Sciences humaines & sociales

  • Née dans une famille paysanne de Bourgogne, Anne-Marie Javouhey (1779-1851) est l'une des grandes figures d'un catholicisme intrépide forgé en pleine " déchristianisation " révolutionnaire.
    Elle choisit très tôt de se consacrer à Dieu et à l'enseignement des pauvres - particulièrement des femmes. Quittant la Côte-d'Or, non sans mésaventures, elle fonde en 1807 la première et la plus importante congrégation missionnaire féminine du xixe siècle : les Soeurs de Saint-Joseph de Cluny, toujours actives aujourd'hui.
    Un séjour en Afrique marque profondément la " sainte entreprise " à laquelle Anne-Marie consacre sa vie voyageuse et ses combats. Mais c'est en Guyane, au cours des années 1830, que le projet se concrétise, inspiré par les missions jésuites du Paraguay. Malgré le mépris et l'hostilité de la structure esclavagiste - qui multiplie embûches et vexations -, elle fonde le village de Mana, véritable monde à l'envers. Ici, le pouvoir ne revient à aucun homme blanc et propriétaire. Les cheffes y sont aussi pauvres que ceux qu'elles dirigent.
    Soutenue par une documentation largement inédite, voici l'histoire d'une femme d'exception dans un monde d'hommes. Anne-Marie Javouhey paya durement le prix de sa détermination. Sous ses apparences conformes au monde révolu de son enfance, son engagement dépassait alors les bornes de l'acceptable, sinon de l'imaginable.

  • " Ce qui est simple est toujours faux. Ce qui ne l'est pas est inutilisable ", disait Paul Valéry. Alors que les impôts font partie du quotidien des Français, la complexité du système fiscal et budgétaire empêche les citoyens comme les parlementaires de se prononcer utilement sur ces questions. L'impression de se perdre dans un labyrinthe confisque le consentement à l'impôt.
    La fabrique de l'impôt et de la dépense publique appartient pourtant aux citoyennes et citoyens. C'est à eux qu'il revient d'y consentir, d'en contrôler l'usage et de demander aux responsables publics de rendre compte de leur action. Devenu à 34 ans le nouveau rapporteur général du budget
    - le plus jeune à ce poste - Laurent Saint-Martin porte un regard neuf sur le travail parlementaire. Il entend permettre à chacun de comprendre l'élaboration du budget et se réapproprier le fonctionnement des finances publiques. Car l'impôt n'a de sens et d'efficacité que si le citoyen en comprend et en contrôle la " fabrique ". C'est le seul moyen pour que le consentement à l'impôt, essentiel à la vie civique, ne soit pas une simple formule de style.

  • La folie Fischer

    Christian Carisey

    Considéré par beaucoup comme le plus grand joueur d'échecs de tous les temps, Bobby Fischer fut, à l'image des temps de Guerre froide, hanté par les complots et le double jeu. Une aubaine pour le biographe et un bonheur pour le lecteur.
    Champion du monde d'échecs en 1972 contre Boris Spassky, Bobby Fischer est le premier Américain à avoir remis en cause la suprématie des joueurs soviétiques. Pourtant, des années plus tard, le héros national devient un véritable pestiféré au point de se réjouir publiquement des attaques du 11 septembre 2001 contre les tours du World Trade Center.
    La folie Fischer retrace le parcours d'un joueur en ces temps de Guerre froide où les échecs sont considérés comme un " sport " éminemment politique. De Che Guevara en 1964 à La Havane jusqu'à Slobodan Miloševi´c, en 1992, alors que la guerre de Serbie fait rage, c'est à qui réclamera la présence de Bobby Fischer.
    Quitte, pour celui-ci, à se placer en porte à faux contre les États-Unis.
    La folie Fischer est aussi le récit d'une descente aux enfers. Persuadé qu'on le bombarde d'ondes magnétiques, le champion déchu fuit d'imaginaires complots du FBI, du KGB ou du Mossad. Il rejoint l'Église Universelle de Dieu en plein délire postapocalyptique. Proscrit, malade, il poursuit une partie sans fin. Mais qui est l'adversaire ? Et quelles sont les règles du jeu ?

