur le livre qui n'a cessé depuis de se renouveler. Frédéric Barbier, directeur d'études à l'E.P.H.E., assure la postface de cette réédition qui vise à comprendre le travail commun de Lucien Febvre et Henri-Jean Martin et à montrer l'extraordinaire fécondité de leur ouvrage.

  • Faire l'histoire de Venise, c'est retracer l'aventure unique d'une communauté humaine redoutée et conquérante, toujours âpre et dure, parfois haïe et combattue pour ses violen-ces et son orgueil.Elisabeth Crouzet-Pavan s'attache dans cet ouvrage à expliquer comment, en maîtrisant des espaces proches aussi bien que lointains, en cultivant le mythe d'une élection divine, Venise a pu devenir le centre d'un monde.Aux temps obscurs et précaires, la ville surgit lentement, au milieu d'une eau saumâtre, protectrice comme une muraille.Cette ville, par un effort de tous les jours, les hommes ne cessèrent de la construire et de la reconstruire, de l'embellir et de l'orner, de l'aménager et de la préserver, jusqu'à en faire une image de gloire. Sur tous les théâtres de son histoire, Venise triomphante est alors regardée : l'empire maritime et la Terre Ferme qu'elle contrôle et exploite ; le port, le marché et les ateliers où s'affaire une humanité cosmopolite ; les lieux de pouvoir où les élites façonnent l'ordre et la grandeur de la République ; les maisons, les cours, les ruelles où vivent et meurent hommes et femmes.Ainsi naît Venise, au croisement de l'imaginaire et de l'histoire : imaginaire de fragilité suscitant un intense attachement à la vie et à la puissance, histoire d'une cité dont la longue geste, dans un conscient défi au temps, est demeurée inscrite dans un dernier espace de palais et d'églises...

  • Grand classique de l'histoire de l'anthropologie française du XVIIIe siècle, l'ouvrage de Michèle Duchet, professeur à l'ENS de Fontenay, a paru pour la première fois en 1971.
    En analysant les pensées sur l'homme de Buffon, Voltaire, Rousseau et Diderot, Michèle Duchet y définissait la nature de ce nouveau savoir encore profondément marqué par la philosophie. La postface de cette nouvelle édition, signée par l'historien de l'anthropologie Claude Blanckaert, nous rappelle le contexte intellectuel de cette publication et son importance dans les vifs débats de ces trente dernières années autour de la question de l'homme.
    Entre anthropologie structurale et " mort de l'homme ", Michèle Duchet aura plaidé pour un humanisme pratique.

  • Née paysanne en 1762 dans l’Ardenne belge, Théroigne est l’une des plus belles figures de la Révolution : demi-mondaine entretenue par un marquis jaloux à la veille de l’ouverture des États- Généraux, elle se construit, à la faveur du combat pour la liberté, une identité nouvelle, ouvre un salon à Paris et fonde une société patriotique. La presse royaliste fait d’elle alors une libertine sadienne, que l’on accuse d’espionnage. En 1792, au sommet de sa gloire, elle réclame la levée de "bataillons d’amazones" pour combattre les monarchies aux frontières. En pleine Terreur, le délire s’empare d’elle : la folie la sauvera de la guillotine. Internée jusqu’à sa mort en 1817, elle deviendra pour la médecine un grand cas de mélancolie, tandis que Baudelaire, Michelet et plus tard Sarah Bernhardt chanteront sa légende.Cette première grande biographie critique de l’une des pionnières du féminisme, fondée sur des sources inédites, fut l’un des succès des commémorations du Bicentenaire de la Révolution française.Nouvelle édition, avec une préface et une postface inédites.

  • Science ou non ? Comme les autres ou pas ? La sociologie ne peut répondre à cette question en son nom seul. La comparaison entre des configurations historiques, toujours singulières, qui fait le ressort du raisonnement sociologique et garantit ainsi la pertinence descriptive des concepts typologiques utilisés dans toutes les sciences sociales, n'a jamais pu engendrer la « science expérimentale des faits sociaux » qu'avait espérée Durkheim. Dans ce livre fondateur, publié pour la première fois en 1991, Jean-Claude Passeron montre que « l'espace logique » dans lequel la sociologie articule ses constats empiriques et ses argumentations reste irréductible, même quand elle recourt à des méthodes quantitatives ou à la formalisation, à celui de la « falsifiabilité » décrit par Popper.


    Directeur d´études à l´EHESS, Jean-Claude Passeron est l´un des grands spécialistes français de la sociologie de l´éducation, de l´art et de la culture. Auteur, avec Pierre Bourdieu d´ouvrages de référence comme Les Héritiers (1964) et La Reproduction (1971), il est revenu, après 1980, sur l´épistémologie de la preuve dans les sciences historiques.

