Fayard

  • Paru en octobre 2009, Retour a Reims a rencontré un écho considérable et suscité de très nombreux débats. C'est à partir de cet accueil et des questionnements qu'il a fait surgir que Didier Eribon entreprend aujourd'hui de reprendre et d'approfondir le récit et les réflexions qui s'entrecroisaient dans cet ouvrage. En ancrant toujours, bien sûr, sa démarche dans l'expérience vécue et dans l'exploration d'une mémoire personnelle et d'une histoire familiale dont il s'attache à restituer les significations sociologiques et politiques.La société assigne des places. Elle énonce des verdicts, qui s'emparent de nous et marquent nos vies à tout jamais. Elle installe des frontières et hiérarchise les individus et les groupes. La tâche de la pensée est de porter au jour ces mécanismes d'infériorisation et la logique de la domination sociale. C'est à un véritable renouvellement de l'analyse des classes, des trajectoires, des identités (le genre, la race...) et du rôle central et ambivalent des institutions (notamment le système scolaire, le droit, la politique...) dans leur fabrication que nous convie Didier Eribon. Avec pour horizon l'idée fondamentale que seule une démarche qui place au centre de ses préoccupations le problème des déterminismes inconscients par lesquels nos vies sont régies peut nous permettre, par-delà les incantations lancées par les intellectuels populistes qui saturent l'espace de la gauche radicale, d'ouvrir la voie à une politique de l'émancipation.Dans ce second volet, l'auteur de Retour a Reims nous donne un nouveau grand livre, appelé à vite devenir, comme le précédent, un classique des sciences sociales et de la théorie critique.

  • J'ai choisi de rendre hommage à six philosophes français - Canguilhem, Sartre, Foucault, Althusser, Deleuze et Derrida - dont l'oeuvre est connue et commentée dans le monde entier, et qui ont eu pour point commun, à travers leurs divergences, leurs disputes et leurs élans complices, de s'être confrontés, de façon critique, non seulement à la question de l'engagement politique mais à la conception freudienne de l'inconscient. Ils furent tous des stylistes de la langue, passionnés d'art et de littérature.

    C'est bien parce qu'une telle confrontation est inscrite dans leurs oeuvres et dans leur vie qu'ils peuvent être réunis ici. Ils ont tous refusé, au prix de ce que j'appellerai une traversée de la tourmente, d'être les serviteurs d'une normalisation de l'homme, laquelle, dans sa version la plus expérimentale, n'est qu'une idéologie de la soumission au service de la barbarie.

    Loin de commémorer leur gloire ancienne ou de m'attacher avec nostalgie à une simple relecture de leurs oeuvres, j'ai tenté de montrer, en faisant travailler la pensée des uns à travers celle des autres, et en privilégiant quelques moments fulgurants de l'histoire de la vie intellectuelle française de la deuxième moitié du XXe siècle, que seule l'acceptation critique d'un héritage permet de penser par soi-même et d'inventer une pensée à venir, une pensée pour des temps meilleurs, une pensée de l'insoumission, nécessairement infidèle.

  • Majoritaires dans une région où se joue aujourd´hui la stabilité du monde, bien qu´ils soient minoritaires si l´on considère la totalité du monde musulman, les shî´ites restent mal connus. Confondus le plus souvent avec les intégristes sunnites, ou même avec les tenants du wahhabisme militant, leurs adversaires, ils subissent logiquement les effets dévastateurs de certaines images venues d´Iran ou d´ailleurs, images de l´oppression des femmes, d´intolérance religieuse, d´obscurantisme et de totalitarisme.

    Ecrit à l´intention du public cultivé, cet ouvrage rassemble et présente l´essentiel de ce qu´il faut connaître du shî´isme, non sans proposer une analyse des processus qui ont conduit une religion essentiellement ésotérique et mystique à se transmuer en théologie politique.

    En refermant ce livre, le lecteur n´ignorera plus rien des fondements doctrinaux du shî´isme, de la généalogie de ses maîtres (depuis Ali, le gendre de Mahomet), de ses sources (Coran et hadîth), de son évolution historique (des grandes scissions qu´il a connues, donc), de sa philosophie, enfin.