  • " L'Angleterre, comme Carthage, sera détruite ! " Jean Hérold-Paquis (1912-1945), reste l'homme de la collaboration à outrance et d'une formule inlassablement reprise à Radio-Paris, l'anti Radio-Londres. L'histoire saisissante d'une voix grisée par son pouvoir.
    Se fondant sur des archives exceptionnelles - notamment celles de l'INA et du procès de 1945 - Yves Pourcher analyse la trajectoire d'un petit journaliste agité prêt à tout pour se hisser en haut de l'affiche. Localier magouilleur dans les journaux de Nancy, il devient polémiste politique à Paris. Jean Hérold découvre la radio et ses effets dévastateurs. Sa voie est tracée. Il sera le relais et l'amplificateur de tout ce qui râle et dénonce. D'abord soutien de l'Action française puis animateur du service français de Radio Saragosse, au micro des Franquistes.
    Après la défaite, Hérold-Paquis entre au service de Vichy où son zèle et son agressivité finissent par déranger. Le Maréchal est trop mou ? Hérold-Paquis rejoint les nazis, nouveaux maîtres de Radio-Paris. Après le débarquement, il fuit en Allemagne où il continue son métier de speaker enragé. Arrêté, il est jugé, condamné à mort et fusillé le 11 octobre 1945. À 33 ans.
    Cette histoire est aussi celle des années conquérantes de la radio, l'influenceur le plus puissant de la période 1930-1940. Yves Pourcher en restitue de manière très vivante la profusion, l'inventivité aussi bien que les ambiguïtés. De quoi faire réfléchir, à l'heure tout aussi vertigineuse des réseaux sociaux et des infox...

  • Légende de l'armée américaine, le général McChrystal a repensé la stratégie militaire des États-Unis contre Al-Qaïda. Sa réputation de " grande gueule " a fait oublier la qualité de sa réflexion. La voici, portée par un plaidoyer percutant pour une nouvelle organisation des équipes et de l'action. Bien au-delà de l'armée.
    " Il est important de préciser dès le départ ce que ce livre est, et ce qu'il n'est pas.
    Ce n'est pas un récit de guerre, bien que l'expérience de notre combat contre Al-Qaïda en soit la trame de fond. Au-delà des soldats, c'est aussi l'histoire d'hommes célèbres et d'autres moins, de papillons, de jardiniers et de champions d'échecs. Le lecteur croisera des crapauds gluants, des bêtes mythiques, des machines infernales et des écosystèmes particulièrement fragiles. Nous espérons aider le lecteur, à saisir les particularités de notre monde actuel et la manière de les appréhender au mieux. Nous défendons l'idée suivante : il faut reconsidérer la recherche de l'efficacité qui est actuellement la norme. L'efficacité reste importante, mais la capacité d'adaptation aux changements permanents et complexes est devenue un impératif. En nous appuyant sur notre expérience opérationnelle, associée à un tout un éventail d'exemples tirés du monde des affaires, des hôpitaux, des organisations non gouvernementales, mais aussi de sources plus improbables, nous présentons les symptômes du problème, ses causes profondes, et les méthodes que qui se sont avérées efficaces pour nous et pour d'autres personnes. Les lecteurs saisiront et mesureront le défi auquel ils font face et seront capables de cerner ce qui est pertinent pour eux. "
    Stanley McChrystal
    Fondé sur de nombreux exemples vivants, tirés de l'histoire, de l'économie mais aussi de sa propre expérience sur le terrain, Stanley McChrystal expose sa progressive mise au point d'une stratégie de commandement et d'organisation. L'action militaire - mais aussi celle de la politique, des affaires, des administrations, des hôpitaux... - doit se concevoir comme celle d'une " équipe d'équipes " (" team of teams ") et non pas comme une hiérarchie verticale, bridant l'initiative individuelle. Cet esprit d'équipe implique aussi une nouvelle façon de commander et de gouverner. Le chef doit cesser de s'imaginer en joueur d'échecs. Son modèle serait plutôt le jardinier.

  • Bouleversé par Blackstar, le dernier CD de David Bowie, un philosophe rouvre le dossier du dandysme. Faire de sa vie et de sa mort une oeuvre d'art. Tel est le secret d'une " sublime attitude "
    " Est sublime ce en comparaison de quoi tout le reste est petit ". Ainsi parla Emmanuel Kant, nous rappelle Daniel Salvatore Schiffer. Comprenons : depuis Socrate on estimait que le Beau pouvait se définir clairement, de façon précise et bien réglée. Il existait un Beau idéal, harmonieux, proportionnel, codifié. Voici qu'Emmanuel Kant (qui n'était pas un fantaisiste) nous dit autre chose. Il parle du " sublime ", de ce qui est placé " très haut ". Le sublime, c'est une force qui va, sans mesure. Le sublime, ce n'est pas forcément beau ; le sublime, c'est grand.
    Touché de plein fouet par l'album Blackstar (2016) de David Bowie, le philosophe Schiffer retrouve chez le rocker " glamourous " le traitement superbe et désinvolte de la mort qui hante sa propre réflexion. On parlait jadis d'une " belle mort ", acceptée, cadrée, respectant les règles. De Socrate jusqu'à David Bowie, Schiffer invite le lecteur à méditer autrement sur l'art de mourir. À la manière des dandys.
    Dandy suprême, Bowie fait de sa vie une oeuvre d'art, et, de sa personne, une oeuvre d'art vivante. Et sa mort fut une autre oeuvre d'art. Sublime, forcément sublime, eût dit Marguerite Duras. L'" informe " ou le " difforme " - le " laid " - peuvent acquérir en art, lorsqu'ils se voient " sublimés " par le génie de l'artiste, une valeur de transcendance.
    Unissant l'art et l'esthétique, le Traité de la mort sublime se situe aux confins de la philosophie, de la littérature (roman et poésie) et de l'art (esthétique). Généreux, foisonnant, Daniel Salvatore Schiffer célèbre - de manière paradoxale et réjouissante - un dandysme métaphysique. Son manifeste, nourri d'exemples, est aussi une anthologie, riche en découvertes. Outre les maîtres de la philosophie et de la littérature - de Platon à Levinas, de Baudelaire à Cocteau - on appréciera sa joyeuse incursion dans le domaine de l'art, y compris moderne et contemporain, à travers, notamment, Andy Warhol, Luchino Visconti, Leonard Cohen, Serge Gainsbourg, Bashung, Barbara...

