Littérature traduite

  • En octobre 1965 à Buenos Aires, Jorge Luis Borges donne quatre conférences sur l'histoire du tango devant un groupe d'admirateurs et d'amis. L'un d'eux les enregistre secrètement, mais les bandes sonores ne sont retrouvées que quarante ans plus tard. En 2013, Maria Kodama, la veuve de l'auteur, certifie leur authenticité et en autorise la transcription et la publication.
    Dans chaque conférence, Borges, avec humour et poésie, n'hésite pas à réciter ni à chanter des tangos, tout en déployant son incroyable érudition sur la culture de
    Buenos Aires et sur la formation de l'Argentine moderne. Le souvenir, le savoir et l'émotion vive se conjuguent souvent dans ses paroles et font de ce livre un ouvrage exceptionnel qui ravira les lecteurs de Borges comme les amateurs de tango.

  • Dans le dernier volet du polyptyque qu'il consacre à l'exploration littéraire de notre quotidien (après Essai sur le Lieu Tranquille, Essai sur la journée réussie, Essai sur le juke-box et Essai sur la fatigue), le grand écrivain autrichien narre la vie d'un ami "fou de champignons" et transforme le coeur des forêts en lieu d'enchantement.
    Peter Handke atteint un degré de sensibilité et de précision, une attention au détail qui n'ont que peu d'équivalents dans le paysage littéraire contemporain. Assis à sa table, muni d'un crayon, il mue ses pérégrinations à la périphérie de nos existences urbaines en campagnes d'observation et poursuit rigoureusement le mot juste.
    À la recherche du miracle dans le profane, de ces moments d'exaltation intense où les choses simples se révèlent étincelantes, Peter Handke fait émerger l'utopie du plus ténu.

  • "Il est temps de mettre les choses au clair : les lieux tranquilles, tels et tels, ne m'ont pas seulement servi de refuge, d'asile, de cachette, de protection, de retrait, de solitude. Certes ils étaient aussi cela, dès le début. Mais ils étaient, dès le début aussi, quelque chose de fondamentalement différent ; davantage ; bien davantage. Et c'est avant tout ce fondamentalement différent, ce bien davantage qui m'ont poussé à tenter ici, les mettant par écrit, d'y apporter un peu de clarté, parcellaire comme il se doit." Après Essai sur la fatigue, Essai sur le juke-box et Essai sur la journée réussie, des textes inclassables qui ont contribué à le rendre célèbre, le grand écrivain autrichien poursuit ici son exploration littéraire de notre quotidien, et ce quatrième opus de la série surprend le lecteur autant qu'il le séduit.

  • Le cas du Hasard est né de l'envie des deux auteurs de prolonger un échange débuté lors d'un dîner amical, avec vue sur l'océan Pacifique. Leur volonté d'approfondir la discussion animée d'un soir a donc donné lieu à une correspondance des plus singulières. Si l'ouvrage s'ouvre sur une tentative de définir l'ADN - que le biologiste compare à une partition de musique tandis que l'écrivain y voit plutôt une prophétie -, les sujets abordés sont innombrables. Ce qui frappe, au-delà de l'étendue des connaissances scientifiques de l'un et de la pertinence du regard de l'autre, est la poésie de l'ensemble, car Erri De Luca et Paolo Sassone-Corsi évoquent tour à tour Brodsky, la baie de Naples, Beethoven ou le couple Curie pour nous faire partager leur vision de l'univers. Leur enthousiasme à réinventer ainsi le monde se reflète dans l'écriture, allègre et joyeuse, pour le plus grand bonheur du lecteur.

  • Antonio Tabucchi n'a jamais voyagé dans le but d'écrire. Pourtant, de nombreux textes, publiés ici ou là, sont nés de ses périples à travers le monde, et le fait de les réunir en un seul volume nous permet aujourd'hui de nous embarquer avec l'un des plus

  • Après la mort de son père, assassiné par un tueur à gages à la solde des ennemis de la démocratie, Héctor Abad entreprend une longue, patiente et minutieuse enquête pour remonter aux origines du texte qu'il a découvert dans la poche du défunt docteur Abad, un poème de Borges dont l'authenticité est mise en doute. Il s'immerge ainsi, au rythme de déambulations géographiques et littéraires, dans la genèse du sonnet et en ses différentes versions qui finissent par se multiplier de manière vertigineuse, versions inédites et apocryphes se confondant. Héctor Abad tente ainsi de bâtir une mémoire et d'y trouver sa place. Mais qu'est-ce que la mémoire sinon une forme de l'imaginaire, comme l'écrit Borges ? Les récits autobiographiques qui composent ce livre ont cette consistance mixte : soit la patiente reconstruction par indices d'un passé qu'on ne se rappelle plus bien, soit l'étonnement devant un futur qui nous échappera peut-être à jamais. Partagé entre l'immémoire et la floraison d'autres "moi", entre son malaise existentiel et la multiplicité des possibles, Héctor Abad, dans le sillage du père tant aimé dont il a hérité l'exigence de justice, l'honnêteté, la tendresse et l'émotion, est toujours en quête d'une vérité supérieure. Celle-là même qui fonde la littérature.

  • C'est l'été 1985, et comme chaque année depuis toujours Benji passe ses vacances à Sag Harbor, la station balnéaire de la bourgeoisie noire new-yorkaise. Mais cette fois, il se l'est juré, tout sera différent : il vient d'avoir quinze ans, il a même trouvé un premier boulot. Dorénavant, on l'appellera Ben, il changera de coiffure, ses copains le prendront au sérieux et les filles s'intéresseront enfin à lui. Malgré les fiascos, les tensions familiales, les aventures tragi-comiques, Benji s'obstine, bien décidé à montrer qu'il n'est plus un enfant. À force de l'attendre, la vraie vie finira bien par arriver. Et lui-même saura enfin qui il est.
    Épopée parodique, faux roman de formation, Sag Harbor évoque la transition adolescente sous le regard rétrospectif d'un narrateur adulte, moins nostalgique qu'empreint d'une tendresse ironique. Mais il brosse aussi le portrait d'un adolescent pris entre deux âges, entre sa famille et ses pairs, entre conscience communautaire et appartenance sociale, entre le monde blanc et le monde noir. Souvent hilarant dans ses péripéties, ses changements de registre, ses métaphores incongrues, ce roman autobiographique est plus grave qu'il n'y paraît, car sous l'humour affleurent la difficulté à trouver sa place, la mélancolie du temps qui passe, la hantise de perdre ce qui fait la matière de nos vies. Colson Whitehead confirme une fois de plus la finesse lucide de sa vision, et fait passer le lecteur du rire à une émotion aussi profonde qu'inattendue.

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