    Le tout est écrit d´une plume acérée, portée par une érudition vraie.

  • La séparation du savant et du politique s´est imposée au France au début de la IIIe République, libérant un espace dans le débat public qui fut occupé, à partir de l´affaire Dreyfus, par trois nouveaux personnages. Il y eut d´abord, par ordre d´entrée en scène, l´intellectuel révolutionnaire, philosophe d´obédience marxiste, qui se battait pour l´abolition de la division du travail et de l´exploitation de l´homme par l´homme. Vint ensuite l´intellectuel de gouvernement, souvent historien, qui invoqua les " leçons de l´histoire " pour prôner des réformes modérées. Enfin, l´intellectuel spécifique, dans la lignée de Pierre Bourdieu, affirme depuis peu que la science sociale est susceptible de guider la marche des hommes d´action.

    Tout au long du XXe siècle, ces trois figures de l´engagement intellectuel se sont affrontés sans merci. Tant que la conjoncture a nourri la croyance selon laquelle les savants étaient doués d´une lucidité particulière dans le domaine de la politique, les intellectuels ont eu le vent en poupe. Mais l´effondrement du mouvement ouvrier leur a été fatal.

    Aujourd´hui, privés d´appuis extérieurs pour se faire entendre sur la place publique, ils sont condamnés à se regrouper et à coordonner leurs efforts s´ils veulent continuer à exercer un magistère dans la cité. C´est ainsi que l´avenir des intellectuels français dépend finalement de la réponse qu´ils apporteront à la seule question qu´ils n´ont encore jamais oser affronter : " Qu´avons-nous en commun ? "

  • Plusieurs des problèmes cruciaux de l´institution scolaire sont pour une part irréductible des problèmes philosophiques. C´est la thèse de ce livre, qui veut attirer l´attention sur cette dimension oubliée, systématiquement méconnue dans les débats qui entourent l´école, que ce soit en France ou dans d´autres pays. Ces problèmes sont philosophiques pour autant qu´ils ont trait à des principes, ceux qui sont censés régir l´institution scolaire. Ces principes sont aujourd´hui confus ou introuvables, notamment s´agissant de la nature précise de ce qui est à enseigner et de ce qui est à évaluer. Tous les acteurs et partenaires de l´institution scolaire sont sensibles à cette déficience. Redresser les questions mal posées a toujours été l´une des vocations de la philosophie. L´urgence de cette « question philosophique » qu´est l´École tient beaucoup à une situation paradoxale : à quelques exceptions près, comme en France Marcel Gauchet, les philosophes de profession s´en sont détournés. Et pourtant, entre l´activité philosophique et la question de l´éducation, il existe un lien originel et indissoluble : philosopher, c´est enseigner, ou du moins prendre position sur un enseignement possible. L'auteur pose à neuf des questions concernant la définition de l´éducation, l´autorité et le sens des savoirs, l´idée d´« école juste » ou la « fracture pédagogique ». À travers chacune de ses analyses, l´idée s´impose et se précise : la vraie démocratisation de l´école passe par sa réconciliation avec la culture.

  • La publication au printemps 2005 d'un livre au titre provocateur, Heidegger / l'introduction du nazisme dans la philosophie, n'aurait guère suscité, chez tous ceux qui connaissent quelque peu la pensée du philosophe, d'autre réaction que le silence si l'ouvrage en question, grâce à une campagne soigneusement orchestrée, n'avait été salué par les médias dominants comme un travail sérieux et objectif. C'est la raison pour laquelle il s'imposait de montrer publiquement à quel point la tentative de porter si gravement atteinte à une pensée considérable n'a été possible qu'en contrevenant aux principes auxquels doit se plier tout travail philosophique digne de ce nom. Heidegger, à plus forte raison se comprend donc d'abord comme une réplique. Ses auteurs prouvent, pièces en main et en observant scrupuleusement les règles strictes de la critique, que la thèse scandaleuse se réduit en réalité à un tissu d'approximations, d'erreurs, de contresens dont le ressort ultime est ce type d'incompréhension que provoque une malveillance compulsive. Compte tenu du soutien médiatique apporté à une accusation aussi extrême, il était indispensable que cette mise au point fût faite. Mais il reste l'essentiel, qui est d'exposer positivement l'importance du travail de pensée que Heidegger nous a laissé à poursuivre. Car cette pensée, n'en déplaise à ses contempteurs, est probablement, encore à ce jour, l'une des seules capables de nous permettre de faire face à un nihilisme dont le déferlement est loin d'avoir pris fin avec l'effondrement du nazisme en 1945.

