Editions Matériologiques

  • Une réflexion relative à la part de réalité dans les modèles scientifiques
    Les rencontres « Physique et interrogations fondamentales » (PIF) sont l'occasion pour des scientifiques de formations très différentes de confronter leurs points de vue sur un thème lié aux grandes questions de la science contemporaine. Elles se situent à un niveau permettant à un public cultivé mais non spécialisé de suivre les exposés. Elles se tiennent tous les deux ans dans le grand amphithéâtre du site François Mitterrand de la Bibliothèque nationale de France qui les coorganise avec la Société française de physique. La onzième édition de PIF a été consacrée à une mise au point sur les modèles et les simulations, omniprésents dans la pratique des sciences et techniques contemporaines comme le démontre l'éventail des contributions ici rassemblées. Alors qu'idéalement la méthode scientifique confronte théories et expériences qui s'adressent directement à l'objet étudié, les modèles complètent souvent une théorie inachevée, voire remplacent une théorie inexistante et décrivent tout ce qui est considéré comme bien connu dans un dispositif expérimental donné, pour ne laisser indéterminé que ce qui se rapporte à la question posée. La question de la part de réalité que ces modèles englobent est donc fondamentale. La simulation, qui est la méthode de choix pour résoudre des modèles trop complexes pour se prêter à un calcul exact, constitue, d'une certaine façon, une modélisation au second degré dont l'adéquation doit elle aussi être soigneusement mise à l'épreuve.
    Découvrez le recueil des contributions scientifiques issues de la onzième édition de PIF, centrée sur le thème des modèles et des simulations scientifiques.
    EXTRAIT
    Il est rare aujourd'hui de visiter un laboratoire ou un bureau d'études sans voir des chercheurs et des ingénieurs s'affairant autour de modèles ou de simulations. À tel point que l'on peut se demander, dans certains cas, ce qu'est devenu le réel. Notamment, on peut se demander ce qu'est devenue la pratique expérimentale réelle et si elle a trouvé des substituts adéquats dans les modèles et les simulations. On se doute que la réponse sera fortement nuancée. Ainsi, on peut se poser la question : n'a-t-on pas excessivement congédié le réel pour lui préférer ce qui passe le plus souvent pour sa représentation ou sa copie, à savoir le modèle ou la simulation ?
    À PROPOS DES AUTEURS
    Sous la direction de Jean-Michel Levy, physicien au Laboratoire de physique nucléaire et des hautes énergies, unité mixte de recherche des universités Paris VI, Paris VII et du CNRS, différents auteurs ont collaboré à Les modèles, possibilités et limites : Pascale Braconnot, Daniel Estévez, Philippe Huneman, Valérie Masson-Delmotte, François Sauvageot, Michel Spiro, Romain Teyssier et Franck Varenne.

  • La science et la philosophie, autrefois indissociables, se sont progressivement éloignées au cours du XXe siècle. Pourtant, nombreuses sont les questions scientifiques issues de la réflexion philosophique. De plus, la signification profonde des résultats

  • Depuis le congrès Solvay de 1927, le point de vue de Bohr, Born, Pauli et d´Heisenberg s´est imposé à toute la science contemporaine contre celui d´Einstein, de Broglie et de Schrödinger : il faudrait dorénavant renoncer au déterminisme et à l´existence d´une réalité objective, mais aussi à la possibilité d´une compréhension du monde physique.
    L´objectif principal de ce livre est de faire connaître l´onde pilote de Broglie-Bohm, une interprétation alternative qui conserve déterminisme et réalisme et qui faisait dire à John Bell : « Pourquoi l´image de l´onde pilote est-elle ignorée dans les cours ? Ne devrait-elle pas être enseignée, non pas comme l´unique solution, mais comme un antidote à l´autosatisfaction dominante ? Pour montrer que le flou, la subjectivité, et l´indéterminisme, ne nous sont pas imposés de force par les faits expérimentaux, mais proviennent d´un choix théorique délibéré ? » Ce livre étudie les limites de l´onde pilote de Broglie-Bohm et en cherche un dépassement. La « théorie de la double préparation » que proposée par Michel et Alexandre Gondran dépend des conditions de préparation du système quantique et correspond à une réponse à la « théorie de la double solution » que de Broglie a recherchée toute sa vie. Elle permet de mieux comprendre les points de vue d´Einstein, de Broglie et de Schrödinger.
    Enfin, les auteurs montrent qu´il existe des interprétations de la relativité générale compatibles avec la théorie de la double préparation. Elles permettent une vision commune entre mécanique classique, mécanique quantique et relativité générale dans un espace à quatre dimensions.
    Michel Gondran est mathématicien et informaticien, ancien conseiller scientifique d´EDF et ancien maître de conférences à l´École polytechnique en mathématiques appliquées.
    Alexandre Gondran est enseignant-chercheur en mathématiques et informatique à l´École nationale de l´aviation civile à Toulouse.