  • Comment l'Europe a-t-elle vu l'Inde avant la colonisation britannique ? À travers une étonnante galerie de portraits, Sanjay Subrahmanyam invite à de surprenants voyages dans le temps et dans l'espace du XVI e au XVIII e siècle.
    Quand, au XVe siècle, les Portugais franchirent le cap de Bonne-Espérance pour aborder le sous-continent indien ils ne disposaient guère de témoignages directs sur ces immenses contrées connues depuis l'Antiquité mais essentiellement légendaires. Très vite les Anglais, les Hollandais, les Français les Italiens et les Allemands leur emboîtèrent le pas. Marchands, diplomates, missionnaires, militaires et savants : ils furent nombreux à tenter l'aventure. Dans cette étonnante suite de portraits, Sanjay Subrahmanyam montre que leurs points de vue sur l'Inde - ou les Indes - dépendent largement de leur nationalité et de leur profession, sans compter les traits de caractère personnels. Du XVIe siècle jusqu'à la veille du XIXe siècle et de la colonisation britannique c'est tout un savoir sur l'Inde qui se constitua mais aussi une certaine manière de penser... l'Europe et le christianisme !
    Enquêtant aussi bien dans les registres des diverses Compagnies des Indes, que dans les archives des jésuites, les mémoires, les correspondances diplomatiques ou les communications des sociétés savantes, le grand historien indien étudie comment le regard européen (histoire, géographie, politique, religion) fut orienté par les collections de manuscrits, de peintures et d'objets qui passèrent de l'Orient à l'Occident. Il montre une nouvelle fois combien il est difficile de parler d'une " rencontre " des cultures : l'objet " Inde " construit par les Européens a nourri leur réflexion sur le langage, la religion et le commerce plus qu'il ne leur en a appris sur l'Inde elle-même. La connaissance que l'on a de l'autre doit toujours être comprise en tenant compte du contexte et des circonstances de la rencontre.

  • La démocratie est-elle en crise ? Non, répond l'avocat Paul Le Fèvre : la crise est celle de la représentativité. Les élites et les élus seraient coupés du réel. Une solution : introduire le tirage au sort dans la vie politique.
    Les chiffres record de l'abstention et le mouvement des gilets jaunes témoignent d'un fossé toujours plus profond entre l'élite et le peuple, les gouvernants et les gouvernés. Qu'elle soit ou non légitime, cette crise de confiance peut ruiner la démocratie. Comment rétablir le lien entre les électeurs et les élus étant entendu que la démocratie directe, sans délégation de pouvoir, serait vouée à un échec dramatique.
    Avocat, familier des procès d'Assises, Paul Le Fèvre s'inspire de son expérience des jurys populaires. Instauré en 1791, le jury est choisi par tirage au sort suivant des procédures très strictes. Il a rempli très honorablement son office depuis plus de deux siècles : pacifier les rapports sociaux ou, au moins, canaliser leurs débordements. Ses décisions peuvent être imparfaites mais aucune décision judiciaire ne l'est, y compris celles rendues exclusivement par des magistrats.
    Pourquoi ne pas étendre le tirage au sort à la vie politique ?
    Selon Paul Le Fèvre, l'expérience des jurys populaires réfute les objections selon lesquelles les " gens " ne sauraient appréhender un domaine complexe qu'ils ne maîtrisent pas. Le fonctionnement des jurys montre aussi qu'il n'y nulle propension de ces mêmes " gens " à céder aux excès ou aux illusions de l'émotion populaire.
    L'introduction du tirage au sort comme mode de désignation des représentants du peuple aux côtés (et non à la place) du mode classique de l'élection contribuera à réconcilier deux mondes qui se servent depuis trop longtemps de boucs émissaires réciproques. Elus et gens ordinaires seront désormais tous à bord du même bateau et responsables ensemble de son cap.

