Editions Matériologiques

  • L'homéopathie trône dans les vitrines des pharmacies et côtoie dans nos foyers les vrais médicaments, des publicités en vantent les bienfaits, des politiciens, des sportifs, des célébrités la défendent avec ardeur. Des médecins la célèbrent. Présente depuis plus de deux cents ans, utilisée par des millions de gens, elle semble aller de soi. Mais la connaissez-vous vraiment?? Comment a-t-elle été inventée?? Sur quels principes théoriques repose-t-elle?? Comment les célèbres granules sont-ils fabriqués?? Comment mesure-t-on leur efficacité?? Que dit la science de ses effets revendiqués?? Comment les homéopathes répondent-ils aux critiques?? Comment les médias traitent-ils le sujet?? Que disent les autorités de santé de cette pratique aux relents idéologiques des plus détestables qui pourtant se veut une panacée parée de toutes les vertus?? Ne pas savoir répondre à ces questions, c'est ne rien savoir sur l'homéopathie. Thomas C. Durand explore dans ce livre les arcanes nébuleux d'une industrie prospère et d'un mode de pensée inquiétant.
    Thomas C. Durand est docteur en biologie. Après un passage dans le monde de la recherche, il co-fonde l'Association pour la science et la transmission de l'esprit critique, dédiée à faire connaître les défaillances du raisonnement humain qui rendent nécessaire l'acquisition d'une méthode d'exploration du monde : la science. Il est l'auteur de la chaîne YouTube La Tronche en Biais, suivie par plus de 130 000 abonnés.
    Préface de Edzard Ernst.

  • Le physicien et philosophe Mario Bunge a attendu 2015 et sa 96e année pour rédiger ses mémoires. C'est dire si la fresque qu'il nous propose ici est riche en idées, en événements (emprisonnement, exil, échecs et succès, honneurs et adversité), en prises de position, en troubles de l'Histoire, en jaillissements de savoirs, en ferments pour un matérialisme du XXIe?siècle. L'«?entre deux mondes?» que le titre évoque se comprend de multiples façons. Bien sûr, d'abord par la position singulière de Mario Bunge, autant scientifique que philosophe, véritablement à l'interface de ces deux mondes savants. Savoirs scientifiques et culture humaniste sont liés et Bunge voyage d'un monde à l'autre, sans se soucier d'une dichotomie courante qui contribue à une inutile conflits des savoirs. C'est aussi un entre-deux-mondes géographique et social?: une première vie en Amérique du Sud, puis le départ définitif pour l'Amérique du Nord. Une telle autobiographie se doit de revenir sur les aspérités de la vie comme sur ses bonheurs, tout comme elle doit tracer les trajectoires des rencontres avec des centaines d'éminents savants, amis ou adversaires. Avec une franchise inhabituelle dans ces milieux feutrés, au détour des pages fusent les concepts, les théories, les leçons pour les temps présents, les appels à la raison, les mises en garde contre les obscurantismes et les vaines promesses. Encore des entre-deux-mondes... L'auteur nous convie à l'exposé d'une vie de travaux incessants dans presque tous les grands domaines savants, permettant ainsi aux lecteurs francophones d'aborder les rives d'un vaste continent de connaissances, alors qu'il existe très peu de livres de Bunge en français, moins encore de biographie... Et si l'on adhère à ses idées, à sa démarche, à sa méthode, à son humour parfois cinglant, c'est avec un plaisir rare que l'on peut se sentir appartenir à une sorte de confrérie, celle des amoureux de la pensée rationaliste et humaniste, et de son partage.

  • Ce Manuel d'épistémologie pour l'ingénieur.e vient combler une lacune?: les étudiants en école d'ingénieurs, tout comme les ingénieurs en exercice, ne disposent d'aucun manuel dédié qui leur permettrait d'aborder cette discipline dont ils ont pourtant de plus en plus besoin.
    La nature du métier d'ingénieur a en effet beaucoup changé durant ces dernières décennies, mais aussi sa place dans la société?: l'ingénieur travaille ainsi de plus en plus en relation avec des acteurs venus de domaines multiples, scientifiques ou non. Mais il peut aussi être critiqué dans ses actions, sur la base de critères (politiques, sociaux, éthiques, écologiques, etc.) qui ne sont pas les siens. Dans ce contexte, une réflexion sur son activité tant scientifique que technique, et surtout intégrée à la société, est nécessaire.

    Organisé en neuf chapitres, cet ouvrage propose donc de fournir aux ingénieurs, actuels ou futurs, les repères conceptuels et les réflexions fondamentales en matière d'épistémologie, ainsi que les connaissances en histoire des sciences et des techniques afin de mieux comprendre leur évolution. Il apporte un éclairage à de nombreuses questions qu'un ingénieur peut se poser face à cette discipline?: qu'est-ce que l'épistémologie?? à quoi sert-elle?? Quels en sont les grands courants?? Quels sont les rapports qu'entretient l'épistémologie avec la science mais aussi avec la technique?? Existe-t-il une épistémologie spécifique à l'ingénierie?? Quelles sont enfin les implications éthiques et sociétales de l'activité de l'ingénieur??

    Ce manuel, que les auteurs - tous deux enseignants en école d'ingénieurs - ont voulu court et accessible, vise donc à accompagner les ingénieurs dans leur pratique et leur réflexion aussi bien pendant leurs études que durant leur carrière professionnelle.