  • Pourquoi l'activité scientifique est-elle conflictuelle??
    Brisant l'image idéale de la science consensuelle, les controverses scientifiques sont aujourd'hui devenues un sujet privilégié de la sociologie et de l'histoire des sciences. Elles sont par ailleurs impliquées au coeur des débats sur les méthodes des sciences sociales. Si l'analyse des controverses scientifiques doit beaucoup aux approches inaugurées par les courants relativistes et constructivistes des années 1970-1980, ce livre montre que les études contemporaines ont tout à gagner à réintroduire ce qui a été le principal tabou des trente dernières années?: la vérité. Cette conclusion n'est pas le résultat d'une méditation abstraite sur le destin de la sociologie et de l'histoire des sciences. C'est le résultat d'études de cas, portant sur des disciplines telles que la biologie (la thèse des générations spontanées, débattue entre Pasteur et Pouchet), de la médecine (le vitalisme opposé à la médecine expérimentale naissante), de la stéréotomie (les «?Guerres perspectives?» qui ont agité le Paris des années 1640), de la perspective (la mathématisation de la perspective linéaire dans l'Italie du XVIe siècle) ou de l'optique (la question de l'intromission, discutée à Oxford). L'auteur défend une théorie incrémentaliste du progrès scientifique?: pour autant qu'il suive des règles, le débat est un moyen pratique de tester la robustesse d'une théorie et de départager les théories rivales. Le fait que les débats soient marqués par la passion et les émotions est sans intérêt?; l'important est que ces échanges réglés puissent, par la production d'arguments publics, s'approcher de la vérité. C'est une façon de répondre à la question?: Pourquoi l'activité scientifique est-elle conflictuelle??
    Plongez dans cet ouvrage qui cherche à interroger les rôles de la rationalité, des conventions et des croyances collectives dans la construction des théories scientifiques.
    EXTRAIT
    Cette corrélation entre le style de raisonnement, la formation, et le type de comportement social du chercheur n'est pas pour surprendre. Toutes proportions gardées, Terry Shinn (1980) a observé qu'il existe une correspondance entre la formation reçue par un chercheur et le mode de comportement social qu'il adopte par la suite. Les contextes de production scientifique sont sans doute trop différents pour extrapoler les résultats de Shinn à la controverse entre Pasteur et Pouchet, mais sa démonstration éclaire le type de relations que l'on est en droit de rechercher à partir des « styles de raisonnement ».
    À PROPOS DE L'AUTEUR
    Dominique Raynaud enseigne à l'Université de Grenoble Alpes. Architecte de formation, sociologue et historien des sciences, il a consacré l'essentiel de ses recherches à la géométrie, à l'optique, à la perspective linéaire et aux sciences de la conception, en étudiant notamment les relations entre théorie et pratique (mathématisation et application). Parmi ses productions récentes : Géométrie pratique. Géomètres, Ingénieurs, architectes, XVIe-XVIIIe siècle (Besançon, 2015, livre collectif); Scientific Controversies. A Socio-Historical Perspective on the Advancement of Science (New Brunswick, 2015) qui cerne les limites de la sociologie des sciences relativiste-constructiviste à partir de documents d'archives; Optics and the Rise of Perspective. A Study in Network Knowledge Diffusion (Oxford, 2014) qui explore la diffusion de l'optique dans le réseau des universités médiévales; La Sociologie et sa vocation scientifique (Paris, 2006) qui est une étude d'épistémologie comparée des sciences naturelles et des sciences sociales. Il est également l'auteur d'articles dans Annals of Science, Archive for History of Exact Sciences, Early Science and Medicine, Historia Mathematica ou Physis.

  • De manière spectaculaire, l´actuel tournant computationnel des sciences et des techniques conduit à l´essor, à la diversification et à la multiplication des pratiques de modélisation et de simulation. Le recours croissant à l´ordinateur, d´abord pour la résolution numérique de modèles mathématiques puis pour la modélisation computationnelle proprement dite, a rendu accessibles au calcul des pans entiers de formalismes mathématiques et logiques souvent déjà connus mais jusque-là peu utilisables.


    À partir de l´essor des approches individus-centrées et des approches orientées-objets ou encore fondées sur des agents informatiques, les simulations n´ont plus toujours été conçues comme des calculs approchés de modèle mathématique mais aussi comme des représentations à visée plus ou moins réaliste. Dans ce cadre-là, le statut épistémologique des simulations a de nouveau été activement interrogé. Autre déplacement notable dû à ce changement des outils et des pratiques : les modèles n´apparurent plus nécessairement comme appelés à demeurer simples, en tout cas au sens où les méthodologies de naguère semblaient l´exiger de manière définitive. L´objectif de cet ouvrage est de se faire l´écho de ces bouleversements, de ces déplacements et de ces interrogations multiples de manière à donner au lecteur - tant scientifique ou philosophe que curieux des nouveaux agencements de ces pratiques scientifiques - certaines des pistes de réflexion et d´analyse qui paraissent lesplus représentatives ou les plus prometteuses en ce domaine.


    Ce tome 1 de Modéliser & simuler est divisé en deux grandes parties. La première rassemble onze contributions de nature épistémologique, émanant de philosophes des sciences ou de scientifiques modélisateurs. La seconde partie présente vingtdeux chapitres de nature plus proprement méthodologique et applicative écrits par des scientifiques modélisateurs ; elle est subdivisée en trois sous-parties dont la justification est, quant à elle, classique puisque résolument disciplinaire, et cela même si la modélisation a justement parfois pour effet de brouiller les frontières disciplinaires : [2.1] Physique, sciences de la Terre et de l´Univers, [2.2] Sciences du vivant, [2.3] Sciences sociales. Cette classification disciplinaire par défaut a le double avantage de donner un premier outil d´orientation au lecteur plus familier des objets que des méthodes et aussi de lui donner d´emblée l´idée de l´extrême étendue du spectre des domaines scientifiques où ces pratiques contemporaines se multiplient effectivement et se croisent.