  • La fin de l'Empire romain comme on ne l'avait jamais racontée. Alliant l'art de la fresque aux plus récents acquis de la recherche, Peter Heather adopte aussi bien le point de vue romain que celui des barbares. Décapant.
    De l'Écosse jusqu'à la Mésopotamie, de l'embouchure du Rhin jusqu'aux contreforts de l'Atlas, Rome a dominé durant près de cinq siècles un immense territoire. Le démembrement rapide de sa partie occidentale a d'autant plus frappé les esprits que l'empire a remporté jusqu'au bout des succès décisifs, notamment contre Attila en 451.
    Pour faire comprendre ce paradoxe, Peter Heather rouvre le dossier en déplaçant le point de vue. Brassant une superbe documentation avec un art consommé du récit, il s'intéresse autant à la vie culturelle, économique et politique de l'Empire qu'à celle des " barbares ". Ceux-ci, en effet, ne viennent pas de nulle part. Qu'il s'agisse des peuples germaniques ou, plus encore, des Huns, Peter Heather fait revivre de l'intérieur la logique des adversaires de Rome. Une logique qui, tout autant que celle des héritiers d'Auguste, façonnera le Moyen Âge européen. On découvre ici l'histoire de la fin de l'empire d'Occident autant que celle des débuts de l'Europe.
    On appréciera notamment les pages puissantes sur la constitution de l'autre empire rival : celui des Huns. L'auteur raconte la géopolitique d'Attila, la déstabilisation des empires d'Orient et d'Occident puis la victoire finale (mais trop tardive) d'Aetius, le dernier grand consul et stratège romain. On découvrira aussi de nombreux personnages que Heather fait revivre à partir d'archives peu connues: diplomates de Rome et de Byzance toujours sur les routes, généraux, chefs barbares, impératrices ambitieuses, poètes, philosophes, théologiens...
    Publiée en 2005, considérée comme un classique, cette " histoire nouvelle " est enfin traduite en français.

  • En moins de deux-cents ans (VII e-VIII e s.), les conquêtes arabes lancées par Mahomet créent un empire islamique dont la genèse reste aujourd'hui un fort enjeu mémoriel et symbolique. L'Anglais Robert Hoyland en propose une histoire nouvelle bousculant les idées reçues.
    Pour les chroniqueurs et théologiens arabes du Moyen Âge, l'expansion de l'islam des premières batailles du VIIe siècle jusqu'à l'islamisation et l'arabisation de ce vaste et prospère empire au VIIIe siècle est l'une des preuves de l'élection divine et de la perfection de la révélation faite à Mahomet, qui fut aussi un chef guerrier. En s'inscrivant " dans la voie de Dieu " (c'est le sens du mot jihad), les conquêtes arabes s'affirmaient comme un indépassable alliage politico-religieux. Pour les chrétiens d'Orient et d'Occident ce succès apparemment irrésistible passa pour un avertissement et un châtiment divin.
    Archéologue et parfait connaisseur des sources écrites, Robert G. Hoyland propose, sans esprit polémique, une approche historienne de ces deux siècles qui virent les empires perse et byzantins balayés par un bouleversement géopolitique toujours à vif en ce XXIe siècle. Dans la voie de Dieu présente ainsi les conquêtes arabes de Mahomet et de ses successeurs au regard des contemporains des événements (VIIe-VIIIe siècle) en dehors de la lecture providentielle privilégiée par les historiens musulmans du Moyen Âge et souvent reprise par de nombreux historiens modernes. Il invite à voir l'expansion arabe, non pas comme un mouvement religieux (ou essentiellement religieux) mais comme un phénomène social, économique et national. Ses pages finales sur les mécanismes et de l'arabisation de l'islamisation de peuples et de cultures très divers apportent un précieux éclairage aux crises que traversent aujourd'hui le Proche et le Moyen Orient.

  • Inventée vers 1900, la schizophrénie est devenue en cent ans la plus grande pourvoyeuse d'hospitalisations psychiatriques, la source de nombreux faits divers, une figure dominante de la culture cinématographique, un objet désormais récurrent d'intérêt médiatique.
    L'historien, Hervé Guillemain s'est plongé dans les dossiers de milliers de patients. Écrire l'histoire du point de vue des cliniciens n'aurait apporté rien de neuf. La schizophrénie, cette maladie du siècle, a déjà une histoire. C'est bien celle des schizophrènes et de leur prise en charge médicale, politique et sociale qu'il convenait d'écrire avant que cette appellation, considérée par de nombreux médecins comme fragile, inopérante et stigmatisante, disparaisse des classifications mondiales.
    Il en ressort que l'un des premiers buts de cette " nouvelle maladie ", née sur les beaux restes de la mélancolie, fut de prévenir l'essor des psychoses juvéniles. Plus généralement, ce sont aussi bien des domestiques en difficulté, des migrants confrontés à la crise que des jeunes adultes aspirant à l'émancipation qui formèrent, sous l'égide de la science et de la pratique médicale, un nouveau sous-ensemble de population reconnaissable à ses postures, ses gestes, la résistance aux thérapies et son inadaptation au nouveau modèle sélectionniste scolaire, militaire ou professionnel.
    Il en ressort aussi que des années 1900 aux années 1970 ces sujets considérés comme incurables ont été soumis à une double peine : la représentation socialement négative accolée à leur souffrance s'est doublée d'une intensification de leur traitement et d'une dégradation alarmante de leurs conditions de vie.
    Pourquoi et comment une nouvelle maladie mentale naît-elle, évolue-t-elle, meurt-elle ? C'est à cette question qu'Hervé Guillemain répond en écoutant la voix de ceux qui furent à la fois les sujets et l'objet d'un épisode phénoménal.

