FeniXX réédition numérique (La Manufacture)

  • Certains s'obstinent à l'appeler Alexis Leger, et c'est déjà signe d'estime. Le collaborateur de Briand, le diplomate sans peur et sans reproche, la bête noire de Hitler dans les négociations internationales, le chantre de l'Europe trente ans avant le traité de Rome : il fut tout cela, et au plus haut de ce qu'il pouvait être. D'autres ne connaissent et ne veulent connaître que Saint-John Perse, l'immense poète de la pluie et du vent, de la mer et des oiseaux, des flagellations de tous les exils. Il se trouve peut-être encore des gens qui ignorent que ces deux identités concernent une seule et même personne, mais deux vocations. Comme nul n'est prophète en son pays, les Français l'admirent de loin sans trop le fréquenter. Mais le prix Nobel de littérature, obtenu en 1960, consacre Perse comme le plus grand poète de langue française du vingtième siècle. Aux Etats-Unis, dans les pays d'Europe du Nord et dans tout le domaine hispanophone, il est traduit, lu, admiré. En France, son heure viendra quand ses compatriotes se réconcilieront avec la haute poésie, quand ils sauront faire rimer culture avec ouverture et avec nature. Saint-John Perse a le vingt et unième siècle pour lui.

  • Vivre et créer « sur la pointe de l'épée », faire feu et flèche de tout bois : ce qui frappe, face à l'oeuvre de Pasolini, c'est son incomparable diversité. La notoriété du cinéaste a occulté, en dehors de l'Italie, les autres champs d'activités d'un créateur qui fut en premier lieu poète et journaliste, et le resta jusqu'à sa mort, mais également peintre, romancier, dramaturge, scénariste, essayiste, traducteur, acteur. Treize films, vingt et un scénarios, quarante-deux volumes publiés attestent l'ampleur d'une oeuvre qui s'accomplit en trois décennies et qui se clôt par un assassinat sordide sur un terrain vague proche de Rome. Pasolini, que l'on trahit quand on l'enferme dans une vérité solitaire, a surtout voulu transgresser ce qu'une époque se donne comme limites : langages, techniques et disciplines artistiques, idéologies, morales. A ce titre, il n'est peut-être que la forme qu'a prise un certain visage de l'Italie - visage, aussi, de l'Europe occidentale tout entière - depuis l'effondrement du fascisme et les illusions de la Libération jusqu'aux désenchantements des années soixante-dix. « Pasolini » est peut-être le nom du désarroi, de l'incertitude et des espoirs qu'éprouvèrent plusieurs générations venues à l'âge d'homme entre 1945 et 1975.

  • Intense circulation, sur son compte, de clichés - l'inévitable « pape » ! - et d'idées fausses : le procureur solennel, insensible, sans humour... Tout cela lui a composé un masque marmoréen, mieux fait pour inspirer le respect, dirait-on, que d'autres sentiments. On ferait fausse route : il a suscité des attachements passionnés, éveillé une fascination qui ne semble pas près de s'éteindre, trente ans après sa mort. Avec des divergences, bien entendu : certains lui prêtent une autorité quasi paternelle, parfois écrasante, d'autres l'ont perçu comme un « antipère », quelques-uns ont laissé leur admiration tourner à la haine. Le sûr est qu'il ne fit jamais naître des sentiments tièdes. Ce rayonnement indéniable, identifié à celui du surréalisme, il a su l'étendre aux dimensions de la planète. À la fois mainteneur de ses postulats initiaux - la liberté, l'amour, la poésie - et inlassable découvreur de routes nouvelles. Qu'il ait été un théoricien et un animateur hors pair, cela n'aurait pas suffi à justifier une influence posthume qui reste considérable. On oublie facilement qu'il fut aussi, et avant tout, un créateur, un poète, celui qui transfigure le quotidien le plus banal. On l'oublie parce qu'il refusait de se donner un personnage d'écrivain, et mettait plutôt l'accent sur son rôle d'« entraîneur ». Il écrivait, disait-il, pour rencontrer d'autres hommes, et cette soif des rencontres résume toute sa vie. Une phrase de l'un de ses compagnons en surréalisme, Jehan Mayoux, fournit peut-être la clé d'un magnétisme inépuisable : « Jusqu'à son dernier jour il fut celui près de qui on se sentait tenu d'être davantage soi-même. »

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • L'auteur de La Modification fut l'un des principaux écrivains de la génération du nouveau roman. Pourtant sur une oeuvre qui comprend une trentaine de titres, on ne compte que 4 romans écrits entre 1950 et 1960.

  • Connu du grand public pour quelques livres détonants Exercices de style ou Zazie dans le métro, un poème, Si tu t'imagines, qui devint une chanson légendaire, Raymond Queneau fut aussi un grand explorateur de la littérature. Poèmes, romans, essais, journal... L'oeuvre de Queneau combine l'agrément immédiat de la lecture et le caractère inépuisable de ses replis. Il y a un public de Raymond Queneau ; il y a une influence de Raymond Queneau qui s'exerce sur toute une génération d'écrivains. Comment cette oeuvre singulière parvient-elle à ordonner, dans son flot, des sources aussi diverses et surprenantes que le surréalisme, l'étude des « fous littéraires », la défense et illustration d'un « néofrançais », les jeux rhétoriques, la Pataphysique, les mathématiques, Boileau et Joyce, Bouvard et Pécuchet... ? Deux règles d'or s'imposent à Raymond Queneau : la règle de plaire et celle de penser.