    Franck Varenne est maître de conférences en philosophie des sciences à l´Université de Rouen et chercheur au Gemass (UMR 8598, CNRS/Paris Sorbonne). Marc Silberstein est éditeur (Éditions Matériologiques).




  • Table des matières
    Introduction
    Partie I
    Chapitre 1 / Ulrich Trölher: Surmonter l’ignorance thérapeutique : Un voyage à travers trois siècles
    Chapitre 2 / Hee-Jin Han: Pierre-Jean-Georges Cabanis et l’exigence de l’empirisme en médecine
    Chapitre 3 / Alfredo Morabia: La convergence historique de l’épidémiologie et de la médecine clinique, de Pierre Louis à l’AMBRE
    Partie II
    Chapitre 4 / Alain Leplège: Mathématisation de l’incertitude en médecine. Aspects épistémologiques et méta-éthique
    Chapitre 5 / Jean-Paul Amann: La philosophie de l’essai clinique selon Austin Bradford Hill
    Chapitre 6 / Zbigniew Szawarski: Le concept de placebo
    Chapitre 7 / Claude Debru: La classification des leucémies lymphoïdes chroniques : évolution et problèmes d’une approche scientifique
    Partie III
    Chapitre 8 / Iain Chalmers , Larry V. Hedges & Harris Cooper: Une brève histoire des synthèses de la recherche
    Chapitre 9 / Jeanne Daly: Chercheurs d’or : médecine « evidence based » et science de la clinique
    Partie IV
    Chapitre 10 / Élodie Giroux: Les modèles de risque en médecine : quelles conséquences pour la définition des normes et pour le jugement clinique ? Exemple du calcul du risque cardiovasculaire
    Chapitre 11 / Pierre Corvol: La génétique de l’hypertension artérielle et ses limites
    Chapitre 12 / Olivier Steichen: La médecine factuelle et les rapports de cas
    Chapitre 13 / Christian Brun-Buisson: Playdoyer pou l’EBM, ou comment nier les évidences.
    Les contributeurs
    Index des noms

  • Le biologiste britannique John Burdon Sanderson Haldane (1892-1964) est un personnage fascinant. Durant sa vie, il a notamment participé au développement de la biochimie, contribué de manière décisive à la fondation de la génétique des populations, pris position dans les débats sur l´eugénisme et dans l´affaire Lyssenko, été l´un des pionniers de la popularisation des sciences, écrit des centaines d´articles et tenu des dizaines de conférences pour le grand public, rédigé des textes d´anticipation qui ont contribué à la fondation du genre littéraire de la science-fiction, inventé les termes d´ectogénèse et de clonage, créé plusieurs scandales dans le milieu universitaire, participé aux deux guerres mondiales - dont directement à la première comme combattant - ainsi qu´à la guerre civile espagnole, milité dans le Parti communiste de Grande-Bretagne, fondé un institut de recherche en génétique en Inde. Et cet inventaire n´est pas exhaustif, au point qu´il est parfois difficile de croire que l´ensemble des activités qui lui sont attribuées ont bel et bien été effectuées par le même homme.

    Dans cet enchevêtrement d´activités et de préoccupations, la biographie de Haldane fait apparaître une période particulière, entre la fin des années 1930 et le tout début des années 1950, durant laquelle il s´affirme marxiste, s´engage politiquement aux côtés du Parti communiste et affirme appliquer les idées marxistes aux sciences. La présente étude porte sur cette « période marxiste » de la vie de Haldane, où se croisent et se joignent sous la forme d´une vision du monde spécifique, science, philosophie et politique. Elle examine le parcours et les motivations intellectuelles qui mènent Haldane à adopter ces idées marxistes, discute et évalue la manière dont il prétend les appliquer utilement à la compréhension et à la production des sciences, et se penche finalement sur les conditions sociales et historiques qui déterminent l´émergence des conceptions marxistes de Haldane.


    L´auteur, Simon Gouz, est docteur en histoire et philosophie des sciences. Il a soutenu sa thèse en 2010 à l´Université Claude Bernard-Lyon 1.

    Jean Gayon, le préfacier, est philosophe des sciences, spécialiste de la théorie de l´évolution, il dirige l´Institut d´histoire et de philosophie des sciences et des techniques (IHPST).


    Ouvrage (654 pages) publié avec l´aide du Laboratoire de recherche S2HEP (Sciences, Sociétés, Historicité, Éducation et Pratiques) - Université Lyon 1

  • Depuis la célèbre fiction forgée par Laplace en 1814 dans son Essai philosophique sur les probabilités - dite du démon de Laplace, abondamment commentée dans ce "Matière première" - , qui voit une intelligence infinie calculer selon certaines lois tous les états du monde, le déterminisme est un cadre central de la connaissance scientifique. Pourtant, de nombreux débats parcourent cette idée. Existe-t-il un seul paradigme déterministe, dont les modifications seraient en fait des variantes, ou faut-il pluraliser les déterminismes selon les sciences (biologiques, historiques et sociales, etc.) et les positionnements philosophiques ? Face aux limites des modèles déterministes et du cadre laplacien, qu´il s´agisse de mécanique classique, de mécanique quantique, de biologie, des sciences humaines ou de philosophie, doit-on accepter l´écart entre l´horizon de notre connaissance et sa mise en pratique, éventuellement en nuançant l´idéal laplacien, ou faut-il au contraire tenter de dépasser tout paradigme déterministe ? Tombe-t-on alors nécessairement dans l´indéterminisme ontologique, comme on l´a souvent affirmé précipitamment ? Enfin, philosophiquement, quelles sont les implications d´un déterminisme conséquent, en particulier sur le plan moral ? Ce numéro de "Matière première" aborde d´une manière multiple et interdisciplinaire ces questions. Il articule des enjeux scientifiques, épistémologiques et philosophiques autour de la tension entre le déterminisme, ses critiques et l´indéterminisme. Épistémologues, historiens des sciences (naturelles et humaines), scientifiques et philosophes font le point sur les approches classiques et proposent de nouvelles perspectives.