  • Rembrandt et les peintres hollandais furent influencés par l'art de cour moghol. Savaient-ils que ces artistes lointains avaient été eux-mêmes influencés, auparavant, par le naturalisme des Pays-Bas ? Analysant ces paradoxes, Sanjay Subrahmanyam présente les nombreux malentendus à partir desquels se développèrent les cultures croisées de l'Europe et de l'Asie du XVIe au XVIIIe siècle.
    Dans l'Inde du XVIe siècle des cours rivales s'affrontent. La tension culmine entre états musulmans et hindous. Au terme un jeu très élaboré d' " insultes " diplomatiques entre cours la guerre éclate et culmine avec une bataille décisive en janvier 1565. Tout cela nous est raconté au filtre de chroniqueurs, d'observateurs ou de poètes de toutes langues, du persan jusqu'au portugais. À chacun ses codes, à chacun ses symboles. Et l'on découvre à quel point chacun peine à traduire dans son système de valeurs celui de l'autre.
    À l'heure où l'Europe et l'Asie tissent des contacts toujours plus étroits, la rivalité commerciale et politique s'envenime également du fait des incompréhensions religieuses. Celles-ci ont aussi, très souvent, des enjeux de protocoles, d'apparences et de préséances. En témoigne le spectaculaire martyre d'un officier portugais en Malaisie occidentale en 1583.
    Dernier exemple de ces histoires connectées d'Eurasie : les influences réciproques entre peintres de la cour moghole et peintres du Siècle d'Or hollandais. Au gré de la diplomatie et du commerce, artistes, livres et images circulent au XVIIe siècle à travers un vaste territoire allant des Pays-Bas, de la péninsule ibérique et de l'Italie jusqu'à Delhi, Agra et le Deccan.
    Sanjay Subrahmanyam ouvre ici un large champ de réflexion sur l'Islam, la Contre-réforme, le catholicisme, le protestantisme et le monde " hindou ". Certains débats sur des sujets cruciaux de notre monde contemporain, comme la laïcité ou le cosmopolitisme, trouvent un éclairage subtil dans l'étude de ces conflits et interactions au début des temps modernes.

  • Le jeune géohistorien Vincent Capdepuy raconte les mondialisations en cinquante histoires et cinquante cartes. Des premiers contacts entre l'homme de Néandertal et Homo sapiens jusqu'à la mise en réseau de l'espace-temps par Wikipédia, voici une histoire ludique et inédite de la façon dont notre " orange bleue " est sillonée depuis les origines.
    Qu'il raconte la pérégrination en compagnie de l'ambassadeur Zhang Qian envoyé dans " les territoires de l'ouest " en 139 avant notre ère ; la réunion à Porto Alegre du premier Forum social mondial en 2001 ; les amours de la princesse Pocahontas et de John Smith au début du XVIIe siècle ; l'analyse en 1937 de la crise de l'économie mondiale par un universitaire nazi ; l'expédition du marin Vitus Béring, au service de Pierre le Grand, vers le détroit qui portera son nom..., Vincent Capdepuy installe une méthode passionnante.
    Ceci n'est pas " une histoire, mais un ouvroir d'histoires. " Ainsi Vincent Capdepuy présente-t-il son travail inspiré par Le château des destins croisés d'Italo Calvino et d'Au pas de l'oie d'Antonio Tabucchi. " Imaginez un damier de cinquante cases. Chaque case est une fenêtre sur le labyrinthe de la mise en Monde de l'humanité. Chaque case est une histoire à la croisée d'autres histoires. "
    Ce livre est donc constitué de 50 chapitres à la fin de chacun desquels le lecteur est appelé à choisir le chapitre suivant - à partir des propositions faites par l'auteur. Au gré de sa lecture, de sa réflexion et de ses envies.
    Bienvenue dans l'archipel planétaire.