  • Face à l'irruption de la Covid-19, ont surgi des demandes urgentes de prédire, d'expliquer et de faire comprendre sa diffusion aussi bien géographique que sociale, notamment lorsqu'il s'agissait de soutenir telle ou telle décision politique ou de santé publique (distanciations, confinement, etc.). Plusieurs modèles computationnels - en particulier à agents - ont été bien vite mis en avant. Mais dans quelle mesure sont-ils réellement à même de remplir de telles fonctions, en particulier dans un contexte aussi contraint et variable?? Ce livre propose un ensemble d'analyses précieuses et salutaires pour qui voudra former son jugement à ce sujet. Il s'appuie sur des exemples et des analyses de plusieurs modèles de diffusion de la Covid-19, dont certains ont été utilisés par les pouvoirs publics. Il propose aussi des modèles alternatifs, dont certains inédits. Il s'adresse à un large lectorat. Les analyses techniques y sont effectuées avec beaucoup de pédagogie, sans sacrifier à la précision. Elles peuvent donc intéresser les concepteurs et utilisateurs de modèles, les étudiants, les élus, les associations concernées et tout citoyen soucieux de comprendre ces outils omniprésents. Au-delà du cas de la Covid-19, on y trouve une mise en perspective et une discussion plus générale concernant l'usage des modèles formels en sciences sociales, en particulier dans le cadre de l'aide à la décision publique. Analysant le contexte de la crise que l'on traverse, les auteurs évitent de donner un point de vue personnel, mais au contraire tentent d'aider chacun à avancer dans sa propre réflexion, en mettant en avant les questionnements qui peuvent s'adosser aux modèles présentés.
    L'ouvrage comprend deux parties?: l'une qui propose une analyse critique de modèles existants, l'autre prenant la forme de trois propositions de modèles qui permettent de percevoir la richesse et la multiplicité des modèles agents de diffusion de maladie - à la fois dans leur conception et leur manipulation. Un glossaire et un intermède sur les «?apports des modèles agents en général et pour la Covid-19 en particulier?» replacent ces réflexions dans le cadre plus large de la simulation agents appliquée aux sciences sociales.





  • Table des matières
    Avant-propos (page 5)
    Remerciements (page 6)
    Préface de Guillaume Lecointre (page 7)
    Introduction (page 15)
    Chapitre 1 (page 21)
    La construction du savoir scientifique
    1] De quelle science parlons-nous ? (page 22)
    2] Définition de la science dans cet ouvrage (page 25)
    3] Qu'est-ce qui doit être maintenu
    hors du champ de la science ? (page 27)
    Encadré n° 1 :
    Les relations de causalité (page 33)
    4] Un peu de jargon : l'Homme et le monde qui l'entoure (page 36)
    4.1] Transcendance et immanence (page 38)
    Encadré n° 2 :
    Le bien, le mal et la science (page 39)
    4.2] Réalisme, antiréalisme, solipsisme et idéalisme (page 40)
    4.3] Matérialisme et spiritualisme (page 47)
    4.4] Rationalisme, empirisme et irrationalisme (page 50)
    4.5] Essentialisme et nominalisme (page 52)
    Encadré n° 3 : La notion problématique
    de race dans l'espèce humaine (page 53)
    5] L'Homme et la connaissance scientifique
    sur le monde qui l'entoure (page 59)
    5.1] Empirisme (page 59)
    5.2] Positivisme logique (page 60)
    5.3] Instrumentalisme (page 62)
    5.4] Scientisme (page 64)
    Encadré n° 4 :
    La nature et le naturel (page 70)
    5.5] Falsificationnisme de Karl Popper (page 68)
    5.6] Concordisme (page 72)
    Encadré n° 5 :
    La théorie darwinienne de l'évolution (page 73)
    5.7] Paradigmes et révolutions scientifiques de Kuhn (page 74)
    5.8] Lakatos et les programmes de recherche (page 76)
    5.9] Everything goes de Feyerabend (page 77)
    6] La relativité du savoir scientifique (page 78)
    6.1] Relativisme linguistique (page 79)
    Encadré n° 6 :
    Ordonner le réel (page 80)
    6.2] La sous-détermination des
    théories par l'expérience (page 81)
    6.3] La dépendance des observations
    aux cadres théoriques (page 83)
    6.4] Fiabilité de nos sens (page 84)
    6.5] Les mesures de la science (page 84)
    6.6] Le réel n'existe que par
    la perception que l'on en a (page 85)
    6.7] La science construit ses propres objets (page 86)
    6.8] La science comme une fiction (page 87)
    6.9] Relativisme cognitif généralisé (page 88)
    7] Le relativisme appliqué :
    Ramsès II et le bacille de Koch (page 90)
    Encadré n° 7 :
    Découvrir, dévoiler ou inventer le réel ? (page 93)
    8] La construction des savoirs scientifiques :
    une construction sociale ? (page 94)
    9] Croyance, opinion, savoir, connaissance (page 105)
    9.1] Opinion (page 106)
    9.2] Croyance (page 106)
    9.3] Connaissance (page 107)
    9.4] Savoir (page 109)
    9.5] Dogme (page 110)
    9.6] Paradigme (page 110)
    10] Les cinq piliers du contrat
    entre la science et la connaissance (page 111)
    10.1] Le doute philosophique (page 111)
    10.2] Le réalisme philosophique (page 113)
    10.3] La logique et la rationalité (page 113)
    Encadré n° 8 :
    Quelques théories aujourd'hui abandonnées (page 114)
    10.4] La parcimonie (page 117)
    10.5] Le matérialisme méthodologique (page 119)
    Encadré n° 9 :
    Qu'est-ce que la matière ? (page 120)
    Chapitre 2 (page 123)
    Science et vérité, science et réalité
    1] La vérité et la science (page 124)
    2] De quelle vérité parlons-nous ? (page 126)
    2.1] À chacun sa vérité (page 127)
    2.2] La vérité révélée (page 128)
    2.3] Vérité idéaliste (page 128)
    2.4] Vérité principe (page 128)
    2.5] Vérité des relativistes cognitifs forts (page 129)
    2.6] Vérité probabiliste (page 129)
    2.7] Vérité-cohérence (page 130)
    2.8] Vérité-utilité (page 130)
    2.9] Vérité-correspondance (page 133)
    3] Le monde réel perçu par le scientifique (page 136)
    3.1] Option réaliste forte (page 140)
    3.2] Option réaliste modeste (page 142)
    3.3] Option pragmatiste ou positiviste (page 144)
    3.4] Option relativiste forte (page 145)
    4] La science est-elle un mythe ? (page 147)
    5] Qu'est-ce qu'une théorie ? (page 150)
    Encadré 1 :
    Histoire des sciences (page 154)
    6] Qu'est-ce qu'un fait en science ? (page 156)
    7] Les modes de raisonnement en sciences (page 165)
    7.1] La déduction (page 165)
    7.2] L'induction (page 166)
    7.3] L'abduction (page 167)
    7.4] La transduction (page 168)
    7.5] Le raisonnement hypothético-déductif (page 168)
    8] La science ne démontre rien ? (page 169)
    9] Lois et principes (page 171)
    9.1] Les lois (page 171)
    9.2] Les principes (page 179)
    9.3] Quelques exemples de principes (page 181)
    10] Bon sens et sens commun (page 188)
    Chapitre 3 (page 193)
    Vérité, réalité et démarche d'investigation
    1] Aux origines de la démarche d'investigation (page 195)
    2] La démarche d'investigation (page 198)
    2.1] Phase d'élaboration du problème scientifique (page 198)
    2.2] Phase de résolution du problème (page 200)
    2.3] Phase de structuration des savoirs (page 201)
    3] Des conceptions initiales logiques et performantes (page 204)
    3.1] Des modèles explicatifs simples et logiques (page 206)
    3.2] Conceptions initiales et
    phénomènes « boîte noire » (page 207)
    3.3] Des conceptions initiales récurrentes (page 208)
    3.4] Des conceptions initiales comme
    modèles analogiques (page 208)
    3.5] La prise en compte des conceptions initiales (page 209)
    Encadré 1 :
    Permettre aux élèves de construire des concepts (page 210)
    3.6] Alors, que faire de ces conceptions initiales ? (page 211)
    4] Un problème scientifique (page 212)
    5] Émettre des hypothèses ou
    imaginer un autre monde possible (page 215)
    Encadré 2 :
    Comment gérer les propositions des élèves ? (page 218)
    6] Je ne crois que ce que je vois : l'observation (page 221)
    Encadré 3 :
    L'observation en classe : comment aider les élèves ? (page 222)
    Encadré 4 :
    L'observation dans l'histoire des sciences (page 224)
    6.1] Toute observation du réel
    dépend d'un cadre théorique (page 225)
    Encadré 5 :
    La théorie cellulaire (page 226)
    6.2] Toute observation est subjective (page 228)
    6.3] L'observation peut être faillible (page 229)
    6.4] Observer, ce n'est pas recevoir un message du réel (page 230)
    6.5] Il est impossible d'observer tous les faits (page 231)
    6.6] Toute observation perturbe le réel observé (page 231)
    7] La mesure et l'instrument (page 231)
    7.1] La mesure du réel (page 232)
    7.2] Grandeurs mesurables et repérables (page 234)
    7.3] Les instruments de mesure (page 236)
    7.4] Toute mesure est relative (page 238)
    8] Expérience et artefact (page 243)
    Encadré 6 :
    Les sciences expérimentales et l'expérience (page 244)
    Encadré 7 :
    La notion de témoin (page 246)
    Encadré 8 :
    Expérience et cadres théoriques (page 248)
    Encadré 9 :
    La reproductibilité de l'expérience (page 249)
    9] Recherche documentaire (page 251)
    Encadré 10 :
    Des enseignants qui n'ont pas réponse à tout (page 255)
    Encadré 11 :
    Objectivité, subjectivité et intersubjectivité (page 257)
    10] Modélisation (page 259)
    10.1] Types de modèle (page 262)
    Encadré 12 :
    Les fonctions d'un modèle (page 267)
    11] Enquête, visite (page 270)
    12] La manipulation (page 271)
    13] Science et maîtrise de la langue (page 273)
    13.1] Des écrits en sciences pour construire
    des connaissances sur le monde (page 274)
    13.2] Du vocabulaire pour appréhender le monde réel (page 276)
    14] Et les textes officiels dans tout cela ? (page 278)
    14.1] Le socle commun de connaissances,
    de compétences et de culture (page 279)
    14.2] Les programmes d'enseignement
    de l'école maternelle (cycle I) (page 280)
    14.3] Les programmes d'enseignement
    de l'école élémentaire pour le cycle II (page 280)
    14.4] Les programmes d'enseignement de
    l'école élémentaire et du collège pour le cycle III (page 281)
    14.5] Les programmes d'enseignement
    du collège pour le cycle IV (page 282)
    Conclusion (page 285)
    Bibliographie (page 289)

