Langue française

  • Le nouveau numéro de la revue Études littéraires présente un dossier sur l'américanité des poètes français à travers l'étude du cas des Montévidéens : Isidore Lacasse dit le comte de Lautréamont, Jules Laforgue et Jules Supervielle. Tous trois ont peu connu leur ville d'origine, émigrant de l'Uruguay vers la France dès leur jeune âge. En posant d'un côté une américanité large et de l'autre une identité souple, et en disposant de Montevideo comme d'un point de fuite, les articles composant le dossier dévoilent une géopoétique aussi vaste qu'ambitieuse. Analysant une sélection de textes de Lautréamont, Laforgue et Supervielle, ils s'interrogent notamment sur le rapport de ces trois poètes français à la langue et à la figure paternelle, et sur les principes de liberté, de départ, de décentrement, de perte et de contestation qui les animent. La poésie que le lecteur est ici amené à découvrir n'est ni romantique, ni symboliste, ni classique, ni même surréaliste, mais plus volontiers à tonalité épique, ludique, merveilleuse, sans attaches, remords, ni contraintes.

  • Le plus récent numéro d'Études littéraires, dirigé par Marie-Christine Pioffet, tourne Autour de Gabriel Sagard. Historien, voyageur, lexicographe, polémiste, anthropologue avant la lettre, Gabriel Sagard était un missionnaire hors du commun. Les articles composant ce dossier s'intéressent aux contextes historique et littéraire qui ont donné naissance au Grand Voyage du pays des Hurons (1632) et à l'Histoire du Canada (1636) ainsi qu'à la portée de ces ouvrages depuis le XVIIe siècle. Les auteurs analysent l'oeuvre sagardienne sous l'angle de ses emprunts à Marc Lescarbot, de la place qu'elle occupe dans la tradition polémique des écrits récollets, du portrait qu'elle dresse de l'enfance et de la filiation chez les Autochtones, et de la valeur documentaire des mots hurons et montagnais qu'elle emploie. Revisitant les écrits de Gabriel Sagard ainsi que les réflexions qu'ils ont engendrées depuis près de quatre siècles, Études littéraires montre aussi à quel point l'oeuvre du récollet, faute d'avoir bénéficié d'une véritable réédition scientifique, est loin d'avoir révélé tous ses secrets.

  • Poète combattant, René Char (1907-1988) a renoncé à toute publication pendant la durée de la guerre pour se vouer à l'action directe des maquis de la Résistance. Si une telle attitude semble entériner l'incompatibilité entre l'action par la poésie et l'action du combattant, elle fait de l'écriture poétique un geste qui, selon Char, est « dérisoirement insuffisant » lorsqu'il s'agit de combattre les ténèbres hitlériennes. Centré sur _Fureur et mystère_ (1948), ce dossier d'Études littéraires nous fait découvrir les retombées éthiques et esthétiques de la Seconde Guerre mondiale sur l'oeuvre du Résistant qu'a été René Char.

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