  • Formé aux relations internationales dès ses débuts dans les Jeunesses communistes, Andreï Gratchev fait partie des " enfants du dégel ", ces Russes nés sous Staline dont l'adolescence et la jeunesse se déroulèrent lorsque Khrouchtchev relâcha la pression. Il raconte avec finesse, ironie et passion ces années où le besoin de modernisation bouillonnait sous la chape de la Guerre froide. C'est cette génération des " soixantistes " (ceux qui avaient 20 ans dans les années 1960) qui croit possible d'instaurer une démocratie sociale alors que la chape retombe sous Brejnev et que l'immobilisme des vieillards et de l'appareil rend indispensable un nouveau dégel.
    Tel sera le pari de Mikhaïl Gorbatchev dont Andreï Gratchev offre ici un portrait subtil et chaleureux. On suit à ses côtes les enthousiasmes et les drames de cette époque en Urss et dans le monde avec des scènes dignes d'un roman. Au-delà des faits, Andreï Gratchev poursuit son enquête intellectuelle : comment penser le monde alors que s'effondre l'affrontement des deux blocs ? Quelle alternative démocratique offrir au capitalisme sauvage qui s'accommode désormais parfaitement des régimes autoritaires postcommunistes et/ou nationalistes ?
    Concluant provisoirement sur l'actuelle crise ukrainienne, Andreï Gratchev ne perd pas de vue la nécessaire modernisation de la vie politique russe et l'impératif écologique. Quelles limites une nouvelle démocratie sociale pourrait-elle poser à la volonté de puissance d'une économie globale désormais sans freins et d'une montée des fondamentalismes ?
    Le ton de ce récit est toujours vif, avec une touche d'humour. Y couve la flamme jamais éteinte d'un grand idéal et d'un enthousiasme qu'aucun revers et aucune déception ne peut éteindre.

  • En 425 avant J.-C. Athènes, contre toute attente, emporte à Pylos (Péloponnèse) une victoire décisive sur Sparte. Celle-ci devient, chez les Athéniens, l'enjeu d'un débat sur la démocratie et l'impérialisme. Au bénéfice d'un nouveau venu en politique : le démagogue. Le long affrontement d'Athènes et de Sparte est la toile de fond sur laquelle se déroule le Ve siècle, devenu pour nous le sommet de la Grèce classique, avec les figures de Périclès et de Socrate.En 425 avant J.-C., Athènes, contre toute attente, emporte à Pylos (Péloponnèse) une victoire décisive sur Sparte. Cette bataille devient, chez les Athéniens, l'enjeu d'un débat sur la démocratie et l'impérialisme. Au bénéfice d'un personnage perturbateur de la politique athénienne : le démagogue Cléon. C'est cette bataille que Philippe Lafargue fait d'abord revivre : débarquement naval, armements lourds, armements légers, tactiques, usages du relief... Chacun de ces détails renvoie aussi à des réalités politiques et à des affrontements idéologiques. On comprend alors mieux ce qui se joue chez tous ceux qui ont vécu et commenté l'exceptionnel événement, à commencer par l'Athénien Thucydide. Acteur malheureux des affrontements sans cesse repris entre les deux cités, et finalement remportés par Sparte en 404, il s'en fera l'historien avec La guerre du Péloponnèse, livre fondateur de la science historique. La personnalité de Cléon hante non seulement les écrits de Thucydide mais aussi ceux de Platon, d'Aristote, d'Aristophane et de bien d'autres. Plus largement, La bataille de Pylos montre comment aujourd'hui encore l'écriture de l'histoire est indissociable de la politique et de la réflexion sur la démocratie.

  • La Troisième guerre n'aura pas lieu. Est-ce si sûr ? Andreï Gratchev, ancien conseiller de Mikhaïl Gorbatchev, analyse la nouvelle donne entre la Russie et l'Occident, de Staline à Poutine. Deux empires incertains dans un monde en ébullition.
    La guerre est morte ! Vive la guerre ?... La fin de la Guerre froide et la disparition de l'URSS ont laissé croire que les États-Unis - et ce qu'on appelle encore l'Occident - l'avaient emporté. Pourtant, comme le montre Andreï Gratchev, une guerre mal gagnée, sans sortie honorable pour le vaincu, risque toujours de se rallumer. La résistible ascension de Vladimir Poutine s'inscrit dans un monde très différent de celui de la fin du XXe siècle. La puissance chinoise redessine les fronts de tension en Asie tandis que l'Iran revient sur scène en Orient. Les conflits se multiplient jusqu'aux lisières de l'Europe, notamment en Syrie et en Ukraine. Et voici qu'après les incertitudes de Barak Obama s'affirment les certitudes désordonnées et changeantes de Donald Trump.
    Avec l'art de la synthèse qu'on lui connaît, Andreï Gratchev remet en perspective la nouvelle donne des relations internationales. De Yalta jusqu'à aujourd'hui, on redécouvre des tendances de fond et des lignes de force maquillées ou voilées par les idéologies successives. À l'heure où le national-populisme se réveille aux États-Unis, en Europe et en Russie, la scène s'est élargie : il ne s'agit plus d'un choc Est-Ouest mais d'un affrontement multipolaire dans lequel s'affirment de nouveaux acteurs. Le centre de gravité bouge. " Si la leçon globale du XXe siècle ne sert pas de vaccin, l'immense ouragan pourrait bien se renouveler dans sa totalité. ", écrivait Alexandre Soljenitsyne...

