Flammarion (réédition numérique FeniXX)

  • Le Brésil a réalisé un grand nombre de performances économiques. Ce dynamisme n'est pas le fait du hasard : les Brésiliens l'ont voulu spectaculaire, rapide, largement international. Mais il est aussi risqué et paradoxal. Quel avenir peut-on imaginer pour ce Brésil et ces Brésiliens qui vivent constamment deux temps contradictoires : un temps court, fait d'espérances, d'exaltations affectives et de violence mal contenue ; un temps long, une foi profonde dans un destin exceptionnel ? Ce qui se passe aujourd'hui est à l'image des métropoles brésiliennes, passionnant et angoissant. L'opposition entre un Brésil en plein décollage économique et un Brésil pauvre et dominé reste au coeur du grand débat sur l'idéologie de développement. Pour aider le lecteur à comprendre ce pays, l'une des grandes puissances de demain, Raymond Pébayle a entrepris de décrire dans son livre une population de 138 millions d'habitants aux prises avec un espace immense : près de 8,5 millions de km2, une population polyethnique "pilier de la civilisation latine... imprégnée d'Afrique en même temps qu'irrésistiblement séduite par l'American Way of Life." (Pierre Monbeig). L'auteur a mené son enquête sur l'homme et l'organisation de l'espace selon un cheminement prudent et logique qui n'élimine jamais les pulsions, les dépressions, les exaltations des Brésiliens : la tradition d'abord, puis les grands changements contemporains, enfin les enseignements et l'ébauche d'un schéma géographique d'aménagement. La violence est annoncée, mais l'extraordinaire faculté d'adaptation reste une réalité spécifiquement brésilienne.

  • Ce livre est un essai sur la civilisation nord-américaine : l'optique géographique permet d'en saisir les bases matérielles et les manifestations inscrites dans l'espace. Elle souligne comment paysages, sociétés et mentalités se combinent pour donner au Nouveau Monde son originalité. Paul Claval reconstitue les grandes étapes de la formation des États nord-américains et analyse leurs principes de base. Il montre ainsi que la source de leur dynamisme, ce n'est pas le gigantisme comme on le croit souvent, mais l'individu qui agit au sein d'une petite communauté démocratiquement gérée. Ces micro-structures permettent à chacun de faire l'expérience de la liberté dans une atmosphère d'inépuisable créativité. Depuis l'Église puritaine des Saints de Nouvelle-Angleterre, la dialectique du groupe local et des grands espaces n'a cessé de jouer : elle a fourni aux États-Unis le fondement de leur vie civique - et de leurs succès sociaux et économiques. Le Canada est aussi une terre de communautés, mais celles-ci y sont plus encadrées et ne génèrent pas autant d'initiatives sociales. L'atmosphère demeure subtilement plus européenne.

  • Le Sahel est-il un piège à peuples ? La sécheresse de 1969-1974 en a révélé les risques pour ceux qui ignoraient que la vie collective y a toujours été suspendue dramatiquement à l'irrégularité des pluies. Jean Gallais étudie ici une région apparemment privilégiée, la plaine saisonnièrement inondée du Delta intérieur du Niger, dont il suit l'évolution depuis 1956. Plusieurs peuples y furent attirés et s'y imbriquèrent tout en conservant leurs techniques et leurs cultures propres. Le maintien d'une ethnicité aussi vigoureuse n'est compréhensible qu'en reconstituant pour chaque groupe la perception particulière de l'espace et du temps. Ainsi « l'espace-temps » du pêcheur bozo se glissant dans le labyrinthe des eaux n'a rien de commun avec celui de son voisin Peul, pasteur sédentaire. Mais tous sont confrontés à une certaine dégradation du milieu. Les tensions traditionnelles s'aggravent, la concurrence entre les divers pouvoirs s'accroît. L'auteur analyse les multiples opérations de développement régional et constate leur faible impact et leur détournement par la classe urbaine. Il pose une question essentielle, rarement abordée parce que "scandaleuse" : y a-t-il réellement une société dans le Delta qui identifie son projet, ses objectifs au développement régional ?

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