  • Le XVIIe siècle est le siècle de saint Augustin. Cette formule énoncée par Jean Dagens en 1951 s'est trouvée largement confirmée, notamment avec la parution de Pascal et saint Augustin en 1970. Longtemps on a cru que l'auteur des Pensées, ignorant en théologie, n'avait été que le "secrétaire de Port-Royal". S'efforçant d'adopter l'esprit même de Pascal pour lire saint Augustin, Philippe Sellier, professeur de littérature française à la Sorbonne, a montré l'originalité théologique de l'auteur des Provinciales. Depuis lors, il est impossible de sous-estimer le Pascal théologien, de négliger la manière dont il a repensé l'héritage augustinien et de méconnaître combien il a contribué à transmettre une vision du monde et un certain christianisme qui dominèrent l'Eglise latine pendant près d'un millénaire et demi et marquèrent d'innombrables oeuvres littéraires jusqu'à celles de Baudelaire, Mauriac ou Julien Green.

  • Le sous-titre importe ici plus que le titre : ce livre n'est pas, en effet, une présentation, après tant d'autres, du XVIe siècle français ; c'est une tentative plus originale pour définir dans ses éléments dominants une histoire des mentalités collectives. L'expérience est faite ici au niveau de la première modernité française : il s'agit de faire revivre le plus exactement, et aussi pleinement qu'il se peut, les Français qui ont vécu "de Colomb à Galilée, de la découverte de la Terre à celle du Ciel" (Michelet). La hardiesse de l'entreprise - qui légitime le mot Essai - se découvre à la simple évocation de son sommaire : des conditions alimentaires de l'existence jusqu'à la mystique et même à la vogue du suicide, tous les comportements humains sont ici passés en revue... Le livre se divise en trois parties : les mesures physiques et psychiques des individus ; les milieux sociaux et leurs enchaînements de solidarités inégalement solides, inégalement efficaces ; enfin, les grands types d'activités humaines vus dans leurs déterminations psychologiques : métiers et divertissements, dépassements - arts, sciences, religions -, évasions, aux formes les plus étranges... En son fond même, cet ouvrage est à la fois un bilan et un programme : état de la question, dans ce domaine de la psychologie collective, trop oublié des historiens, et, en même temps, un plan de recherches à poursuivre, pour aider ce secteur historique à combler son retard par rapport aux secteurs politique et économique, aujourd'hui en plein épanouissement. Par ce double caractère, cet Essai de psychologie historique est bien dans l'esprit de la collection "L'Évolution de l'Humanité".

  • Dès sa naissance, la raison d'Etat eut à voir avec la censure ; la congrégation de l'Index était chargée d'établir la liste des livres prohibés. Bien que celle-ci ait interdit en 1596 la publication et la lecture de tout livre sur ce sujet, on vit alors se multiplier les ouvrages révélant au public les secrets du pouvoir, que ce soit pour en faire la théorie, en justifier ou en critiquer les pratiques. Naquit alors un genre littéraire, dont les auteurs pouvaient être des gouvernants, comme Richelieu, des opposants, comme Machiavel, voire à la fois des familiers du pouvoir et des opposants, comme Gabriel Naudé. Travaillant l'ambigüité d'une notion à la fois interdite et proclamée, le livre de Laurie Catteeuw cherche dans le lien qui unit raison d'Etat et censure l'une des raisons d'être de la politique moderne.Son enquête, partant d'oeuvres emblématiques, comme celle de Machiavel, condamnée dès le premier Index, met en lumière la construction de la notion dans l'Europe moderne. Née de la mise en cause de la raison d'Église, durant les guerres de Religion et de l'affirmation de l'autorité politique, la raison d'État se révèle sur la place publique une notion aux visages multiples et aux définitions volontiers contradictoires. L'une d'elles définie en référence au modèle du census romain, intègre au dénombrement des citoyens le contrôle de leurs moeurs ; une autre renvoie à l'exercice d'un jugement critique en matière politique ; la dernière, censure d'Église ou censure d'État, alors en voie de formation, vise la condamnation de certains ouvrages, et l'exercice d'un contrôle officiel des publications.Par son ambigüité et la variété de ses applications, la raison d'État fut un puissant outil dans le processus de constitution d'une opinion publique. L'enquête de Laurie Catteeuw va à l'encontre des idées reçues et montre que la raison d'État ne fut pas seulement l'instrument du pouvoir absolu ; à sa naissance participèrent aussi les opposants à ses pouvoirs, libertins et auteurs de libelles diffamatoires.

