Armand Colin

  • Si elle est le fait de courants radicaux qui pervertissent les sources islamiques, la violence qui s´exerce au nom de l´islam, et dont les musulmans sont eux-mêmes les premières victimes, se loge au coeur de la relation entre le religieux et le politique. Pour éclairer la crise qui agite l´univers contemporain de l´islam, une analyse en profondeur des fondements du pouvoir politique, lequel s´est posé, dès les origines, de manière tragique, s´avère nécessaire. Menant une véritable enquête qui convoque les sources, l´histoire, la science politique, la sociologie et la théologie, l´auteur dénoue le fil de la contradiction qui fonde l´utopie de l´islam. En isolant les principales références qui ont inspiré et continuent d´inspirer les mouvements de contestation politico-religieux, elle dévoile au fil des pages, la thèse inédite qu´elle défend : toutes les entreprises menées pour corriger le monde conformément à l´idéal islamique n´ont conduit qu´à détruire l´Etat et l´espace du politique. Voilà qui pulvérise l´idée que l´islam est une religion politique.

  • La géographie énumérait autrefois les départements et leurs chefs-lieux, elle parle aujourd´hui de populations, de paysages ; elle s´intéresse aux océans, aux montagnes, aux milieux extrêmes, mais aussi aux campagnes, aux villes, aux grandes métropoles et aux étendues de plus en plus larges d´urbanisation diffuse. Entre les deux guerres mondiales, elle chiffrait la production de charbon, de pétrole et d´acier de chaque pays. Puis elle s´est passionnée pour le Tiers Monde, les blocages de son développement et les moyens d´y remédier. Elle s´alarme aujourd´hui de la dégradation des milieux, du réchauffement climatique, de la montée du niveau des mers, et s´interroge sur la crise des identités et les remous provoqués par la globalisation.
    La géographie parle du pays où l´on vit, du concert des nations qui l´entourent, de ce qui confère à certaines la puissance. Elle colle à l´actualité nationale, mondiale, et n´a jamais été aussi présente dans le quotidien de chacun : les cartes et images animées ont envahi les journaux, les médias et les écrans de toute sorte, etc.).
    Loin des images d´un autre temps (la géographie comme science des paysages), c´est à cette vision moderne et dynamique que nous invite Paul Claval. En prenant en compte la subjectivité humaine, le rôle des représentations et le poids des imaginaires, la géographie est bien cette discipline du regard que porte l´Homme sur son environnement et qui contribue à l´intelligence du monde contemporain.

  • Nos gestes en savent et en font plus que nous. Parce qu´ils se situent à l´interface entre nous et les autres, ils font émerger - à travers nous - des processus constituants qui dépassent nos intentions et notre rationalité conscientes. Parce qu´ils sont visibles à autrui, ils insèrent leur mouvement dans une dynamique collective qui déjoue les illusions de notre souveraineté individualiste. Parce qu´ils peuvent investir cette visibilité de la force de transformation propre à la feintise, ils ouvrent des perspectives capables de repousser les limites de la réalité.  Au carrefour d´une anthropologie « sauvage » et d´une archéologie des médias, cet essai envisage nos expériences esthétiques en termes de gestualités affectives, immersives, critiques, créatives et finalement mystiques. Il caractérise notre époque historique par une tension conflictuelle entre les programmations déshumanisantes qui la pénètrent toujours plus intimement (à grands renforts de machines informatiques et bureaucratiques) et les inflexions gestuelles qui constituent le réceptacle de nos humanités. Si nous devenons nous-mêmes en apprenant à habiter gestuellement ce qui nous occupe, alors c´est de ces gestes d´humanités que dépendent à la fois l´avenir de nos cultures et la poursuite de notre humanisation.  Yves Citton est professeur de littérature à l´université de Grenoble, membre de l´UMR LIRE (CNRS 5611), co-directeur de la revue Multitudes et collaborateur de la Revue des Livres.

  • On nous dit que nos contemporains sont de plus en plus individualistes, et c´est sans doute vrai : obsession de l´apparence physique, de l´équilibre psychique, du développement personnel, quête du bien-être et d´un bonheur égocentré. Mais, dans le même temps, nous ne nous sommes jamais autant préoccupés du monde, du monde dans son ensemble, au-delà de toutes les frontières : conscience écologique, développement durable, dialogue des cultures, action humanitaire. L´individuel d´un côté, de l´autre le global. Deux pôles apparemment inconciliables comme l´huile et l´eau, qui sont pourtant magiquement mêlés dans les consciences contemporaines.  Ce mélange paradoxal a donné naissance à la religion dominante de notre temps, l´individuo-globalisme, qui imprègne tous les domaines de la vie humaine : la santé, la politique, le sport, l´éthique, et même l´entreprise. Elle consacre l´authenticité, le naturel, le ressourcement, l´énergie et s´accompagne de pratiques (nouvelles, même si elles ont parfois des origines anciennes), telles que le yoga, la sophrologie, le qi gong, la méditation. Cette foi nouvelle est en train de changer, silencieusement, notre monde. D´imposer un nouveau rythme de vie, de nouvelles règles du jeu. C´est ce changement insidieux mais radical que cet essai se propose de décrire et d´expliquer.  Raphaël Liogier est professeur à l´Institut d´études politiques d´Aix-en-Provence où il dirige l´Observatoire du religieux.