    Contributions de : François Athané, Delphine Blitman, Cécilia Bognon-Küss, Jean Bricmont, Pascal Charbonnat, Jean-Matthias Fleury, Michel Gondran, Julie Henry, Michel Paty, François Pépin, Charles T. Wolfe.

  • Une étude approfondie de la neuro-imagerie.
    A l'ère des neurosciences et de leur numérisation massive, la détermination des structures fines du cerveau et la compréhension de son fonctionnement sont devenues des enjeux de premier ordre. Dans ce contexte, l'IRM s'est imposée comme une technique reine. Grâce à elle, le cerveau s'offre au regard, dévoilant arcanes et tréfonds scintillants... La visualisation des processus cognitifs via des images spectaculaires, qui fascinent les chercheurs autant que le public, engendre une nouvelle relation à notre corps pensant et agissant. Mais que sont ces objets numériques d'un nouveau genre?? Comment ces images sont-elles acquises, sur quelles bases techniques et par quels protocoles?? Et quel projet anime ceux qui établissent des atlas de référence, dessinant un cerveau pixelisé dans lequel tous les autres doivent se fondre??
    Pour le savoir, Giulia Anichini s'est immergée plusieurs années durant dans deux centres de recherche en imagerie où elle a pu observer les pratiques et les savoir-faire, décrire les implicites. Partant des lieux et des acteurs de ces pratiques, de leur environnement matériel, elle décrit les méthodes d'acquisition des images, leurs transformations successives et les bricolages informatiques mis en oeuvre pour sauver des résultats pas toujours probants. Elle montre comment les banques de données saturées d'images obtenues selon des choix techniques et théoriques hétérogènes constituent désormais une extension inéluctable du laboratoire de neuro-imagerie, où s'élabore une science data driven prétendument affranchie de la théorie. L'accumulation de ces résultats à la fiabilité pas toujours assurée n'est pas neutre, notamment par ses implications dans le champ des neurosciences sociales, quand les émotions dites morales tracent leur géographie dans le «?cortex numérique?».
    Entre enquête ethnologique, sociologie des sciences et analyse épistémologique, Giulia Anichini propose ici une vision inédite des neurosciences, de leurs présupposés, leurs conjectures et leurs ambitions.
    Entre enquête ethnologique, sociologie des sciences et analyse épistémologique, Giulia Anichini propose ici une vision inédite des neurosciences, de leurs présupposés, leurs conjectures et leurs ambitions.
    EXTRAIT
    Mon travail ne part pas de l'image pour en extraire des propriétés particulières, pour discuter de sa place dans la science contemporaine ou pour lui attribuer du sens à partir de ses caractéristiques esthétiques. L'image est un moyen pour atteindre les pratiques de cartographie du cerveau, qui est le réel objet de ce livre.
    À PROPOS DE L'AUTEUR
    Giulia Anichini est anthropologue, chercheure correspondante au Centre Norbert Elias (UMR 8562). Dans le cadre de la sociologie de la connaissance, elle étudie la production des résultats scientifiques et l'utilisation des dispositifs techniques par les chercheurs. Son travail porte sur les pratiques cartographiques dans la recherche en neuroscience et en particulier sur l'emploi des images IRM.

  • Il y a trente-cinq ans paraissait en France l´importante synthèse dirigée par Pierre Delattre et Michel Thellier : Élaboration et justification des modèles. Depuis cette date, que de chemins parcourus ! La simulation a pris un poids considérable. Sa pratique n´est plus seulement numérique. L´approche objets, la simulation à base d´agents, la simulation sur grille, le calcul parallèle se sont développés. La diversité des pratiques s´est donc considérablement accrue, essentiellement à la faveur de l´enrichissement des possibilités offertes par la computation. Si cette augmentation de la diversité a pu apparaître comme occasionnant un morcellement des pratiques de modélisation, on ne peut oublier qu´elle a été accompagnée d´une tendance inverse : l´intégration de différents types de sous-modèles dans des systèmes uniques de simulation.
    Reste que la puissance calculatoire des ordinateurs, la diversité des modes de simulation, l´amplification du phénomène « boîte noire » impliquée par ces deux facteurs, ont pu concourir à un effet de « sidération » devant l´effectivité de ces expériences in silico. Une forme de « scepticisme computationnel » doit alors être à l´oeuvre pour s´en prémunir.
    Il fallait tâcher de rendre compte de ces mouvements riches et en partie contradictoires. Il fallait tâcher d´en proposer des analyses épistémologiques en profitant des progrès de la philosophie des sciences sur la notion de modèle, fruits d´inflexions importantes qui ont également eu lieu dans cette discipline au cours des dernières décennies depuis l´analyse des théories scientifiques vers l´examen des modèles.
    Les 23 chapitres du tome 2 de Modéliser & simuler entendent compléter le vaste état des lieux commencé dans le tome 1 en mettant en valeur des disciplines et des approches qui n´y étaient pas représentées, par exemple la modélisation matérielle en physique, la modélisation formelle et la simulation en chimie théorique et computationnelle, en architecture ou encore en ingénierie et dans les sciences de la conception.