  • Au XIVe et au XVe siècle, les images de la mort et les pratiques rituelles se transforment ; le macabre tourne à l’obsession, les suffrages pour les défunts se multiplient. Cette « crise mélancolique » relève moins de l’expérience traumatisante de la peste que de la découverte d’une solitude nouvelle, ou si l’on veut d’un nouveau rapport au temps, à l’autorité, au monde. L’incertitude où chacun se trouve sur la durée des peines à subir en Purgatoire explique peut-être cette multiplication des dons et des prières et l’étrange comptabilité à laquelle se livrent alors de nombreux fidèles, encouragés par l’Église qui prétend contrôler toute l’économie des relations entre ici-bas et au-delà.S’ils apportent un éclairage nouveau sur l’histoire de la mort, les milliers de testaments étudiés par Jacques Chiffoleau, dans ce livre aujourd’hui classique, font apparaître surtout des mutations religieuses et culturelles essentielles, où le désenchantement mais aussi l’invention ont toute leur place, quand la Renaissance ne succède pas à l’automne du Moyen Âge, mais lui est, en quelque sorte, consubstantielle. Directeur d’études à l’EHESS, Jacques Chiffoleau est spécialiste de l’histoire du christianisme, du droit et des institutions au Moyen Âge.

  • En 1946, un professeur de philosophie de l'université de Gand jetait les bases de ce qu'on appellera plus tard l'histoire des sensibilités esthétiques. Se consacrant au Moyen Age, de Boèce aux grandes sommes théologiques du XIIIe siècle, Edgar De Bruyne a cherché, en exposant les diverses doctrines du Beau, à entrer dans l'âme et l'esprit de ces créations intellectuelles, elles-mêmes oeuvres de beauté.Profondément novatrice, cette synthèse unique dresse le portrait d'une civilisation médiévale qui fait du monde un chant à la gloire du « Beau Dieu ».Cette réédition, pour la première fois, réunit les Études et un texte postérieur : L'Esthétique du Moyen Âge. Elle est accompagnée d'une préface de Maurice de Gandillac, professeur émérite des universités, et d'une postface de Michel Lemoine, médiéviste et membre du CNRS, qui analyse l'originalité et la fortune de ce superbe ouvrage.

  • Au XVIIe siècle, le renforcement de l'Etat, bouleversant les anciennes structures mentales, donne au développement de la pensée politique un caractère dramatique. L'idée autour de laquelle se cristallise l'inquiétude de l'époque est celle de la raison d'Etat. Idée directrice du gouvernement de Richelieu, la raison d'Etat, derrière laquelle se profile le fantôme de Machiavel, est au centre des débats idéologiques du temps. Quelle place tenait cette notion dans la pensée politique du XVIIe siècle, comment s'est-elle définie, quelles réactions a-t-elle suscitées ?
    En s'attachant à comprendre ce que les contemporains de Richelieu pensaient du pouvoir, comment ils réagirent face à cette nouvelle notion de raison d'Etat - tantôt "idole", tantôt "scandale du siècle" -, Etienne Thuau, dans cette très riche étude, nous permet de mieux comprendre l'homme du XVIIe siècle.

  • Pourquoi, bravant hostilité et dangers, Galilée s'engagea-t-il dès 1610 dans un combat passionné en faveur du système copernicien ? Pour comprendre les raisons de ce soutien à Copernic, la seule voie est celle des textes dans lesquels, de 1610 à 1616, Galilée développa toutes les raisons de préférer définitivement l'héliocentrisme au géocentrisme. C'est ce dossier que Maurice Clavelin, avec beaucoup de science, s'est attaché à instruire. Nous découvrons ainsi les textes essentiels, en traduction nouvelle, par lesquels Galilée espéra neutraliser la pseudo-incompatibilité entre l'héliocentrisme et tel ou tel passage de l'Ancien Testament, ainsi que les principales pièces de l'instruction menée par le Saint-Office en 1615 et 1616.

  • Dans les années soixante, consacrer une étude au rôle déterminant de Diderot dans l'élaboration et l'accomplissement de l'Encyclopédie semblait paradoxal. Il était entendu que l'ouvrage monumental fut pour l'auteur de Jacques le fataliste une tâche alimentaire qui le détourna de sa vraie vocation. Jacques Proust, éminent spécialiste du XVIIIe siècle, démontre de manière éclatante que l'Encyclopédie servit de laboratoire à Diderot pour son oeuvre littéraire, et de creuset où s'élabora sa pensée politique dont un chapitre inédit de cette réédition rappelle les sources. Ainsi voit-on se dessiner le portrait d'un Diderot politique soucieux de former des citoyens plus éclairés.

  • Dans les années 1950, l'empire colonial apparaissait comme l'un des principaux piliers de la puissance française. Or, dans la décennie qui suivit les indépendances, jamais la croissance du capitalisme français n'a été aussi vigoureuse. C'est ce constat qui mérite réflexion. A quoi, en fait, ont « servi » les colonies ? Ont-elles été une « bonne affaire » comme le pensait la majorité des Français au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, ou un boulet comme l'estimait la fraction la plus moderne du patronat et des responsables publics pour lesquels la décolonisation était non seulement inévitable mais nécessaire ? Au carrefour de l'histoire économique, politique et culturelle, cet ouvrage raconte en fait l'histoire d'un divorce entre une opinion progressivement gagnée à la conscience impériale et les implacables contraintes économiques.
    Nouvelle édition

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