  • Aldo Haesler tente ici de donner une nouvelle explication de la genèse et de la dynamique particulière de la modernité. Son avènement ne serait pas tant dû à la science nouvelle, à la philosophie moderne ni même à l'économie capitaliste, mais tiendrait essentiellement à une nouvelle manière de concevoir les relations humaines.
    De jeu à somme nulle (un gagnant et un perdant), la relation est devenue jeu à somme positive (toutes les parties gagnent) ; de réseau d'endettement, elle est devenue une source d'effervescence et d'émulation réciproques. Là est le socle commun des explications classiques de la modernité, de Marx et Weber jusqu'aux plus récentes. Ces jeux qui structurent tous nos rapports à autrui, au monde et à nous-mêmes, le font au moyen de médias de communication qui, dans les sociétés non modernes, sont de l'ordre du pouvoir, de la croyance, mais aussi de la beauté et de la justice, alors qu'avec le développement de la modernité, c'est l'argent qui s'est progressivement substitué à ces médias traditionnels. D'instrument de règlement partiel des dettes, l'argent est devenu médium généralisé, à la fois le maître-étalon d'un nombre de plus en plus grand de relations, et en même temps leur principe dynamique. En tant qu'étalon de toute mesure, l'argent tendra à libérer toutes les relations de leurs entraves traditionnelles ; mais, en même temps, il rendra invisibles ceux qui, dans un jeu à somme positive, devront en assumer les coûts. Car, dans un monde aux ressources limitées, le gain multiple se solde nécessairement par un tiers invisibilisé qui doit en endosser les conséquences. En tant que principe dynamique, l'argent s'émancipe peu à peu de son substrat matériel, ce qui rend sa circulation de plus en plus rapide et invasive. Il atteint aujourd'hui, sous sa forme électronique, son stade de perfection phénoménale. S'effaçant de nos seuils de conscience, il échappe à notre emprise réflexive. Sa libre prolifération fera des relations « effervescentes » le standard de toute relation et de la dette, un signe d'exclusion.
    Telle est la situation de la modernité dure qui concourt à faire de la modernité capitaliste contemporaine le régime socio-culturel le plus stable que l'humanité ait connu depuis ses origines. Mais la stabilité n'est pas, dans ce contexte, une vertu. Serait-ce le véritable défi de ceux qui souhaitent en sortir ?