  • Il y a deux Delteil : celui des années électriques, le jeune poète puis romancier à succès, auréolé de scandale. Le second Delteil commence à la publication de Jésus II, en 1947.

  • Parallèlement à son oeuvre poétique, Séféris nous a laissé de remarquables essais constituant une méditation à la fois sur la création littéraire et sur le destin particulier de l'hellénisme.

  • Yannis Ritsos est l'axe d'une création qui fonctionne avec une étonnante continuité depuis plus de cinquante ans. Tantôt poète tragique ou lyrique, tantôt auteur épigrammatique, tendre ou satirique et plein de verve, Yannis Ritsos a construit son oeuvre avec une abondance qui est générosité. L'écriture est pour lui une seconde respiration, un exercice de chaque instant, une ascèse. Embrassant le monde sans étroitesse ni préjugé, le poète de Monemvassia est à l'image du Pont, tel un maillon entre l'ancien et le nouveau, entre la surface et la profondeur, et sa longue marche n'a été et n'est qu'une marche obstinée, ininterrompue vers l'ouverture, la conscience et la lumière, vers le ciel « où il veut allumer une grande étoile de liberté ». « Ouvrier du verbe », poète toujours vigilant, « ce romantique en perpétuelle communion avec l'univers », avec sa Marmite enfumée, préside à l'alchimie poétique. Plein d'une reconnaissance infinie envers la vie, Ritsos a placé toute sa foi dans la poésie et dans les mots : « Les mots ont une autre peau À l'intérieur Comme les amandes Ou la patience. »

  • Née à Saint-Sauveur-en-Puisaye en 1873, Sidonie Gabrielle Colette quitte sa Bourgogne aimée à l'âge de vingt ans, au bras de son époux, Henry Gauthier-Villars, dit Willy. Journaliste de talent, coqueluche des salons parisiens, Willy dirige une équipe de « nègres » talentueux dont il signe les productions. Colette livrera ainsi quatre romans à succès : la série des Claudine. Séparée de Willy, elle signe enfin ses propres oeuvres : La Retraite sentimentale, Les Dialogues de Bêtes, La Vagabonde, Les Vrilles de la vigne, tout en se produisant sur la scène des music-halls parisiens et provinciaux. En 1912, elle épouse Henry de Jouvenel, qui dirige Le Matin, et met au monde, en 1913, sa fille Colette, dite « Bel-Gazou ». Elle publie notamment, en 1919, Mitsou ; Chéri, en 1920, est un immense succès. En 1923, paraît Le Blé en herbe, puis La Maison de Claudine, marquant le retour de Colette à son enfance sous le règne enchanteur de sa mère : Sido. La Naissance du jour (1928), sur le thème du renoncement à l'amour, puis Ces plaisirs (Le Pur et l'Impur), en 1931, sont la clé de voûte d'une oeuvre qui a fait de Colette l'un des maîtres prosateurs du siècle. Peu à peu, contrainte à l'immobilité, elle apprivoise sa souffrance et plonge dans le passé avec Journal à rebours, un roman à clés : Julie de Carneilhan (1941), et une oeuvre pétillante : Gigi. Elle cisèle encore le souvenir de Sido dans L'Étoile Vesper (1946). Colette s'éteint le 3 août 1954. « Il m'a fallu beaucoup de temps pour noircir une quarantaine de volumes. » Une longue route sonore, une oeuvre qui chante, comme une source inépuisable.

  • Dans les années soixante et soixante-dix, l'engouement pour Artaud avait atteint une frénésie dont on n'a plus guère idée aujourd'hui. Son prestige est devenu international : du Brésil, du Japon, d'Italie parviennent les échos de rencontres où il figure au premier plan. C'est qu'Artaud couvre tous les registres : cinéma, théâtre (à quoi on l'a longtemps un peu trop limité), mais aussi danse, musique, peinture, voyages et dérive, métaphysique, alchimie, poésie, psychiatrie, etc. On le rencontre à tous les carrefours de la pensée et de l'art contemporains, et partout, même s'il déroute d'abord, il a incité à aller plus loin. Sur sa route, sont apparus et ont dialogué avec lui tous les plus grands noms de sa génération. Impossible, au XXe siècle, de ne pas le rencontrer à tous les niveaux. Depuis près de cinquante ans qu'il a disparu, les passions ne se sont pas éteintes, et la publication (encore inachevée) de ses OEuvres complètes a sans arrêt remis à neuf notre vision de lui. Bien entendu, il y a eu autour de son visage inspiré et tragique une foule de clichés : le dernier poète maudit, le fou prophétique, le gourou, le mystique, le martyr, l'écrivain sulfureux, l'homme du cri et de la transe, le révolté définitif, l'exterminateur de la comédie culturelle... Mais aucune de ces images toutes faites, si superficielle qu'elle apparaisse, n'est complètement dénuée de vérité. Artaud est seulement celui qui excède toutes les frontières et déracine toutes les généalogies. Qu'apporte ce volume, après tant de pages à lui consacrées ? Il vise à procurer l'essentiel : une synthèse, des documents neufs et un dossier où l'on trouvera en appendice (chronologie, théâtre, films, disques et bibliographie) les moyens d'une approche méthodique de l'auteur de Van Gogh, le suicidé de la société.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

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