  • Né à New Delhi en 1961 dans une famille de hauts fonctionnaires et d'intellectuels - son père fut un spécialiste influent des affaires de stratégie et de défense - Sanjay Subrahmanyam y a reçu sa formation universitaire, enseignant tout d'abord l'économie avant de se faire connaître par ses travaux sur l'histoire de l'Inde aux XVIe-XVIIIe siècles. C'est donc à partir de l'Inde qu'il a développé, en Europe et aux États-Unis, cette " histoire globale de la première modernité " - titre de sa chaire au Collège de France - dont il reste le plus brillant représentant.
    Dans Leçons indiennes, Sanjay Subrahmanyam réunit une vingtaine d'articles (1995-2012) destinés à un lectorat plus large que celui des seuls spécialistes. Publiés dans des magazines, des hebdomadaires ou des quotidiens en Inde mais aussi en Europe et aux États-Unis, ils montrent l'historien au travail mais aussi l'observateur engagé de la vie politique et culturelle, toujours soucieux de " décentrer " son regard. Non pas pour offrir une approche universelle mais une perception multipolaire.
    Le lecteur voyage entre le passé et le présent, de Vasco de Gama jusqu'aux attentats du 11 septembre 2011. L'historien revisite aussi bien les Thugs (adorateurs de Kali qui étranglaient leurs victimes avec un foulard) qu'Indiana Jones ; s'interroge sur la France des terroirs autant que sur Salman Rushdie ou V. S. Naipaul. Contestant la dérive actuelle de la notion de " civilisation ", il met en cause avec brio les représentations nationalistes ou intégristes - " le sentiment anti-science, anti moderne, et anti-technique " - à l'oeuvre en Inde et dans le reste du monde.

  • La Crise qui domine notre nouveau siècle a une origine précise, qui se situe au milieu des années 1970. Plus le temps a passé, plus il a fallu reconnaître qu'elle n'était ni économique, ni même politique, mais bien culturelle.
    Publié en 1983, L'Entre-deux-Mai le montrait déjà, à partir du seul exemple français. Rempli de faits et de statistiques, cet ouvrage pionnier de Pascal Ory était le premier essai d'une vraie " histoire culturelle " de la France, entre Mai 1968 et Mai 1981. Le voici réédité aujourd'hui, remis en perspective par son auteur.
    Contemporains ou cadets de toute cette histoire, les lecteurs y entendront parler de Marguerite Duras ou de Philippe Sollers, oui, mais aussi de Pif Gadget ou du premier Marathon de Paris. Ils liront avec surprise la liste des nouveaux mots qui entrèrent dans le dictionnaire entre 1968 et 1981. Ils découvriront, même, ce moment étonnant où, en 1977, Paul Bocuse se métamorphosa en Michel Foucault.Sur la durée, ils mesureront l'ampleur de l'échec politique de 68, comme celle de sa réussite anthropologique. Ils y verront surtout, au final, s'inverser les tendances " progressistes " des Trente glorieuses : " La pièce par quoi le scandale arrive en 1968, s'appelle Paradise now, le film qu'on va voir en foule en 1979, Apocalypse now. "

  • " Vous, Américains, vous avez condamné et exécuté, il y a plus d'un siècle, l'impérialisme britannique ; l'Europe ensuite a condamné et exécuté l'impérialisme napoléonien ; elle va maintenant condamner et exécuter l'impérialisme germanique ; profitez de cette triple expérience pour en finir, dans votre pays, avec l'impérialisme, et pour rendre à l'Europe cet incalculable service de lui donner votre bon exemple. "
    Paul d'Estournelles à Nicholas Butler, le 11 septembre 1914
    De l'été 1914 à la conclusion du Traité de Versailles (1919) le Français Paul d'Estournelles de Constant (1852-1924, prix Nobel de la Paix 1909) et l'Américain Nicholas Murray Butler (1862-1947, prix Nobel de la Paix 1931) s'écrivent régulièrement. Ils tiennent une chronique saisissante de la guerre au quotidien en France comme aux États-Unis tout en analysant la mutation du monde. Ce sont deux hommes d'influence et deux témoins prodigieusement informés. Leur but ? Lutter contre le militarisme, le nationalisme et la violence faite aux populations civiles. Proposer aussi un projet visionnaire d'organisation mondiale, afin de conjurer la brutalisation de la société et les déchaînements de la guerre totale du terrible XXe siècle dont ils ont la confondante et douloureuse intuition.