  • La chasse aux charlatans est ouverte.

    Depuis que l´Etat a entrepris de contrôler le traitement de la santé psychique en France, les psychiatres, les psychanalystes, les psychologues et les psychothérapeutes s´accusent mutuellement d´être responsables du sentiment d´insécurité qui gagne la cité. Et c´est en vain que la puissance publique cherche à mettre tout le monde d´accord et à rassurer l´opinion en multipliant les procédures d´expertise fondées sur des principes prétendument scientifiques.

    Bref, les professionnels sont en émoi et les patients ne savent plus à quel saint se vouer. Quant à l´Etat, courant après le charlatan un gourdin à la main, il peine à différencier médecines parallèles, sectes, psychothérapies et nouvelles thérapies, au risque de passer bientôt pour un fauteur de troubles.

    Comment en est-on arrivé là et comment en sortir ? Comment concilier le principe de liberté en vertu duquel nous revendiquons de choisir qui nous soigne, et le principe de sécurité au nom duquel nous exigeons d´être protégés des imposteurs ?

  • Pierre Bourdieu est sans doute le sociologue français le plus lu depuis un demi-siècle, tant en France qu´à l´étranger.

    Emanant de spécialistes de son oeuvre, les contributions réunies dans ce volume en évoquent la genèse, depuis le Béarn natal, la rue d´Ulm et le premier poste d´enseignant en Algérie, puis l´évolution, avec le passage de la philosophie à l´ethnologie et à la sociologie.

    Comment ont été forgés les grands concepts, comme habitus ou champ ? De quelle manière s´inscrivent-ils dans la tradition intellectuelle et dans les problématiques de l´époque qui les a vus naître ? Comment ont-ils contribué à renouveler les connaissances dans le domaine de l´éducation, des études littéraires, du droit, de la science, des rapports entre les sexes, et quel a été l´impact de l´entreprise de dévoilement des mécanismes, des rapports de forces, des déterminations qui les constituent ? Quelle relation l´oeuvre de Bourdieu entretient-elle avec sa discipline de formation, la philosophie ?

    L´entreprise scientifique de Pierre Bourdieu a eu un impact politique. Ses engagements, qu´il concevait dans la continuité de son travail de sociologue, font de lui un intellectuel critique à part. Témoin l´écho public de ses combats et la réaction médiatique qu´ils ont suscitée. De cela aussi, ce volume rend compte.

  • Le célèbre Séminaire que Jacques Lacan a tenu pendant plus de vingt-cinq ans (de 1953 à 1979) occupe une place majeure dans l´histoire du mouvement psychanalytique, en France comme dans le reste du monde. Moustapha Safouan, accompagné pour ce deuxième volume par onze psychanalystes, revient sur la seconde partie de cet enseignement - qui, proposé à un public élargi, devint alors un fait culturel - et présente méthodiquement le déroulement, en perpétuelle trouvaille, de cette doctrine.

    L´examen de ces seize séminaires, dont le contenu est, pour l´essentiel, encore inédit, met en lumière les réponses de Lacan aux questions soulevées par la théorie et l´expérience psychanalytiques, et les concepts nouveaux que ces réponses appellent. Lacan relit Freud, bien sûr, mais aussi Descartes, Frege, Joyce ou Vélasquez, approfondit sa théorie de l´objet a , expose sa fameuse thèse selon laquelle " il n´y a pas de rapport sexuel", ainsi que les fondements de sa topologie des noeuds.

    Ces lectures attentives, parfois critiques, de ce qui fut un enseignement oral d´exception revisitent la pensée du plus génial des psychanalystes français.

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