  • Épistémologie française, cela peut signifier deux choses. C´est d´une part une entité géographique (l´ensemble des épistémologues de langue et de culture française), d´autre part le nom d´une forme de pensée spécifique, qui affirme la solidarité de problèmes (allant de la théorie des fondements de la connaissance à la philosophie des sciences) que d´autres traditions tendent à dissocier. Embrasse les deux sens du mot, mais se concentre principalement sur le premier.
    Les études rassemblées ici ont un double objectif.
    Le premier est d´identifier les écoles de pensée et les institutions. L´attitude adoptée par des penseurs français tels que Duhem, Poincaré, Rougier, relativement au positivisme est étudiée, mais aussi l´influence d´auteurs tels que Duhem et Meyerson sur la philosophie américaine des sciences (Quine, Kuhn). Sont aussi examinés les auteurs qui ont établi un dialogue entre épistémologie et histoire des sciences, et les institutions qui ont favorisé ce dialogue.
    Le second objectif a trait aux grandes figures de la philosophie des sciences en France. On examine d´abord les auteurs qui ont présenté des vues générales sur la science, avant et après l´apparition du mot « épistémologie » : Auguste Comte, Antoine-Augustin Cournot, Claude Bernard, Gaston Bachelard. Puis sont considérées les contributions à la philosophie des sciences spéciales : logique et mathématiques (Herbrand, Nicod, Cavaillès), sciences physiques et chimiques (Poincaré, Meyerson, Kojève, Destouches), biologie et médecine (Ravaisson, Canguilhem), enfin le droit (Eisenman).

  • Dix ans et une crise économique majeure après sa première publication (aux PUF), le présent ouvrage revient, dans une version revue et augmentée, sur l´urgence d´interroger les sources des critiques du libéralisme afin d´évaluer la pertinence des attaques qui sont portées contre lui. L´appareil conceptuel des matrices des théories critiques est en effet ressaisi au seuil de l´ère industrielle naissante au XIXe siècle : en voyant les pensées marxiste, historiciste, utilitariste (marginaliste) de l´espace continental germanophone prendre l´économie politique classique britannique pour cible, on lit les premiers actes d´un procès dont les attendus n´ont pas encore été tous rendus à l´heure actuelle. Même si la discipline économique a depuis longtemps écarté la « valeur-travail » ou la « monnaie, voile des échanges réels », il demeure en discussion des principes méthodologiques (atomisme, rôle de l´homo economicus) et des positions pratiques (qui étaient favorables au libre-échangisme, dans l´École de Manchester, ou à la puissance continentale, dans la Nationalökonomie). À l´origine de ces débats se tenaient Marx, Menger et les représentants de l´École historique allemande, opposés au dogme des héritiers de Smith, Ricardo, Say et Mill. « Juste salaire », « valeur-utilité subjective » et « économie du peuple » (Volkswirtschaftslehre) fondèrent les matrices alternatives au classicisme. Leurs échecs patents et leurs potentialités latentes marquèrent la marche de leur siècle, du suivant et orientent encore le nôtre. Si l´économie politique classique appartient sans doute à l´histoire de la pensée économique, si le philosophe a le goût du passé, c´est pour mieux comprendre le présent, et ces matrices critiques fournissent dès lors l´aune à laquelle juger des discours redevenus d´actualité.
    Gilles Campagnolo, ancien élève de l´ENS (Ulm), des universités de Harvard et de Tokyo, agrégé, docteur et habilité en philosophie, est directeur de recherches au CNRS (GREQAM/ Aix-Marseille sciences économiques). Il dirige un programme européen avec l´Asie orientale sur le libéralisme contemporain (LIBEAC) et poursuit par ailleurs l´édition française des oeuvres de Carl Menger. Ses publications portent sur les domaines de l´herméneutique de la rationalité économique, de la théorie de l´entrepreneur et de l´histoire des pensées allemande et autrichienne en philosophie et en économie.

  • Qu´est-ce que la sexualité?? Quand et comment est-elle apparue?? Quels sont les principaux traits de son évolution?? Fort de sa compétence en génétique et en biologie évolutive, Jean Génermont propose des réponses et des pistes de réflexion issues de ses propres travaux, tout en s´appuyant sur de nombreux exemples pris aussi bien chez les animaux que chez les plantes terrestres.
    Jean Génermont effectue ici une étude comparative des caractéristiques de la sexualité chez les représentants actuels de diverses lignées eucaryotes. Il en ressort que la fonction ancestrale de la sexualité est d´apporter par la fécondation un accroissement de robustesse vis-à-vis des variations du milieu, dont découle la fonction de brassage génétique. À ces deux fonctions universelles s´ajoute, uniquement chez les pluricellulaires, la fonction reproductrice.
    À partir de ces conclusions, Jean Génermont élabore des scénarios sur la naissance de la sexualité, initialement sans sexes?; sur sa structuration par émergence et diversification des incompatibilités sexuelles et de la différenciation sexuelle?; sur l´acquisition de sa fonction reproductrice lors de chaque transition de l´unicellularité vers la pluricellularité.