  • Tel un Diderot des temps modernes, Hans Magnus Enzensberger tente ici d'élucider quelques énigmes du monde contemporain. En vingt courts textes, l'écrivain s'étonne de tout, faussement naïf, et suggère des réponses à certaines questions dont chacun pense qu'elles sont insolubles. Puisque les utopies ne sont plus de saison. Et puisque-c'est-comme-ça et puisque-c'est-la règle, et que cela nous dépasse... Pourquoi l'égalité des hommes est-elle une fiction ? Le sexe a-t-il vraiment tant d'importance ? Comment les nations furent-elles inventées ? La science serait-elle une religion laïque ? ...
    De nos petites catastrophes quotidiennes à nos grandes réussites harmonieuses, tout intéresse l'écrivain et le poète Enzensberger. Pour notre plus grand plaisir.

  • Dès la mobilisation générale et les premiers combats la guerre de 1914 - dont personne ne prévoyait qu'elle durerait jusqu'en 1918 - imposa un rythme et une violence auxquels nul n'était préparé. La psychiatrie et la médecine militaire furent prises au dépourvu. De l'homme de troupe jusqu'à l'officier, ils furent des milliers à souffrir de troubles du comportement qu'on ne savait ni soigner, ni décrire : dingos, idiots, fous... Peu à peu, toutefois, se développa une réflexion sur les névroses et les traumatismes de guerre. Mais celle-ci fut " oubliée ", refoulée, au fil des années 1920/1930 - tout comme furent marginalisés, délaissés ceux que la guerre avait rendu fous sans qu'ils aient nécessairement de blessure visible.
    Se fondant sur des documents inédits, puisés dans les archives des asiles et des hôpitaux, Hervé Guillemain et Stéphane Tison font entendre la voix des ceux qui furent brisés par la guerre : les hommes, leurs femmes, leurs enfants. Rythmant leur étude de récits vrais, bouleversants dans leur simplicité et leur sobriété, ils montrent l'ampleur du défi auquel fut confrontée la psychiatrie, et la révolution intellectuelle qui mit plusieurs décennies à s'accomplir.

  • C'est l'histoire petit tableau attribué à Frans Hals, conservé au Louvre - sans doute l'image la plus connue de Descartes. De ce fait le " portrait de Descartes " proposé par Steven Nadler est celui du philosophe installé aux Pays-Bas, celui de Frans Hals, et celui du jésuite Augustin Bloemaert qui les mit en rapport. Derrière les trois personnages, se découvre le personnage principal : le Siècle d'or hollandais, laboratoire de la philosophie, de la religion et des arts.
    " Il ne s'agit pas ici d'une biographie conventionnelle, dit Nadler. Je ne prétends pas présenter une nouvelle étude de la philosophie de Descartes (...) Je préfère m'en remettre à Hals. Le peintre de Haarlem nous a donné un portrait intimiste d'un grand penseur. J'entends moi aussi présenter Descartes et ses idées sous la forme d'un portrait intimiste".
    Steven Nadler enquête donc sur le portrait peint par Frans Hals, désormais perdu, dont le Louvre ne possède que la copie. Au passage le lecteur découvre, sous un angle inattendu et novateur, la vie intellectuelle du XVIIe siècle à l'heure du basculement théologico-politique des Réformes protestante et catholique. Car les Pays-Bas sont au coeur d'un réseau de communications et où s'entrecroise toute l'Europe, l'un des autres centres névralgiques étant Paris. On remarquera ainsi les pages sur les milieux de l'art, notamment celui des commanditaires, ou sur le rôle d'Elzevier, éditeur de Descartes et de bien d'autres.
    Bien qu'il prétende ne pas vouloir présenter " une nouvelle étude de la philosophie " de Descartes, Steven Nadler n'en offre pas moins une interprétation originale, solidement ancrée dans sa connaissance parfaite du philosophe et de son temps. Ce texte, très vivant, permet également aux non-spécialistes d'aborder différemment l'auteur du Discours de la méthode.

  • La chute de Rome

    Bryan Ward-Perkins

    À Ravenne, le 4 septembre 476, le jeune empereur Romulus Augustule - " le petit Auguste " - est contraint d'abdiquer par Odoacre, roi des Hérules - un peuple germanique venu de Scandinavie s'installer sur les bords de la mer Noire. L'empire d'Occident disparaît, ce qui est vécu comme une fin du monde par les habitants de l'aire culturelle et politique romaine.
    Quinze siècles plus tard ce tournant capital de l'Histoire reste fascinant et mal connu. Parler de la chute de Rome, des grandes invasions et du remodelage tumultueux de l'Europe par les royaumes barbares, c'est aussi s'interroger sur notre propre culture, sur les identités nationales et sur la hantise du déclin. Faut-il parler d'un soudain basculement dans les " âges sombres " ou ne voir, au contraire, dans les temps troublés de l'Antiquité tardive, qu'une turbulente période de mutation ?

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