Denoël

  • Proposant de nouvelles lectures des tragiques grecs et de Shakespeare ainsi que de Proust, Conrad, James ou Borges, André Green explore, avec le concours de la théorie freudienne et de ses propres travaux, le travail souterrain de la création littéraire et ses rapports avec l'inconscient. À la recherche de toutes sortes de «liens non apparents dans le texte», de trésors cachés, il s'interroge sur la signification inattendue de la présence de deux phrases identiques dans Le Temps retrouvé, ou sur les raisons pour lesquelles Henry James ne put achever l'une de ses nouvelles, ou encore sur les mystères entourant la filiation de Hamlet et le sort d'Ophélie.
    Une promenade dans la littérature mondiale en compagnie d'un lecteur à nul autre pareil doublé d'un grand théoricien de la psychanalyse. Et une occasion de naviguer entre fiction littéraire et roman familial, écriture et vie psychique, texte et inconscient. À proximité du désir et de la mort.

  • Qu'est-ce qui, au cours du trajet d'un analysant, fait de lui un analyste ? Quels sont les remaniements que rend possible une analyse et en quel sens l'expérience est-elle didactique ? Qu'en est-il du «travail» de l'analyste et de sa formation ? En quoi une éthique institutionnelle peut-elle éviter l'assujettissement à l'administratif ?
    Revenir à ces questions cruciales suppose de rompre avec la langue morte de l'abstraction stérilisante pour réactualiser l'analyse en tant que passion de l'être et la théorie comme fiction rigoureuse laissant place à l'invention et à la création. Car si une analyse n'est pas la rencontre d'un «patient parfait» et d'un analyste-robot, c'est qu'elle met en jeu une vérité à retrouver dans la parole. À travers le symptôme, dans le jeu partagé et jusque dans l'accueil de la haine et du mensonge, une histoire peut alors se dénouer et un travail de séparation s'effectuer.

  • Le cheminement proposé dans ce livre est celui de la «redécouverte» de certains textes psychiatriques et psychanalytiques à travers l'expérience analytique.
    Remontant aux origines de la psychanalyse, Maud Mannoni commente les études freudiennes sur l'hystérie, l'apport de Charcot, de Breuer, des premiers malades de Freud et l'apparition de ses principaux concepts, le transfert, la résistance, le refoulement, la dénégation, la vérité du sujet, etc., le tout rapporté aux problèmes de la vie personnelle de Freud.
    L'entretien entre Octave Mannoni et Jacques Lacan constitue un des chapitres importants de ce livre.
    Ces notes de travail, prises en 1966, demeurent aujourd'hui étonnamment actuelles.

  • Selon une légende tenace, la psychanalyse serait née de l'auto-analyse de Freud avec Fliess. Dans une ardente collaboration, les deux amis partagent projets et théories. À la suite de leur rupture, naît chez Fliess la conviction qu'il est la victime d'un double plagiat.
    O. Weininger et H. Swoboda - instruit par Freud dont il fut le patient - lui auraient volé ses idées.
    Erik Porge rassemble pour la première fois les données de la biographie de Fliess, livrant les pièces d'un dossier resté confidentiel dans l'histoire de la psychanalyse et donnant enfin la parole à Fliess.