  • Dire ce que sont les sciences semble aller de soi pour nombre d´entre nous : on détermine assez spontanément ce qui en est proche et ce qui en est éloigné, ce qui est potentiellement redevable d´une approche scientifique ou ce qui ne peut prétendre s´apparenter à une telle approche. Pourtant, des problèmes et des questions surgissent?dès lors qu´il s´agit de formaliser définitions et démarcations entre sciences et pseudo-sciences : qui a le pouvoir de reconnaître, désigner, définir et légitimer un propos ou une pratique comme faisant partie de l´espace légitime des sciences et, par conséquent, d´inclure ou d´exclure les impétrants (tels que les mythes, religions, parasciences, pseudo-sciences, etc.) ? Certes, si les critères de démarcation sont discutables, la nécessité de séparer le bon grain de l´ivraie demeure intangible. L´analyse empirique des vaticinations et arguties des irrationalistes permet de raffiner sans cesse ces critères. Ce livre en donne maints exemples.
    Les sciences humaines sont souvent l´objet d´intrusions spiritualistes, l´instrument d´une « ?déraison savante? », le cheval de Troie des théories les plus insensées qu´une pléthore de mouvements et courants irrationalistes engendre à flots continus, en voulant faire main basse sur le « ?phénomène humain? ». Elles doivent donc affirmer la prévalence de leurs méthodes tout aussi scientifiques que celles des sciences de la nature et leur indéfectible rationalité, afin de se défendre contre ce qui émane de ces cloaques de la pensée. Telle est l´ambition des neuf auteurs de diverses disciplines (anthropologie, épistémologie, mathématiques, philosophie, psychologie, sociologie) qui donnent ici une éclairante variété d´analyses et de points de vue.
    Dans un monde où les obscurantismes jouent avec l´idée même de pensée rationnelle, la bafouant ou la retournant comme un gant, un tel livre se veut un humble jalon sur ce chemin rempli de leurres et de nasses...

  • De la philosophie des sciences
    Le matérialisme est une position philosophique au destin paradoxal : c'est la conception d'arrière-plan de toutes les sciences abouties - il semble même aller de soi ou n'avoir besoin que de se révéler qu'en filigrane -, tout en étant dans le même temps dénigré, malmené, incompris par nombre de nos contemporains. Même dans le pays de Diderot, d'Holbach, La Mettrie... Entre indifférence et péjoration, ce terme, que certains évacuent pudiquement au profit des mots « naturalisme » ou « physicalisme », nous semble ainsi devoir être sans cesse revendiqué. C'est la raison d'un tel livre et de ce titre : Matériaux philosophiques et scientifiques pour un matérialisme contemporain. Dans la filiation des matérialistes français des Lumières et dans l'attention permanente envers les acquis des sciences actuelles et la philosophie qui a pris le parti d'écouter ses enseignements, ce livre propose un aperçu d'idées expressément matérialistes dans six domaines cruciaux, selon l'organisation thématique suivante :
    (1) Philosophie du matérialisme ;
    (2) Matérialisme, réductionnisme, émergence ;
    (3) Philosophie de la physique ;
    (4) Philosophie de la biologie ;
    (5) Anthropologie philosophique ;
    (6) Philosophie de l'esprit et des sciences cognitives, plus un intermède historique, soit 27 chapitres.
    Ce terme de « matériaux » au début du titre indique précisément qu'il s'agit là non pas d'une somme close et injonctive, mais d'un ensemble de textes pouvant servir à comprendre la constitution perpétuelle d'un champ de recherche, d'un domaine de pensée et d'une conception du monde idoines pour saisir les enjeux ontologiques et épistémologiques actuels. La communauté savante, parfois hésitante quant à ses fondements ontologiques, prise entre des formes aseptisées de positivisme (la pseudo-neutralité des sciences) et des crispations idéalistes, a résolument besoin, pour qui veut produire une science qui pense ou une philosophie qui ne divague pas, de ces matériaux conjointement philosophiques et scientifiques.
    Découvrez ce second volet d'un ouvrage consacré à un domaine de pensée en perpétuelle construction : la philosophie des sciences
    EXTRAIT
    Mais la seule logique ne garantit pas que la propriété ainsi déterminée soit une propriété réelle au sens où elle entre dans des relations de détermination nomique (autrement dit, dans des lois de la nature). Cela apparaît clairement lorsqu'on considère un tout méréologique dont les parties n'interagissent pas du tout physiquement, par exemple parce que certaines de ses parties se trouvent sur Terre et certaines se trouvent sur une galaxie lointaine. En vertu de la définition de la MMB, un tel tout « discontinu » possède néanmoins une propriété MMB. Cependant, celle-ci n'est pas réelle : elle ne donne aucun pouvoir causal à son possesseur et n'est nomiquement responsable d'aucune autre propriété.
    À PROPOS DES AUTEURS
    Sous la direction de Marc Silberstein, spécialiste de l'édition scientifique et philosophique et fondateur des Éditions Matériologiques, de nombreux auteurs ont contribué à la rédaction de cet ouvrage : François Athané, Mathieu Aury, Reinaldo J. Bernal Velásquez, Delphine Blitman, Jean Bricmont, Mario Bunge, Mathieu Charbonneau, Gérard Chazal, Hugo Cousillas, Chomin Cunchillos, Pierre Deleporte, Filipe Drapeau Vieira Contim, Michael Esfeld, Luc Faucher, Laurent Jodoin, Max Kistler, Gilbert Lechermeier, Pascal Ludwig, Edouard Machery, Martin Mahner, Michel Paty, Pierre Poirier, Thibault Racovski, Christian Sachse et Charles T. Wolfe.