  • Dans ce dictionnaire hors normes, conçu dans une perspective humaniste et scientifique, ontologie, épistémologie, méthodologie sont les domaines privilégiés par Mario Bunge. Si des entrées proposent un jubilatoire tir aux pigeons conceptuel(s) - loin de l'austérité érigée en canon du savoir -, d'autres exposent certaines des idées les plus constantes et fructueuses que l'auteur a développées durant des décennies, au point qu'il n'est pas exagéré de voir cet ouvrage comme un pan majeur de l'édifice bungéen, à savoir le matérialisme émergentiste qu'il a systématisé dans les huit volumes de son Treatise on Basic Philosophy (1974-1989). Ce dictionnaire, souvent insolent et subversif, n'est donc pas un banal exercice standardisé de compilation de définitions usuelles et consensuelles? mais un exercice de référence plutôt que de déférence. La pléthorique philosophie que Bunge désigne par le terme d'«?industrie de la philosophie?» est ici bousculée avec un allant qui nous fait sortir de la torpeur du conformisme de ce magasin de porcelaine, où les concepts déposés sur des étagères sont délicatement époussetés depuis des lustres par des coupeurs de cheveux philosophiques en quatre. Alors quand un éléphant - dont on sait qu'il est doué d'une intelligence et d'une mémoire peu communes - pénètre ce cocon, les bris de mots sont à redouter si l'on est à la recherche d'un énième manuel de bachotage, au contraire à espérer si l'on demande à la philosophie d'autres fruits que ceux de la ratiocination stérile ou du psittacisme de concours. Dès lors, lectrices, lecteurs, ce dictionnaire roboratif est pour vous. Comment mieux résumer en si peu de place la perspective de Bunge ici, sinon en reprenant une partie de sa définition de la passion?: «?Le complément de la raison. Ce qui alimente la raison ou ce qui la fait vaciller. Il n'y a pas de grande entreprise sans la passion et rien de bien ne se fait avec la passion seule.?»

  • La référence aux représentations mentales joue un rôle central dans notre vision du monde. Non seulement leur existence semble indéniable, mais elles permettent d'expliquer un grand nombre de phénomènes?: la conscience, la perception, les opérations cognitives, le langage, les réalités symboliques, les conduites individuelles et collectives. Aussi sont-elles étudiées par les psychologues, les sociologues, les anthropologues, les linguistes, les neuroscientifiques, etc. Cette puissance explicative paraît résulter du fait que le caractère représentionnel des représentations incarnées, corporelles, observables, dériverait d'une capacité représentationnelle primordiale de l'esprit.
    Il est pourtant notoirement difficile de concevoir comment les représentations mentales pourraient jouer ce rôle, et cela pour plusieurs raisons.
    1° Leur caractère mental rend plus mystérieuse encore la relation représentationnelle, puisque, celle-ci devant relier des esprits d'un côté, et des corps de l'autre, cette relation serait ontologiquement hétérogène.
    2° Si la relation de représentation s'explique par des représentations mentales, le caractère représentationnel d'une représentation mentale devrait également s'expliquer par une autre représentation mentale, et ainsi de suite, si bien qu'on voit mal comment une relation quelconque pourrait être instaurée.
    3° Les représentations mentales ne sont directement accessibles que par introspection?: admettre dans les explications scientifiques des faits directement connus par une seule personne, ne serait-ce pas ouvrir la voie à toutes les dérives??
    4° Tous les scientifiques ne s'accordent pas sur la nature ou le format des représentations mentales?: sont-elles des images?? Des propositions?? Des intentionnalités sui generis??...
    Le constat nous met devant une alternative?: soit nous parvenons à concevoir les représentations mentales, soit nous devons apprendre à nous en passer. Ce sont chacune de ces deux voies qu'explore cet ouvrage.
    Parution spéciale pour l'agrégation de philosophie 2020.

  • Depuis le congrès Solvay de 1927, le point de vue de Bohr, Born, Pauli et d´Heisenberg s´est imposé à toute la science contemporaine contre celui d´Einstein, de Broglie et de Schrödinger : il faudrait dorénavant renoncer au déterminisme et à l´existence d´une réalité objective, mais aussi à la possibilité d´une compréhension du monde physique.
    L´objectif principal de ce livre est de faire connaître l´onde pilote de Broglie-Bohm, une interprétation alternative qui conserve déterminisme et réalisme et qui faisait dire à John Bell : « Pourquoi l´image de l´onde pilote est-elle ignorée dans les cours ? Ne devrait-elle pas être enseignée, non pas comme l´unique solution, mais comme un antidote à l´autosatisfaction dominante ? Pour montrer que le flou, la subjectivité, et l´indéterminisme, ne nous sont pas imposés de force par les faits expérimentaux, mais proviennent d´un choix théorique délibéré ? » Ce livre étudie les limites de l´onde pilote de Broglie-Bohm et en cherche un dépassement. La « théorie de la double préparation » que proposée par Michel et Alexandre Gondran dépend des conditions de préparation du système quantique et correspond à une réponse à la « théorie de la double solution » que de Broglie a recherchée toute sa vie. Elle permet de mieux comprendre les points de vue d´Einstein, de Broglie et de Schrödinger.
    Enfin, les auteurs montrent qu´il existe des interprétations de la relativité générale compatibles avec la théorie de la double préparation. Elles permettent une vision commune entre mécanique classique, mécanique quantique et relativité générale dans un espace à quatre dimensions.
    Michel Gondran est mathématicien et informaticien, ancien conseiller scientifique d´EDF et ancien maître de conférences à l´École polytechnique en mathématiques appliquées.
    Alexandre Gondran est enseignant-chercheur en mathématiques et informatique à l´École nationale de l´aviation civile à Toulouse.