  • La gestion des problèmes de santé devient schizophrénique.
    Cette situation n'est pas nouvelle mais elle empire. Pour preuve le sort qui risque d'être fait à Bonneuil, menacé de disparition puisque c'est le principe même de cette institution éclatée, fondée par Maud Mannoni en 1969, qui est remis en cause par des circulaires aveugles. On le sait, dans ce lieu de vie, on accueille des enfants et des adolescents psychotiques, on les suit et les accompagne, parfois jusqu'à l'âge adulte, tout au long d'un parcours difficile vers une réinsertion dans le monde " normal ".
    Bonneuil permet au " handicapé mental " de rejeter l'institution, de refuser la thérapie et de vivre, entre présence et absence, entre le travail scolaire et un apprentissage désiré, dans une famille d'accueil, à la campagne. Ainsi - et les cas cliniques rassemblés ici par Maud Mannoni en sont la remarquable illustration - des enfants autistes, mutiques rattrapent leur retard scolaire, parfois de façon fulgurante, pour se donner plus tard un métier.
    Or l'administration interdirait à Bonneuil ce qui fait son originalité et sa raison d'être : d'une part, la possibilité d'assurer la prise en charge, au-delà de vingt-cinq ans, de véritables rescapés de la misère psychique ; d'autre part, le droit de recevoir des " malades " venant de régions éloignées, comme d'en envoyer en province au-delà de cent kilomètres pour qu'ils puissent commencer à vivre.
    Comment ne pas partager la colère et l'inquiétude de tous ceux qui ont fait la preuve qu'on peut aider le sujet handicapé à refuser une régression dans la maladie ou une protection derrière l'image du " fou " qu'on lui renvoie de lui-même, alors qu'il découvrira, dans le travail, qu'il compte pour les autres et peut compter sur eux - ce qui lui donne accès au monde de la parole et du pacte symbolique qui est celui des humains.

  • Virginia Woolf n'est pas seulement cet immense écrivain, souvent comparée à Joyce et Proust parmi les figures de la modernité. Elle a su mieux qu'aucune femme faire passer le féminin dans l'écriture par ces monologues intérieurs qui restituent à la gravité toute sa force dans le tourbillon de l'éphémère, de la nostalgie, des détails insignifiants et des bouffées de vie que livrent l'instant ou le détail. Elle ne décrit pas, elle fait éprouver. À l'origine de son combat pour la liberté des femmes et leur reconnaissance de plein droit dans la culture : les abus sexuels qu'elle subit, enfant, de la part de ses demi-frères, puis les états dépressifs intermittents qui suivirent la mort de sa mère, et ce, jusqu'à son suicide.
    Maud Mannoni nous fait découvrir que la dénonciation sarcastique des moeurs victoriennes, du modèle patriarcal et de l'idéologie fasciste montante dans l'entre-deux-guerres avec sa glorification exclusive de la mère, s'alimente, chez Virginia Woolf, dans un dialogue et un débat avec la pensée de Freud et de Melanie Klein. Son oeuvre en témoigne. Bien plus : elle y accomplit, comme dans une cure analytique, le deuil de la mère, pour se tourner vers le père, mais au prix d'une désolation d'elle-même qui ne lui laisse d'autre issue que de retrouver la mère dans l'élément qui la symbolise : l'eau où elle se noie.
    En marge du féminisme qui pourra se réclamer de sa revendication, Virginia Woolf incarne plus fondamentalement le drame existentiel de la femme.

  • La jalousie se rencontre-t-elle plus souvent chez les femmes que chez les hommes ? Peut-on croire, à l'instar de Freud, qu'elle est «normale» (la rivalité) ou délirante, comme en témoignerait le mécanisme de projection qui en serait le fondement ? Et Melanie Klein et Lacan l'ont montré, la jalousie n'est pas l'envie. Celle-ci consume le sujet qui en est la proie, tel le jeune saint Augustin pâlissant devant le spectacle du puîné appendu au sein de la mère. Détruire cette complétude, se détruire, faute de pouvoir ravir à l'autre la jouissance de la mère, de l'Un...
    C'est par une réflexion sur la théorie psychanalytique de cet affect et sur les cas de sa clinique que Denise Lachaud nous conduit à en envisager la fonction structurale et l'incidence décisive dans la clinique, comme dans l'existence des sujets. D'un sentiment qui passe si souvent pour faiblesse, faute ou passion, elle relève aussi la portée créatrice, à la lisière de l'imaginaire et du symbolique. Bien plus, dépassant les résistances des analystes eux-mêmes, elle en rectifie l'approche en soulignant qu'il faut penser non pas la mais les jalousies.

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