  • Dans la seconde moitié du XXe siècle, la notion d´innéité est revenue au premier plan du débat intellectuel avec trois phénomènes connexes. Le premier est l´essor de la génétique moléculaire, qui confortait l´idée d´un programme contenu dans le génome, programme que l´individu biologique viendrait réaliser. Le second est la linguistique chomskyenne, qui a mis l´accent sur la nécessité de postuler une connaissance innée des principes de la grammaire universelle dans l´analyse de la faculté du langage. Le troisième est la constitution de l´éthologie, marquée par la contribution de Lorenz et par l´idée du caractère adaptatif de schémas comportementaux innés. La philosophie se voit ainsi invitée à repenser à une notion qui avait habité le débat classique entre rationalistes et empiristes, une notion dont l´usage se développe désormais dans des champs de recherche multiples et hétérogènes, qui vont de la médecine, avec l´extension de la classe des maladies génétiques, à la philosophie morale, puisqu´il a été par exemple soutenu que nous disposons d´une grammaire innée des jugements moraux.

    Le pari du présent volume, rédigé par des philosophes et historiens des sciences et par une linguiste, est de proposer une généalogie du débat, de distinguer entre les innéismes et de suggérer plutôt des solutions locales à des problèmes distincts qu´un paradigme unificateur. Sans doute ne sommes-nous pas, pour reprendre la formule de Leibniz, « innés à nous-mêmes », et nul ne peut se contenter de l´universalité abstraite d´une nature humaine qui serait toujours identique à elle-même. Mais il demeure nécessaire de réfléchir aux conditions sous lesquelles ont lieu le développement et l´apprentissage, aux conditions de la sensibilité au contexte et à celles de l´acquisition des différences.

  • Cet ouvrage se veut une contribution pour repenser les rapports entre sciences et éthiques - avancer vers ce que Léo Coutellec appelle une « démocratie épistémique ». En démontrant l´insoutenabilité d´une science contre l´Homme, la visée est de réunir-sans-unifier ce qui, dans la science, est de l´ordre de l´épistémique, du technique et de l´éthique. Pour ce faire, l´auteur procède par étapes, travaillant préalablement et en profondeur sur deux espaces : épistémologique et éthique. Il ne saurait être question de la fin de l´épistémologie mais de la nécessité de son renouvellement. Celui-ci passera, et il s´agit là de la thèse principale de cet ouvrage, par de nouveaux rapports avec l´éthique. L´auteur donne à cette thèse le nom d´« intégrité épistémique et éthique des sciences ». En épistémologie, il s´agit d´identifier et de reconnaître la matérialité plurielle constitutive des sciences. Avec l´hypothèse d´un « pluralisme épistémique ordonné et cohérent », Léo Coutellec démontre que la pensée épistémologique associée aux sciences et aux techniques contemporaines ne se résume pas à une opposition entre positivisme et relativisme. En éthique, l´auteur cherche à construire un espace autonome et un mode d´intervention spécifique, appelé « générique », pour engager l´éthique aux côtés des sciences dans un rapport de coopération constructif.Ces hypothèses théoriques sont mises à contribution pour éclairer d´une façon nouvelle la question des organismes génétiquement modifiés et, en particulier, celle des poissons génétiquement modifiés.


    Léo Coutellec est chercheur et enseignant en philosophie des sciences et des techniques à l´Insa (Institut national des sciences appliquées) de Lyon et à la faculté de philosophie de Lyon 3. Il travaille actuellement au renouvellement de la pensée épistémologique dans ses liens avec l´éthique. Ses recherches visent à définir les conditions d´une démocratie épistémique et s´articulent autour de la question suivante : sous quelles conditions l´intégrité des sciences peut-elle être tout autant épistémique qu´éthique ?

  • La chimie a longtemps été délaissée par la philosophie et l´histoire des sciences. Elle offre pourtant de riches perspectives, en particulier pour la réflexion sur le matérialisme. Elle peut tout d´abord servir de ressource pour argumenter une thèse matérialiste, comme le montre son usage par plusieurs penseurs matérialistes classiques (Gassendi, Diderot, d´Holbach). N´est-elle pas par excellence un savoir se prêtant à des analyses matérialistes, voire une science développant par son étude de la matière une sorte de matérialisme spontané?? Pourtant, elle a aussi pu être exploitée par des adversaires du matérialisme, devenant un terrain d´affrontement philosophique.


    Mais son rôle le plus intéressant semble la manière dont la chimie rénove le questionnement matérialiste. Loin d´être une simple source de résultats exploitables, la chimie permet un nouveau rapport à la matière, plus opérationnel et pratique. L´accent sur la matière, ses forces et ses qualités est d´ailleurs un trait non trivial du matérialisme chimique. Le matérialisme peut-il par la chimie (re)devenir une philosophie de la matière?? Y a-t-il un matérialisme spécifiquement chimique?? La chimie invite la réflexion philosophique à prendre en considération les cultures expérimentales et pratiques, l´effort théorique mais aussi l´imaginaire développés au sein du travail de la matière.


    Ce livre collectif s´intéressera aux questions originales que la chimie fait naître, en articulant la philosophie, l´histoire des sciences (de l´alchimie au XXIe?siècle) et un état des lieux sur certains travaux de la science contemporaine.


    Avec les contributions de?: Laurent Boiteau, François?Henn, Bernard Joly, Jean-Pierre Llored, François Pépin, Luc Peterschmitt, Joachim Schummer.