  • Une réflexion relative à la part de réalité dans les modèles scientifiques
    Les rencontres « Physique et interrogations fondamentales » (PIF) sont l'occasion pour des scientifiques de formations très différentes de confronter leurs points de vue sur un thème lié aux grandes questions de la science contemporaine. Elles se situent à un niveau permettant à un public cultivé mais non spécialisé de suivre les exposés. Elles se tiennent tous les deux ans dans le grand amphithéâtre du site François Mitterrand de la Bibliothèque nationale de France qui les coorganise avec la Société française de physique. La onzième édition de PIF a été consacrée à une mise au point sur les modèles et les simulations, omniprésents dans la pratique des sciences et techniques contemporaines comme le démontre l'éventail des contributions ici rassemblées. Alors qu'idéalement la méthode scientifique confronte théories et expériences qui s'adressent directement à l'objet étudié, les modèles complètent souvent une théorie inachevée, voire remplacent une théorie inexistante et décrivent tout ce qui est considéré comme bien connu dans un dispositif expérimental donné, pour ne laisser indéterminé que ce qui se rapporte à la question posée. La question de la part de réalité que ces modèles englobent est donc fondamentale. La simulation, qui est la méthode de choix pour résoudre des modèles trop complexes pour se prêter à un calcul exact, constitue, d'une certaine façon, une modélisation au second degré dont l'adéquation doit elle aussi être soigneusement mise à l'épreuve.
    Découvrez le recueil des contributions scientifiques issues de la onzième édition de PIF, centrée sur le thème des modèles et des simulations scientifiques.
    EXTRAIT
    Il est rare aujourd'hui de visiter un laboratoire ou un bureau d'études sans voir des chercheurs et des ingénieurs s'affairant autour de modèles ou de simulations. À tel point que l'on peut se demander, dans certains cas, ce qu'est devenu le réel. Notamment, on peut se demander ce qu'est devenue la pratique expérimentale réelle et si elle a trouvé des substituts adéquats dans les modèles et les simulations. On se doute que la réponse sera fortement nuancée. Ainsi, on peut se poser la question : n'a-t-on pas excessivement congédié le réel pour lui préférer ce qui passe le plus souvent pour sa représentation ou sa copie, à savoir le modèle ou la simulation ?
    À PROPOS DES AUTEURS
    Sous la direction de Jean-Michel Levy, physicien au Laboratoire de physique nucléaire et des hautes énergies, unité mixte de recherche des universités Paris VI, Paris VII et du CNRS, différents auteurs ont collaboré à Les modèles, possibilités et limites : Pascale Braconnot, Daniel Estévez, Philippe Huneman, Valérie Masson-Delmotte, François Sauvageot, Michel Spiro, Romain Teyssier et Franck Varenne.

  • La science et la philosophie, autrefois indissociables, se sont progressivement éloignées au cours du XXe siècle. Pourtant, nombreuses sont les questions scientifiques issues de la réflexion philosophique. De plus, la signification profonde des résultats

  • La schizophrénie représente une énigme dans notre histoire évolutive. Cette affection mentale très handicapante, fréquente, présente dans toutes les sociétés humaines, dépend pour moitié de facteurs génétiques. Pourquoi la sélection naturelle n'a-t-elle pas alors permis de l'éliminer?? C'est ce que les chercheurs appellent depuis une cinquantaine d'années le «?paradoxe évolutionniste de la schizophrénie?». Les données scientifiques les plus récentes permettent d'intégrer cette affection dans le cadre plus général d'une organisation particulière de la personnalité, appelée schizotypie. Or, les caractéristiques de la personnalité schizotypique recouvrent exactement ce que l'on connaît du chamane, qui est pour beaucoup le représentant d'un homo religiosus archaïque, pivot des sociétés de chasse qui ont représenté notre mode de vie bien avant l'invention de l'agriculture, de l'élevage et par la suite des dieux. Cet essai permet ainsi de proposer la schizotypie comme source commune à la religion et à la schizophrénie. D'un point de vue darwinien, la religion, définie à partir de ses caractéristiques minimales, apparaît comme une adaptation ayant permis au groupe de confier à un individu capable d'imaginer un «?autre monde?» (une «?surnature?») le soin d'inter­a­gir avec lui pour tenter de maîtriser le malheur et l'aléa. La schizophrénie représenterait un effet secondaire de cette adaptation.





  • Table des matières
    Introduction (page 9)
    Idéologie et impuissance
    à abolir les inégalités économiques
    Chapitre 1 (page 23)
    Les croyances au devoir de certitude politique
    Chapitre 2 (page 41)
    Les croyances au marché
    Chapitre 3 (page 67)
    Les croyances à l'égoïsme et à l'altruisme
    Chapitre 4 (page 105)
    Les croyances à la vertu des inégalités
    Chapitre 5 (page 147)
    Les croyances à une
    transformation sociale douloureuse
    Conclusion (page 181)
    Le concept de sélection
    considéré comme un outil éthique