  • Ces réflexions sur l´histoire et les historiens s´attachent à mettre au jour les contraintes souvent invisibles ou inconscientes qui pèsent sur le travail historique. Non seulement celles, toujours évoquées, de la difficile prise de distance critique par rapport à la société globale et à l´horizon temporel et mémoriel mais surtout celles, souvent trop vite oubliées, de l´héritage des pratiques et des censures propres à chaque système académique et des effets induits par la position relative de l´histoire au sein des autres sciences sociales et humaines.
    Abordant des types d´histoire, de méthode ou d´objets multiples, au croisement de plusieurs disciplines, l´ouvrage entend combattre aussi un certain discours de dénigrement et un catastrophisme franco-français sur l´état de l´histoire et des sciences humaines et sociales, qui ne correspondent pas à l´état réel du champ historiographique. Face à certaines dérives induites par les politiques universitaires et de recherche depuis une décennie, Homo historicus entend pratiquer ce que Julien Gracq appelait justement « l´hygiène des lettres », réactivation de l´esprit critique et autocritique, fondement de toute démarche historienne. Issu de la coopération ou du dialogue avec des chercheurs partageant les mêmes convictions, cet essai propose une défense et illustration d´une pratique de l´histoire pleinement engagée dans son siècle, dans la lignée d´historiens européens évoqués dans les chapitres finaux.  Christophe Charle, professeur à l´Université de Paris 1-Panthéon-Sorbonne, membre de l´Institut universitaire de France, est l´auteur d´une vingtaine d´ouvrages dont en dernier lieu, Discordance des temps, une brève histoire de la modernité (Armand Colin, 2011) et, avec J. Verger, Histoire des Universités XIIe-XXIe siècle (PUF, 2012).

  • Ce premier essai sur la modernité nous montre comment les hommes et les femmes perçoivent, depuis le 19e siècle, leur rapport à l'avenir, au présent et donc au passé. A travers les principaux événements historiques, l'auteur donne une approche à la fois chronologique et thématique de la modernité. Il nous montre également comment les écrivains, les penseurs, les savants et les artistes ont voulu penser et réfléchir l'avenir à l'inverse de leurs prédécesseurs

  • Cet essai aborde le débat sur le rapport entre l'homme et la loi morale dans la tradition religieuse juive.

  • I, II, III... Lascaux. Lascaux, grotte ornée des premiers millénaires ; Lascaux, grotte fréquentée des années 1950 ; Lascaux des années 1980, reproduite pour être visitée ; Lascaux coquille déplacée des années 2010 et, génie sans fi n, Lascaux IV, trou à creuser pour le décorer en grotte, à quelques mètres du premier sanctuaire.  Lascaux, donc, fil conducteur d´une réflexion qui analyse, de Noyon la fière à Québec la Romantique, de Victor Hugo à Frederick Law Olmsted, les manières, différentes bien que souvent confondues, d´inscrire la mémoire dans les lieux. Des monuments aux patrimoines : géo-graphies.  Dès lors, ne nous y trompons pas. Comme dans les années 1830, comme dans les années 1960, en ce début des années 2010, avec hier, c´est encore demain qui est en jeu. Du très culturel South Bank londonien aux vertigineuses cimes de Dubaï, le Monde se construit maintenant au métronome des « mémoires-Monde ». Participant à la singularisation des lieux, elles réfléchissent aussi un modèle d´enrichissement et sa norme politique. Et soudain, peut-être renforcé par l´aggravation des difficultés économiques, le doute : construire ainsi son futur, n´est-ce pas, du coup, priver le Monde de ses avenirs ?  Olivier Lazzarotti est professeur de géographie à l´université de Picardie- Jules-Verne d´Amiens où il dirige l´équipe « Habiter le Monde ».

  • La philosophie a-t-elle encore un rôle réel à jouer ? Ou n´est-elle plus désormais que l´arôme spirituel nécessaire pour assurer le succès d´une réunion mondaine ? Nous vivons sous la domination du relativisme - à chacun sa vérité ! - et toutes les doctrines philosophiques semblent vouées à l´insignifiance. Un spécialiste des sciences de la terre annonçait il y a peu « la défaite de Platon ». Une vedette des médias prétend avoir lu tout Freud en six mois et l´avoir réfuté en 600 pages. À quoi bon donc continuer de philosopher ? Ce livre, qui reprend un à un les grands thèmes qui structurent l´enseignement philosophique aujourd´hui, veut montrer que la philosophie n´a de sens que si elle est recherche de la vérité, et rien que cela. Contre les illusions du positivisme et du scientisme, elle exige qu´on remette sur le métier l´ouvrage et qu´on soit prêt à recommencer, comme ont commencé et recommencé les Platon, Aristote, Descartes, Spinoza, Kant ou Hegel. Ces incursions dans la philosophie ne constituent pas un ensemble systématique achevé mais une défense de la dignité des philosophes.

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