  • La notion d´information est particulièrement polymorphe, luxuriante même. Ses définitions prolifèrent, son domaine lexical est si vaste que la probabilité que deux spécialistes de l´information (sans plus de précision) évoquant cette notion ne parlent en fait pas de la même chose est très élevée. Nous avons tous une idée vague et courante de ce que ce terme veut dire, nous utilisons tous ce vocable aux multiples acceptions propres à notre quotidien, tandis que les physiciens et les mathématiciens, entre tentatives de formalisation rigoureuses et multiplications des domaines d´application de l´information, développent sans cesse leur compréhension de ce que certains voient comme une nouvelle catégorie du réel. Les sciences humaines, via notamment les sciences de l´information et de la communication, et la linguistique, ont également contribué à l´inflation conceptuelle et lexicale des usages et significations de ce terme. Quant à la biologie, il est patent qu´elle a incorporé l´information à son socle théorique de manière massive. Cette discipline est sans doute celle où cette notion est des plus discutée, notamment parce que la biologie peut dialoguer avec la physique, l´informatique et les mathématiques via la notion d´information, et parce que le programme génétique, Deus ex machina du fonctionnement cellulaire pendant ces cinquante dernières années, est redevable de fortes critiques issues de théories très stimulantes.


    Le livre de Jérôme Segal permet de comprendre les racines historiques et épistémologiques de cette profusion et des confusions qui continuent encore trop souvent à perturber notre perception de la notion scientifique d´information. Il s´interroge également sur l´unité du savoir que certains théoriciens de l´information ont cru fonder sur cette instance du réel qui a véritablement révolutionné le XXe siècle et qui sera sans nul doute un objet scientifique crucial durant le siècle en cours.



    Nouvelle édition (ouvrage initialement paru en 2003), augmentée d´une postface d´Antoine Danchin et de 800 liens hypertextes bibliographiques.



    Jérôme Segal est maître de conférences en histoire des sciences et épistémologie à l´université Paris IV. Diplômé de l´École centrale de Lyon, il a poursuivi ses études avec une thèse en histoire des sciences à l´université de Lyon suivie de recherches postdoctorales à l´Institut Max Planck d´histoire des sciences de Berlin. Depuis 2004, il vit à Vienne, en Autriche, où il a d´abord occupé les fonctions d´attaché de coopération universitaire et scientifique à l´ambassade de France, avant d´enseigner la philosophie à l´université de Vienne, puis de travailler sur un projet européen autour des festivals de cinéma.

  • 1809? : Naissance de Charles R. Darwin.

    1859? : Parution de L´Origine des espèces.

    2009? : Cent cinquante ans plus tard, la théorie darwinienne de l´évolution reste le paradigme dominant de la biologie et de la paléontologie. Elle prouve sa fécondité et sa puissance explicative dans de très nombreux domaines. Pourtant, dans cet ouvrage, pas question d´un fétichisme de Darwin, mais d´un examen attentif du domaine de validité épistémologique et expérimental des idées du savant naturaliste. Ainsi, ce livre expose leurs multiples ramifications en sciences de la vie, en sciences humaines et en philosophie. A cette fin, cinquante auteurs explorent les grandes notions qui irriguent les sciences de l´évolution, ainsi que de très nombreux chantiers des savoirs biologiques contemporains, puis considèrent les tentatives d´exportation du mode de pensée darwinien à propos de problématiques autrefois hors de son champ d´action (éthique, psychologie, économie, etc.). Les questions du créationnisme et de l´enseignement viennent clore ce volume.www.lesmondesdarwiniens.org

  • Une étude approfondie des théories darwiniennes et de leurs différentes implications
    La théorie darwinienne de l'évolution reste le paradigme dominant de la biologie et de la paléontologie. Elle prouve sa fécondité et sa puissance explicative dans de très nombreux domaines. Pourtant, dans cet ouvrage, pas question d'un fétichisme de Darwin, mais d'un examen attentif du domaine de validité épistémologique et expérimental des idées du savant naturaliste. Ainsi, ce livre expose leurs multiples ramifications en sciences de la vie, en sciences humaines et en philosophie. A cette fin, cinquante auteurs explorent les grandes notions qui irriguent les sciences de l'évolution, ainsi que de très nombreux chantiers des savoirs biologiques contemporains, puis considèrent les tentatives d'exportation du mode de pensée darwinien à propos de problématiques autrefois hors de son champ d'action (éthique, psychologie, économie, etc.). Les questions du créationnisme et de l'enseignement viennent clore cet ouvrage.
    Dans ce second volume des Monde darwiniens, replongez-vous dans la pensée de l'illustre savant et dans l'examen approfondi de celle-ci.
    EXTRAIT
    La vraie difficulté réside dans la quasi-impossibilité d'aborder la question des origines et de l'évolution de la lignée humaine sans que ne s'invite, sous une forme ou une autre, des quêtes de sens spiritualistes, finalistes ou eschatologiques, sous le terme rarement défini, et donc polysémique, d'hominisation. C'est un immense paradoxe pour la paléoanthropologie puisque l'intérêt, pour ne pas dire la passion, pour cette grande question qui, justement, émane de ce besoin séculaire de comprendre notre place dans l'univers, ce qui a suscité une fascinante diversité de récits oraux et écrits sur l'émergence du cosmos - et de l'Homme -, qu'on appelle les cosmogonies. C'est incontestablement une caractéristique de l'Homme.
    À PROPOS DES AUTEURS
    Les mondes darwiniens est le résultat de la collaboration de cinquante auteurs, sous la direction de Thomas Heams, Philippe Huneman, Guillaume Lecointre et Marc Silberstein.

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