  • Depuis la lecture que Leo Strauss a proposée en 1953 (Droit naturel et histoire), nombre d'études consacrées à Hobbes ont mis entre parenthèses l'idée qu'il serait matérialiste d'un point de vue ontologique : tout ce qu'on peut dire, selon cette lecture, c'est que chaque objet se représente, pour Hobbes, sous la forme d'un corps, et la pensée hobbesienne de la nature, de l'homme, de la politique, de la religion et de l'histoire ne requerrait aucune présupposition ontologique. En dépit des inconvénients d'une telle lecture, elle semble avoir résisté aux diverses corrections et critiques dont elle a depuis fait l'objet. Pourquoi éprouve-t-on le besoin de lire Hobbes sans le matérialisme ? Ou, inversement pourquoi persiste-t-on aussi à vouloir parler de matérialisme de Hobbes alors que le concept est absent de l'oeuvre ? Il fallait donc revenir sur cette question et ce qu'elle engage dans la compréhension de Hobbes (les diverses parties de sa pensée et son unité). Plus largement, interroger le matérialisme de Hobbes implique d'interroger le sens du matérialisme lui-même. Il ne s'agit donc pas seulement de demander si Hobbes recèle ce que nous attendons d'un matérialisme, mais aussi de voir en quoi la lecture de Hobbes conduit à problématiser ce concept. Pour toutes ces raisons, il valait la peine de revenir sur les rapports entre Hobbes et le matérialisme. Jauffrey Berthier est maître de conférences en philosophie à l'Université Bordeaux-Montaigne et membre du Groupe Hobbes du Laboratoire de recherches SPH de Bordeaux. Arnaud Milanese est maître de conférences en philosophie à l'École normale supérieure de Lyon, docteur en philosophie de l'université Paris IV- Sorbonne et membre du Groupe Hobbes. Avec les contributions de Jauffrey Berthier, Nicolas Dubos, Charles Le Bon N'Kourissa, José Médina, Arnaud Milanese, Emilio Sergio, Jean Terrel, George Wright.

  • Frédérique Théry montre pour la première fois, avec clarté et précision, comment la découverte des ARN régulateurs a révolutionné la biologie contemporaine, transformant les pratiques et plus encore nos conceptions fondamentales sur le vivant. Michel Morange, biologiste et historien des sciences, Ecole normale supérieure, Paris 6, IHPST. Au début des années 2000, la conception des génomes comme des machines à produire des protéines a été rendue caduque par la découverte inattendue dans les cellules d'une myriade d'ARN non traduits en protéines?: les ARN non codants. Les recherches sur ces ARN, qui assurent des fonctions régulatrices majeures au sein des cellules, ont profondément modifié la représentation que les biologistes se font des propriétés de l'ADN et des processus cellulaires. Cet ouvrage se propose de retracer l'histoire, tant fascinante que complexe, des travaux qui ont mis en lumière le rôle régulateur des ARN. Au-delà de cette perspective historique, l'auteur poursuit un projet plus ambitieux?: celui de montrer que l'étude des ARN non codants accompagne, voire catalyse, certaines transformations théoriques, conceptuelles et épistémologiques majeures affectant la biologie moléculaire contemporaine. Outre qu'elle a conduit à réviser et étendre les fondements théoriques sous-tendant de nombreux champs disciplinaires, l'existence de ces ARN invite à repenser la pertinence et l'importance du concept de gène, ainsi que celui d'information, dans les théories biologiques. Les recherches sur les ARN non codants apportent par ailleurs un éclairage original sur l'évolution des démarches d'investigation et des pratiques explicatives mises en oeuvre dans la biologie post-génomique. Autant de questions abordées qui intéresseront tout lecteur désireux de porter un regard novateur sur la biologie moléculaire contemporaine.

  • « Qu'est-ce que la science... pour vous ? » Telle est la question posée ici à des scientifiques, philosophes, historiens des sciences, médiateurs et amateurs de sciences. Simple question certes, mais pas une question simple... Où est la vraie difficulté ? Définir la science ou accepter de se confier, loin du surplomb procuré par les piédestaux académiques ? C'est pourquoi les cinquante auteurs de ce tome 1 apportent des réponses variées, contrastées, éclectiques, que l'on peut décrire selon un gradient allant des textes les plus intimes et personnelles à ceux qui observent scrupuleusement les codes de la prose universitaire. C'est qu'il n'est pas aisé de se dévoiler quand on aborde cette question essentielle, laquelle permet de délimiter un domaine majeur de la connaissance, aussi vaste et varié soit-il. Les réponses sont brèves - quelques pages - afin de condenser ce que les auteurs pensent parfois depuis des décennies. La concision demandée est presque à voir comme une contrainte oulipienne. Ainsi, les lecteurs peuvent lire une quintessence de points de vue, un instantané de pensée, la part sensible, parfois, des membres de cet informel aréopage.





  • Table des matières
    Prologue (page 5)
    Les super-héros expliqués à ma mère
    Introduction (page 13)
    Chapitre 1 (page 19)
    Spéciale origine
    Chapitre 2 (page 41)
    Serial Hero
    Chapitre 3 (page 69)
    Les corps et le décor
    Chapitre 4 (page 93)
    Une société contre l'État
    Chapitre 5 (page 117)
    Psychanalyse des super-héros
    Chapitre 6 (page 133)
    À la recherche de la super-héroïne
    Conclusion (page 163)
    Saturnales continuelles
    Épilogue 1 (page 175)
    Dialogue avec ma fille (ma super-girl à moi)
    Épilogue 2 (page 179)
    The End ?
    Annexe (page 183)
    Les super-héros mis en schémas
    Index (page 187)

  • Comment nous est venue la notion de l'univers infini?? Quelle place ce concept et le combat qu'il déclencha tiennent-ils dans la formation de notre modernité, dans l'avènement du mouvement des Lumières, entendu comme la dissolution des obscurantismes religieux?? Ces questions conduisent à Giordano Bruno, le philosophe voyageur qui refusa d'abjurer et défendit, jusqu'au bûcher, à Rome en 1600, l'idée d'un ciel peuplé d'innombrables soleils entourés de planètes, brisant dans une même démarche pugnace les sphères de Ptolémée, les carcans dogmatiques des religions et la morgue des pédanteries régnantes. Ce citoyen du monde mit en question tout ce qui paraissait acquis et combattit les superstitions, les affabulations chrétiennes, les bigots, les pouvoirs de droit divin et leurs sbires en s'attirant les foudres inquisitoriales de trois cultes.
    Cet essai rend hommage à celui qui, avant Galilée, fut l'un des premiers «?cosmologues?» modernes. Il retrace sa vie errante et mouvementée à travers l'Europe pour la défense de ses pensées complexes et considérables. Il rend évidente l'influence de celles-ci durant le XVIIe?siècle, dans les recherches de Kepler, Galilée, Newton, mais aussi dans les débats philosophiques avec Descartes, Pascal, Spinoza et les libertins érudits qui annoncent les Lumières. Son oeuvre ne concerne pas seulement la matière, le ciel et ses infinis, elle interroge l'existence humaine, l'expression poétique, la religion, la philosophie, le langage, l'esprit de tolérance...
    Écrit comme un roman et un grand reportage, ce panorama permet de saisir l'origine des idées de notre système du monde et de notre place en son sein, que de nouveaux obscurantistes veulent mettre en pièces. Cette fresque aux élans philosophiques, empreinte d'un humanisme intense, écrite avec l'encre fastueuse de cette époque au verbe coruscant, est marquée du sceau de l'admiration de Jean Rocchi pour le Nolain et de la tristesse que son sort funeste lui inspire. Une leçon pour les temps présents...

