Editions Boréal

  • Les corneilles ne sont pas les épouses des corbeaux. Les épinettes noires ne sont pas des arbres de misère. Le monde dans lequel nous vivons nest pas nécessairement le paradis. Tout, en dehors de Montréal, nest pas forcément le désert. Notre histoire nest pas une épopée. Il ny a pas de bouleaux sur la rivière Mingan. Un camion nest pas le contraire de la poésie. Les Amérindiens ne forment pas une société archaïque et dépassée. Et le progrès moderne nest pas si simple quon le croit.

    Serge Bouchard nest pas un rebelle ni un contestataire. Cest un homme libre, un esprit lucide et cultivé, un prosateur quotidien qui prend pour matière les idées, les faits, les grands phénomènes aussi bien que les « petites affaires et moindres choses » qui composent la trame de son existence et de la nôtre, tantôt occasions de bonheur insoupçonné, tantôt pièges à bêtise ou causes de souffrance, mais signes toujours de notre humanité ancienne et moderne, à la fois orgueilleuse et comique, oublieuse autant que nostalgique, liée à la nature que pourtant elle détruit, aux dieux, aux oiseaux, au temps qui passe, à la mort qui vient.

    Quoique les convictions ny manquent pas lon découvrira ou retrouvera ici un Serge Bouchard écologiste, ami des nations amérindiennes, critique des idéologies à la mode , les quatre-vingts petits textes qui composent cet ouvrage (et qui ont dabord paru sous forme de chroniques dans le journal montréalais Le Devoir) forment surtout une uvre dobservation et de sagesse, écrite dans une langue toute de simplicité, rythmée, imagée, aussi proche que possible de la conversation entre gens dintelligence et de cur. Par la culture, par la finesse du regard, par loriginalité de limagination, Serge Bouchard sy révèle, encore une fois, un essayiste de premier plan.

  • « Être est une activité de fiction, ça veut dire qu'on ne peut penser et parler, penser et transmettre, penser et agir que grâce à la puissance fictionnelle de la langue elle-même et qu'on invente sa vie avec la fiction de la langue. Si nous pouvions, comme espèce humaine, intégrer cette petite chose si simple, nous ne verrions plus jamais ce que nous pensons ni ce que nous croyons de la même manière. Mais l'appareil narratif qui nous sert à créer nos histoires ne veut pas de cette petite chose très simple. C'est une idée qui l'empêche de fonctionner comme il sait devoir le faire pour la survie et le maintien de l'espèce. Nous ne pouvons pas reconnaître la nécessité de croire à nos propres histoires et nous tombons toujours des nues lorsque nous entendons parler des croyances des autres. Nous nous voyons comme des êtres affranchis de toute croyance à un moment où notre foi à l'imminence d'une réponse technologique définitive à la souffrance, à la maladie et à la mort est plus forte que jamais. Chaque individu, puis chaque groupe d'individus, ne peut survivre sans les fictions qui le constituent, qui lui permettent d'entreprendre de génération en génération ses versions du monde. » D'où viennent les histoires ? Comment naissent-elles ? Que faut-il faire pour que nous les entendions résonner en nous ? À ces questions à la fois très simples et infiniment complexes, Suzanne Jacob propose des réponses à sa manière : subtiles, émouvantes, écrites dans une langue dont la sensibilité et l'amitié convainquent.

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