FeniXX réédition numérique (Presses universitaires de Vincennes)

  • Comment l'autobiographie est-elle possible ? Il suffit de prendre sa plume et de commencer le récit de sa vie, en espérant trouver le temps pour l'achever. Mais le temps, qui apparaît d'abord comme limite extérieure, devient bientôt contrainte. Car si l'écriture prend du temps, elle le donne aussi : voici l'autobiographie commencée, à ne plus jamais en finir ; dans l'attente du dernier mot, l'auteur s'érige un tombeau, à l'épitaphe toute prête. « Je suis née à la pointe d'une plume », écrit Violette Leduc au début de La Bâtarde. Écrire engendre l'auteur, mais à titre de personnage. Le temps, dès lors, apparaît aussi comme cet écart qui divise le sujet dans l'écriture, et le transforme en objet, mort déjà avant l'heure, sauf à le ressaisir dans ses seules traces graphiques. La double démarche engagée dans ce livre reflète la duplicité de l'autobiographie : genre constitué à la fois d'un corpus de textes - ici ceux de Violette Leduc - et d'un discours qui met en question leur possibilité comme récits, mais du même geste fonde l'autobiographie comme écriture.

  • Plus qu'une catégorie, le grotesque désigne d'abord une question qui habite la réflexion esthétique, et qui la hante. Cette question forme ici l'objet d'un livre s'attachant à explorer, de la Renaissance à Kayser, du romantisme à Bakhtine, les configurations à chaque fois nouvelles tissées autour de la notion de grotesque : à travers le remodelage incessant des termes de l'évaluation, c'est en réalité le principe d'innovation dans les arts qui se trouve à la fois désigné et circonscrit. Ainsi ne cesse de se réécrire un chapitre inachevé de l'interrogation esthétique, ancien et nouveau en même temps ; retraçant le texte, sans cesse en mutation, d'un imaginaire aux figures innombrables, mais aux traits par définition indécidables.

  • Racontant des histoires, Flaubert sonde le langage : il écrit l'histoire des langages de son temps (ceux de la science, de la religion, du politique, ou de la conversation quotidienne), et dit leur faillite ou leur vide désespérant. C'est cette étrange fable, dispersée dans le récit, qu'on a voulu reconstituer. Travail critique, cette étude se veut également contribution à une poétique du dialogue. La réflexion théorique, privilégiant des catégories du récit comme la description, a jusqu'alors négligé la parole des personnages. On tente ici d'en cerner la construction, la manière dont elle s'inscrit dans une écriture qui la parasite : le dialogue de la fiction se double d'un dialogue entre le narrateur et le lecteur. L'écriture fait parler. Dans la singularité de cette pratique réside le mystérieux et paradoxal plaisir du texte flaubertien : le dialogue, où s'exhale la méfiance de Flaubert à l'égard du langage, témoigne pour le lecteur de la réussite d'une écriture, sublimant la parole bête. Ce livre convie donc aussi, en compagnie de M. Homais, de Bouvard et Pécuchet, guides infaillibles, aux enchantements de la sottise.

  • Faisant jouer divers éclairages, ce livre s'attache à mettre en perspective la pensée de l'image et le tissu complexe de ses relations avec le texte littéraire : comment l'image a été et se trouve aujourd'hui réfléchie dans son rapport au réel, au visible comme à l'invisible, comment elle-même réfléchit à sa manière lorsqu'elle nous envoie un message le plus souvent chiffré. Silencieuse et éloquente, bavarde dans ses représentations emblématiques, parfois muette dans les peintures qui veulent se borner à émouvoir sans rien dire, toujours étrange, l'image, qui n'est point si sage, est aussi l'art de dissimuler ce qu'elle simule. Sans méconnaître la spécificité du texte et de l'image poétique, ni celle des arts visuels et de la peinture, sans masquer les différences entre le dicible et le visible, on a tenté d'évaluer, à différents moments de l'histoire et dans différents types de dispositifs, les relations instables et précaires entre ces soeurs jumelles, et rivales en mimésis, que sont la poésie et la peinture, ennemies intimes, alliées familières.

  • 1842 : La Comédie humaine, OEuvres complètes de M. de Balzac... Ecce Balzac : sont donnés comme une évidence la stature d'un auteur et le profil d'un lecteur idéal. Mais ce double titre révèle un coup de force, sinon une fuite en avant, à la fois un défi et un déni, l'aveu déguisé d'une dépendance à l'égard du marché et l'affirmation souveraine d'une autonomie, à contretemps : la conjoncture, le moment engageait la librairie romancière au partage avec le journal, à la pratique du feuilleton, aux effets publicitaires. Le moment imaginaire fut aussi un tombeau. Ci-gît Balzac, dans sa gloire et son malheur.

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