  • L'urgence et l'importance dramatiques de la question écologique n'ont d'égale que l'incertitude sur sa signification philosophique profonde. Plutôt donc que de partir du problème écologique radical auquel l'humanité devra se confronter durant les prochaines décennies, il s'agit de montrer que si la philosophie parvient à opérer une régression refondatrice depuis la brûlante «?question animale?» jusqu'à la question architectonique du sens et de sa crise (première partie), alors le philosopher peut se hisser à la hauteur des enjeux écologiques du siècle en se réinventant dans toutes ses dimensions, comprises désormais comme dimensions du sens lui-même. Mais cette pluridimensionnalité du sens ne pourra être pensée sans contradiction que si l'individu philosophant s'interroge dans le même temps sur ce qu'impliquait, à son insu, son propre rapport au faire-sens des significations - les mal nommées «?re-présentations?» (seconde partie).
    Milieu de tous les milieux qui s'y laissent penser, le sens est alors le non-ob-jet d'une écologie philosophique fondamentale recevant ici le nom d'écologie humaine, expression vieille d'un siècle qui, pour la première fois, se met à désigner une méthode archiréflexive par laquelle l'individu philosophant parvient à déjouer le piège de son intention[n]alité en tant que structure d'oubli de sa propre non-originarité. En découlent une redéfinition des domaines épistémo-ontologique, politico-économique et pédagogico-axiologique de la philosophie et de leurs liens, mais aussi un humanisme décentré reconnaissant des droits à tout sujet sensitivo-émotif au moins. Car le droit n'est plus ici un «?système de la compatibilité des libres-arbitres?» qui serait axiologiquement fondé, mais il est le système de la compatibilité des besoins en souffrance, la responsabilité juridique reposant sur l'être-en-dette économique en tant que régime de normativité qui n'est ni ontologique ni axiologique. Telles sont les voies d'une future mais vitale réinvention sociale qui puisse aussi définir une Société de l'invention théorique et pratique.
    Jean-Hugues Barthélémy est directeur du Centre international des études simondoniennes (MSH Paris-Nord) et chercheur associé HDR à l'Université Paris-Nanterre. Agrégé de philosophie et docteur en épistémologie, il est l'auteur d'ouvrages de référence sur la philosophie de Gilbert Simondon.

  • Encyclopédiste, philosophe, romancier et auteur de théâtre, critique d'art, libertin ou encore révolutionnaire, Denis Diderot a été évoqué sous de multiples facettes. Mais existe-t-il un Diderot « médecin »??
    Que Diderot ait écrit sur la médecine n'est un secret pour aucun lecteur attentif de son oeuvre. Depuis la traduction du Dictionnaire universel de médecine de Robert James, dans les années 1746 à 1748, jusqu'à la parution du Rêve de D'Alembert, en 1769, la pensée du philosophe s'enrichit au contact de l'univers scientifique et médical de son temps, sur lequel il porte une attention soutenue, éveillant en lui une curiosité toujours insatisfaite.
    Si Diderot n'a jamais songé à devenir médecin, son oeuvre, à travers des figures imaginaires et réelles, à l'exemple du médecin Théophile de Bordeu, donne progressivement vie à un véritable « cabinet médical » au sein duquel Diderot confronte autant qu'il expérimente les effets des observations et des expériences médicales et physiologiques de son époque.
    En empruntant à la médecine des concepts, en reprenant les conjectures issues des nombreuses observations et expériences rapportées dans les journaux de médecine, Diderot esquisse une anthropologie matérialiste?: les sources de la santé physique comme morale de l'Homme se logent au sein même de la matière, matière sensible, matière vivante. C'est ainsi que son « cabinet médical » participe à l'élaboration d'une philosophie matérialiste.

  • Peut-on voir le vivant microscopique autrement qu'à travers le prisme de la lutte perpétuelle contre un monde principalement hostile qu'il faut vaincre pour assurer sa survie?? Telle est la question que la science soulève à la lumière des nouvelles connaissances.
    Les recherches les plus récentes montrent en effet que les virus, bactéries, archées, protozoaires, micro-algues ou champignons sont essentiels pour comprendre comment s'est construit le vivant et prendre la mesure de sa complexité, comment il s'est propagé sur Terre, comment il fonctionne, de l'organisme à l'écosystème. Ces recherches révèlent également le potentiel que les micro-organismes représentent en termes d'utilisations bio-inspirées pour le futur de l'humanité et de la biosphère.
    Cette partie de la biodiversité, si loin de nous mais si présente, est une solution et non un problème. C'est ce nouveau regard que le livre invite à porter sur ce qu'il convient d'appeler la microbiodiversité...
    Ouvrage dirigé par Laurent Palka, enseignant-chercheur au Muséum national d'histoire naturelle, et préfacé par Bruno David, président du Muséum national d'histoire naturelle.
    Avec les contributions de?: Sina Adl, Frédéric Barrière, Nathalie Becker, Lucie Bittner, Bernard Bodo, Alyssa Carré-Mlouka, Samuel Chaffron, Claire Cherbuy, Unai Escribano-Vazquez, Damien Eveillard, Thomas Flinois, Patrick Forterre, Morgan Gaïa, Muriel Gugger, Lionel Guidi, Philippe Langella, Enrique Lara, Jacques Livage, Josselin Lupette, Éric Maréchal, Lionel Ranjard, Bruno de Reviers, Marc-André Selosse, Muriel Thomas.

  • Ces dernières années, les débats à propos des notions de sexe et de genre entre biologie et sciences humaines et sociales connaissent une intensité accrue, tant pour des raisons scientifiques que pour l'effet que ces positions ont sur les usages sociétaux de ces notions. Beaucoup de biologistes rejettent la mise en cause par une partie des sciences humaines et sociales de ce que la biologie tient pour fondamental, telles la binarité des sexes ou les différences entre les sexes. Les spécialistes en sciences humaines et sociales, quant à eux, voient souvent la biologie comme une source académique et institutionnelle d'arguments naturalistes qui visent à s'opposer au genre. Ils dénoncent des biais d'interprétation des biologistes comme résultant, justement, de parti-pris liés au dispositif de genre. Pourtant, les échanges scientifiques à l'interface entre biologie et sciences humaines et sociales sont sans aucun doute nécessaires pour évacuer ces antagonismes.
    L'objectif de cet ouvrage, basé sur l'École thématique interdisciplinaire d'échanges et de formation en biologie du CNRS (dite «?École de Berder?») de 2015, est de mettre en oeuvre un dialogue entre des deux domaines, en tentant de passer outre des malentendus et des impensés qui n'ont que trop duré.
    Ce livre s'ouvre sur une présentation des définitions considérées comme consensuelles par les deux domaines, puis des contributions analysent l'idée selon laquelle certaines études sur les différences des sexes, en neurosciences ou en éthologie, publiée dans la presse de vulgarisation ou spécialisée, présentent des biais d'interprétation attribuables à des biais de genre. Des exemples d'études fortement interdisciplinaires illustrent cependant la possibilité de mêler sciences de la vie et sciences humaines au lieu de les opposer, en ce qui concerne le plaisir sexuel animal, la détermination du sexe ou la place des transidentités et de l'intersexuation dans les rapports entre sexe et genre.
    Mêlant études de cas, questionnements sociologiques, anthropologiques et épistémologiques, pour aboutir à la délinéation des si labiles notions de sexe et de genre, ce livre se veut un jalon pédagogique dans l'abord de ce champ de réflexion crucial.

  • Voir une tache rouge, éprouver une douleur soudaine à l'épaule, sentir l'odeur du café, entendre le son d'une trompette?: voilà des exemples typiques de ce qu'on appelle des « expériences conscientes ». Ces expériences conscientes intéressent les philosophes de l'esprit depuis longtemps, notamment car elles semblent poser un problème fondamental à la conception matérialiste du monde. Il semble en effet extrêmement difficile de comprendre comment une expérience consciente - un vécu subjectif, qualitatif, éprouvé en première personne - peut provenir du fonctionnement du cerveau - un système certes complexe, mais purement matériel. Les expériences conscientes semblent tout simplement distinctes des processus purement matériels, et mettent donc en péril le matérialisme. Face à cette difficulté, de nombreux philosophes matérialistes optent pour une stratégie épistémique?: ils affirment qu'il n'existe rien d'autre que de la matière et que, si le matérialisme concernant l'esprit nous semble faux, nos intuitions antimatérialistes peuvent être elles-mêmes entièrement expliquées dans un cadre purement matérialiste.
    Cet ouvrage poursuit un triple projet. Premièrement, il entreprend d'exposer le problème de l'expérience consciente pour le matérialisme, tel qu'il se pose dans la philosophie contemporaine depuis une quarantaine d'années. Deuxièmement, il présente et critique diverses tentatives philosophiques récentes pour défendre le matérialisme en poursuivant la stratégie épistémique. Troisièmement, il avance une théorie originale visant à l'explication de nos intuitions antimatérialistes dans un cadre matérialiste, poursuivant ainsi la stratégie épistémique de défense du matérialisme.
    La conclusion de cet ouvrage est radicale?: la manière la plus satisfaisante de défendre le matérialisme, et d'expliquer nos intuitions antimatérialistes dans un cadre matérialiste, conduit à l'illusionnisme concernant la conscience. Dans cette conception, les expériences conscientes, en un certain sens, n'existent pas, mais semblent simplement exister. Nous n'avons jamais d'expériences visuelles de taches rouges, ou d'expériences de douleur soudaine à l'épaule, même s'il nous semble parfois les avoir. La conscience n'est qu'une illusion introspective. Cette illusion de conscience, ainsi que le fait crucial que cette dernière soit si difficile à nous représenter comme telle (de sorte qu'à proprement parler l'idée que la conscience soit illusoire nous frappe inévitablement comme incohérente et « absurde »), sont expliqués dans un cadre purement matérialiste.

  • Le bayésianisme connaît un succès croissant dans des domaines du savoir toujours plus nombreux. Le présent ouvrage vise d'abord à présenter l'état actuel du bayésianisme dans ses différentes dimensions, de la logique et la philosophie des probabilités jusqu'à la pratique des sciences empiriques, en passant par la théorie statistique. Il prétend également interroger l'unité des approches bayésiennes, entre les disciplines et dans le temps. Enfin, il aborde la question de savoir quelle est la portée de ces approches et comment il convient d'interpréter leur succès. Faut-il, en particulier, considérer que la fécondité d'un modèle bayésien signifie que ce dont il est un modèle est bayésien (en un sens qui resterait à préciser) ? L'ouvrage se veut abordable par un lectorat certes motivé, mais pas nécessairement spécialiste. L'exposé est pluridisciplinaire et tous les auteurs sont familiers ou acteurs, en leur domaine, des développements les plus contemporains du bayésianisme. Il s'agit de faire comprendre l'intérêt des approches bayésiennes, parfois en les comparant aux méthodes plus classiques avec lesquelles elles viennent rivaliser, et en explorant un éventail de projets et de disciplines qui soit aussi large que possible. Un tel projet éditorial est inédit en français. Isabelle Drouet est philosophe des sciences, maître de conférences à l'Université Paris-Sorbonne et membre de l'équipe de recherche Sciences, normes, décision (Paris- Sorbonne/CNRS, FRE3593).

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